musique

Quand Mick Jagger chante la pandémie

//

Un an après que Sir Paul a mis en boîte son superbe Mc Carney III, c’est au tour de Sir Mick Jagger de proposer un titre one-shot enregistré en mode confiné. Sur un beat punk-rock qui fait la part belle au guitares, le frontman des Rolling Stones balance sérieusement sur les complotistes, la big pharma et nos névroses covidés. Un bon shot d’énergie qui tombe à point nommé avant de pouvoir danser tous ensemble sous le Soleil.

Enregistré en mars dernier avec Dave Grohl (ex Nirvana et actuel leader des Foo Fighters)  « Easy Sleasy » est le titre électrique qui vient nous sauver de cette neurasthénie galopante qui nous guette après une année clostro-téléboulot-HBO-dodo.

Disponible sur YouTube, Eazy Sleazy raille réunions Zoom, adeptes d’une terre plate qui ne tourne plus rond et nos têtes mises au carré par trop du tutoriels en ligne  » But never take a chance TikTok stupid dance/Took a samba class yeah I landed on my ass » pour échapper à l’ennui derrière le mus de nos prisons-appartement « Looking out from these prison walls »

« Shooting the vaccine/Bill Gates is in my bloodstream/It’s mind control » chante Jagger d’une voix criarde et revendicatrice. Un couplet qu’il qualifie dans une interview accordée à Rolling Stone « piss-take on conspiracy theories »,
 » The earth is flat and cold/ It’s never warming up/The Arctic’s turned to slush/And there’s aliens in the deep state ».

Sir Jagger ne s’épargne pas non plus dans sa dansante diatribe sur les effet secondaires du Covid   » Trying to write a tune you better hook me up to Zoom/Cancel all the tours/virtual premieres, I’ve got nothing left to wear » .
Tout est bien qui finira bien puisqu’à la façon du « Jumpink Jack Flash » écrit en 1967  et son refrain « But it’s alright, in fact it’s a gas », le chanteur à la grande gueule  nous promet le retour des jours heureux« Everything’s gonna be really freaky alright/We’re all headed back to paradise ». Reste à espérer que c’est d’un paradis terrestre dont il nous parle.

Gainsbourg, Reggae et Révolution

////

Enregistré en 1978, « aux Armes et Caetera » est l’album révolutionnaire de Gainsbourg. Révolutionnaire parce qu’enregistré sur du Reggae, qui avec le Punk est la musique émergente et contestataire de cette fin 70’s. Révolutionnaire aussi pour Gainsbourg qui se frotte ici à un style aux antipodes de son répertoire Jazz-Pop-Rock habituel. Révolutionnaire enfin pour sa reprise de la Marseillaise, qui lui aura valu toutes les foudres bien-pensantes d’une bonne partie de la France .

Alors qu’il vient de finir l’enregistrement de « l’Homme à Tête de Chou » , Serge Gainsbourg cherche un élan nouveau pour son prochaine album, qu’il veut « contestataire voir révolutionnaire »*.
En cette année 1978, le mouvement Punk explose avec des groupes comme les Ramones, Television, The Clash, Patti Smith ou encore les Sex Pistols. Cette fraîcheur séduit Serge Gainsbourg qui se voit bien enregistrer un album dans le style.

Il commence ainsi à élaborer son projet Punk-Rock, concevant tout d’abord la pochette de l’album (une photographie de Lord Snowdon où Gainsbourg pose sur une dune ).

Six mois plus tard, « Aux armes et Caetera » sera dans les bacs, mais dans un genre musical très différent.
C’est en sortant d’un concert à l’Elysée Montmartre que son producteur Philippe Lerichomme a une révélation: le prochain album de Serge doit être Reggae!

Réponse de l’intéressé à l’inattendu proposition: «Banco!»*.
La réponse est tout aussi inattendue de la part de Gainsbourg, qui n’a jusque lors que timidement approché le genre (sur le titre Quand Marilou danse Reggae qui figure sur « l’Homme à Tête de Chou ») et ne se sent pas d’en assurer la composition sur tout un album.

Serge en bonne compagnie et avec son producteur Philippe Lerichomme (en bas à gauche, casquette blanche)

Il faut donc trouver des musiciens. Ces musiciens, Lerichomme en fera le casting à distance en écumant les 33 tours du magasin  « Champs Disques »,  Mecque du vinyle importé, sis avenue des Champs-Elysées.
Une fois les musiciens trouvés Gainsbourg et Lerichomme s’envolent pour la Jamaïque.

Lost in Jamaica

Si le duo a une liste d’artistes qu’ils souhaiteraient intégrer au projet, aucun des musiciens en question n’a confirmé sa présence pour l’enregistrement de cet album dont seul la pochette et le titre « Aux Armes et Caetera » sont définis.
Les deux compères arrivent à Kingston en parfaits inconnus, à tel point qu’à la signature du contrat, le bassiste Robbie Shakespaere était convaincu que Lerichomme était le chanteur et Gainsbourg son producteur*.

Quelques jours plus tard, Gainsbourg et Lerichomme entrent en studio et reçoivent un accueil glacial. Il faut dire que les deux parisiens n’ont pas la tête de l’emploi. Voyant qu’on le prend pour un clown à grandes oreilles, Serge Gainsbourg s’installe au piano et entame quelques accords, dont ceux de « Je t’aime … moi non plus ». Un des musiciens présent reconnait la chanson et lui demande qui l’a écrite. Lorsque Gainsbourg répond fièrement «C’est moi»* , l’ambiance se détend instantanément: Serge est dans la place. S’en suivra une semaine d’enregistrement continue et deux journées de prise de back-up vocals avec les I-Threes (Marcia Griffiths, Judy Mowatt et Rita Marley), les trois choristes de Bob Marley.

Serge est dans la place, avec les I-Threes, (Rita Marley sur la gauche, bandeau bleu)

En moins de deux semaines, la musique de l’album est enregistrée. De son coté, Gainsbourg peine à écrire les textes qu’il souhaite poser dessus. Est-ce la fatigue ou l’effet de l’herbe locale? Toujours est-il que Gainsbourg propose des paroles qui de l’aveu du producteur « partaient dans tous les sens »*.
Durant le vol qui les ramène en France avec les musiciens, Lerichomme retouche les paroles. Arrivé à Paris, Gainsbourg passera 48 heures en studio pour poser les textes sur les précieuses bandes enregistrées en Jamaïque.

Premier disque d’or

Aux Armes et Caetera sera le premier disque d’or de Serge Gainsbourg.
Parmi les meilleurs titres, la nonchalante revanche esthétique de « Des Laids, des laids » et les échos en coeurs des I-Threes, le joli bras d’honneur de « La brigade des stups« qui sent le vécu (À la brigade des stups/Je suis tombé sur des cops/Ils ont cherché mon splif/Ils ont trouvé mon paf ) et la belle charge contre le KKK de « Relax Baby Be Cool » (Le clan, le clan la cagoule/autour de nos le sang coule/A la morgue il y a foule/Relax baby be cool).
Présent aussi sur l’album, deux belles reprises reggae de titres composés par Gainsbourg  « Vieille Canaille« et  « La Javanaise remake »

Mais c’est une autre reprise, celle de la Marseillaise, avec « Aux armes et Caetera » qui fera rentrer l’album dans la postérité. Un détournement qui passa très mal en 1978: Gainsbourg sera interdit de concert à Strasbourg, à la suite de pressions d’un groupe de militaires parachutistes (et para-facho) retraités. Pas dégonflé, le grand Serge entonnera l’hyme national, point levé, devant des militaires qui n’en reviennent pas.

 

Trois ans plus tard, Gainsbourg remettra le couvert en enregistrant un second album Reggae, toujours avec Sly Dunbar, Robbie Shakespeare et les coeurs des I-Threes. Ce sera « Mauvaises Nouvelles des Etoiles ». Vraiment qu’un fumeur de Gitanes?

 

*Anecdotes tirées du livre Gainsbarre, les secrets de toutes ses chansons 1971-1991, Ludovic Perrin, Hors Collection.

Quand Gainsbourg chante la Ganja

///

Il y a 30 ans, Serge Gainsbourg nous quittait. Si l’homme à tête de choux n’est qu’un fumeur de Gitanes, il n’aura jamais été insensible aux charmes du cannabis. Un penchant pour la ganja-culture qui nous offrira le révolutionnaire Aux Armes et caetera ainsi que Cannabis, film dans lequel il donne la réplique à Jane Birkin et compose une sublime bande-originale écrite avec un certain Jean Claude Vannier.

Un an après leur rencontre sur le tournage de Slogan (1969) le coupe naissant Gainsbourg/Birkin partage de nouveau l’affiche dans une romance policière réalisée par Pierre Koralnik, que Serge retrouve trois ans après leur collaboration sur le téléfilm Anna (1967).
Si le scénario comme le jeu d’acteur n’ont rien de stupéfiant dans cette production que même la splendide et systématiquement dévêtue Jane Birkin ne parvient à sauver, la musique originale signée Gainsbourg/Vannier vaut très largement de subir ce polar de série B.

Gainsbourg, Birkin, cannabis,

Après avoir composé la B.O. de  Mann 70 (1968), écrit le célèbre « Requiem Pour Un Con » pour Le Pacha (1968),  « L’Herbe Tendre », entendu dans Ce Sacré Grand-Père (1968), et le titre »L’Alouette » pour La Horse (1970), Gainsbourg signe avec Cannabis(1970) une de ses meilleures musiques de film.
Mi-rock mi-planante, la B.O.  made in Gainsbarre donnera toutes ses lettres de noblesse à ce qui est sans doute le meilleur long-métrage de Pierre Koralnik. (Les deux autre films notables du réalisateur seront Nestor Burma et l’Instit’…).

Cannabis, c’est aussi la première collaboration de Serge Gainsbourg avec Jean-Claude Vannier, génial arrangeur-compositeur avec qui il écrira deux ans plus tard un chef d’oeuvre: « L’Histoire de Mélodie Nelson« .

Parmi les meilleurs titres joués dans le film, l’éponyme « Cannabis »  que l’on retrouvera en intro et outro (en version instrumentale pour le générique de fin).
Très rock, prologue à la texture électrique de l’album « Rock around the Bunker« , « Cannabis » donne d’emblée le ton de ce polar noir interdit aux moins de 18 ans « La mort a pour moi le visage d’une enfant/Quand soudain, je perds la raison / Est-ce un maléfice? / Ou l’effet subtil du cannabis? ».
Le très inspiré « I want to feel crazy » (chanté par Jane Birkin façon Maryline Monroe) est un délicieux prélude aux sublimes arrangement que Jean Claude Vanier nous offrira sur l’Histoire de Melody Nelson.

Serge Gainsbourg, Cannabis, Jane Birkin, Cinéma,
« Chanvre Indien » tient ses promesses en nous transportant dans un planante ambiance orientale aux parfums de haschisch alors que le titre « Dernière blessure » nous rappelle autant les violons Initial BB qu’il annonce les enivrants arrangements de La Valse de Melody.
Boudé par les critiques et le publique à sa sortie, Cannabis jouit aujourd’hui d’un statut de cult-movie chez les grands Gainsbourg-aficionados.
Puisse cet article élargir le cercle des fans de Cannabis, le film.

la Bande-Originale intégrale de Cannabis avec tous les titres dont nous vous parlions, c’est ici:

Le Ganja-track du mois: « Don’t bogart that joint »

//

Sorti en 1969, Easy Rider est instantanément devenu l’étendard d’une génération éprise de liberté et de voyages, y compris ceux pratiqués sans bouger. Parmi les grands moments de ce road movie d’anthologie, une smoke session entre Nicholson, Hopper et Fonda sur « Don’t Bogart that joint ». Un hymne au partage de weed qu’il convenait de célébrer en ces temps de bédot solo aseptisé.

Faire tourner un joint entre amis. Une pratique qui, Covid oblige, s’apparente désormais plus à la roulette russe qu’à la tournante mort de rire.
Qu’il est loin, le temps des joints baveux, des fénétour et de la mine défaite du copain qui se tape le filtre après s’être fait taxer toutes ses clopes.
Qu’elle semble distante la belle époque du t’as des feuilles?, tu me passe le filtre? et autre détend-toi, tu fais une carotte.
Parce que l’été (2022?) est encore loin, aussi loin que nos doux souvenirs de partouze cannabique, la rédaction se devait de vous en dire un peu plus sur le titre qui a officialiser le partage de pétard.

Composé et interprété par le groupe « The Fraternity of Man » en 1968 « Don’t bogart that joint » figure sur leur premier 33 tours (ils ne feront tourner que deux album avant de se séparer en 1970) et reste le titre phare de la formation Californienne.

Les paroles sans équivoques (à une époque où Beatles et Stones font encore dans la distante allusion pour parler de paradis artificiels) plantent tout de suite le décor « Don’t Bogart that joint, my friend, pass it over to me/Ne t’endors pas sur le joint, mon ami, passe le moi« . S’en suit une seconde considération du même acabit où l’on apprend que l’ami en question s’est sérieusement endormi sur le spliff et que le chanteur, lui, voudrait bien tâter tôt ou tard du pétard.  « You’ve been hanging on to it, and I ‘d sure like a hit/Ca fait un moment que tu es dessus, et je veux bien une taffe« . Tout est bien qui finira bien au pays des hippies grâce à la géniale initiative proposée par le narrateur :  » Roll another one, juste like the other one/ roules en un autre, comme le précédent ». Du vrai flower power.

Si les paroles tournent elles aussi en rond, le slide de la guitare hawaïenne, le piano et ses arpèges aériens, les coeurs rigolards et la chaude texture des arrangements en font un air aussi bon enfant qu’entêtant. Le titre parviendra à se hisser à une très honorable 6ème place dans les charts US.
Quant à la scène d’Easy Rider sur laquelle l’air est joué, elle, n’a pas été jouée pour le moins du monde: Peter Fonda, Dennis Hopper et Jack Nicholson ne fumaient pas que du tabac pour cette prise.
En atteste les petits yeux de Nicholson, le sourire béat de Fonda et le rire bordeline de Hopper.

La scène mythique entre trois grands adeptes de la belle plante:

Bonus: Easy Rider, Raging Bull,  précieux documentaire sur la jeune génération de réalisateurs qui, révolutionna le cinéma Us entre 1969 et 1975, avec entre autre Dennis Hopper, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Robert de Niro.

 

 

Cinéma, remixs et élégance: La recette du Bonheur de Wax Tailor

/

Michael Caine, John Barry et Wax Tailor sont dans une vidéo.
Ici, personne ne tombe à l’eau, bien au contraire.
Dans ce court format documentaire, lancé par la chaîne Ciné +, d’éminents artisans du son parlent de leurs morceaux cultes. Ceux qui ont forgé leur esthétique comme un feu sacré, attisant leur passion.

Dans cet épisode, le DJ Normand Wax Tailor (A.K.A. Jean-Christophe Le Saoût) nous explique comment la B.O. du film de Michael Caine “Ipcress, danger immédiat” composée par John Barry a changé sa vie.
Rencontre au sommet du son entre Jazz, Trip-hop et électro.

Grand passionné de Cinéma, Wax Tailor a toujours puisé dans les classiques, qu’il s’agisse de Kubrick, Chaplin ou Minelli.
Il a cultivé un univers sonore très riche, ce qui explique ses collaborations avec Ghostface Killah du Wu Tang Clan (qui sont d’énormes fans de films asiatiques) et Lee Fields, le parrain de la scène retro soul (l’héritier spirituel de James Brown).
Cette ouverture d’esprit lui vient entre autres de l’influence de l’utilisation très organique, par John Barry, de la bande originale pour habiller ce film qu’il décrit comme un “Anti-James Bond” dont il admire la densité du son et les digressions.
Rien d’étonnant, puisque le maestro, qu’il compare au génial Miles Davis, est avant tout un grand amateur de Jazz.
Une musique qui vit par sa spontanéité et qui se prête à toutes les libertés, tant qu’elles sont mélodiques.
Cette partition insolite est sortie en 1965, l’année qui suit celle du mythique Goldfinger. Un pari risqué puisque le réalisateur Sidney J. Furie “filme le banal comme ne l’étant pas” dans ce film d’espionnage novateur, ou comment faire la thèse et l’antithèse à un an d’écart.
Un génie qui a valu au compositeur 5 Oscars, 10 Nominations aux Golden Globes et le titre de Chevalier des Arts en Angleterre. 

Le lien entre ces deux musiciens ? Une volonté de toujours innover, de chercher quelque chose de nouveau, pour ne jamais se répéter, qui l’a poussé à ne “presque jamais” utiliser de boucles, au bénéfice de textures, d’ambiances et d’émotions.

Décidément marqué par l’exercice de ce grand-père spirituel, il a, lui aussi, tenté l’exercice de la bande originale et enregistré en 2008 le titre Seize the day pour la bande originale du film Paris par Cédric Klapisch.

Quelque part entre nostalgie et progrès, le DJ est décidément délicieusement anachronique, puisqu’il a lancé le premier vinyle connecté au monde grâce à une puce NFC.
Un format vintage propulsé à l’avant-garde grâce à la créativité d’un DJ ?
C’est aussi ça, la magie de Wax Tailor.
Un homme qui a trouvé le secret de la pierre philosophale pour changer le bruit en Or.

Son nouvel album The Shadow Of Their Suns est disponible dans les bacs et nous vous le recommandons très fortement !

Vous pouvez l’acheter ici 

Dijah SB, la petite perle du rap made in Toronto

///

En six mois et un album, Dijah SB a redonné le sourire et un second souffle à la scène Rap canadienne. Et si la Torontoise évoque la dépression, la solitude ou la dèche financière, c’est toujours au rythme d’arrangements aussi optimistes qu’entraînants.
« 2020 The Album », c’est la feel-good thérapie nécessaire pour 2021.

Revisiter les classiques du rap est un exercice très prisé mais souvent casse-gueule.
Avec 2020 The Album Dijah SB relève le défi à coup de paroles bien engagées, callées sur des beats oscillants entre lounge et dance low-fi. Ce contraste, à l’image de nos sociétés bipolaires donne une texture à l’album aussi troublante qu’apaisante et juste. Comme un bon antidote à l’hystérie ambiante.

Dans cette veine, on retiendra le très bon  C’est la Vie, un track qui invite à la tolérance quotidienne « Do what you wanna do/It’s ok by me« , mais sur fond noir   « Those things you can’t escape when you’re black » alors que les basses se pavanent, les synthés gazouillent et le charley de la Groove-box ponctue le titre avec une touche toute West Coast.

Les rimes sont fouillées mais légères, le flow précis et balancé. C’est peut-être son premier album, mais la maîtrise d’une certaine subtilité est là. Avec cette dualité, ce contraste heureux, Dijah SB  s’appuie à la fois sur l’héritage de rappeurs progressistes des années 80 que sur des voix du calibre de Roxanne Shanté ou Queen Latifah. Et pour notre plus grand bonheur, la native de Toronto exploite pleinement ce crédo, celui d’une production allégée et optimiste.

 

Qu’il s’agisse des percussions cliquetantes et des cris de synthé de  Time’s Up ou des touches ronronnantes des tambours fanfarons de Frontin ‘Like Pharrell, on hoche de la tête d’un mouvement qui dit oui avec la bouche en banane.
Et par ces temps maussades, ça vaut tout l’or du monde.

Dijah SB et son « 2020 The album », c’est ici en écoute gratuite sur Spotify

« Mac Cartney III »: Sussex, folk & Rock’n Roll. 

//

Après deux albums éponymes déroutants ( Mac Cartney I et Mac Cartney II ),  Sir Paul revient en force avec un remarquable « Mac Cartney III », conjurant à jamais la loi des séries et des rock-star séniles.

Enregistré durant le premier confinement dans sa maison du Sussex, «Mac Cartney III» reste fidèle à l’esprit des deux premiers albums de la série avec un mélange de titres progressifs, de ballades folk et de chansons pop-rock.
Et tout comme dans ses deux précédents projets patronymiques, l’ex-Beatle y joue de tous les instruments.

De la batterie à la guitare en passant par le clavecin, le piano et bien entendu la basse, « Macca » endosse l’habit d’homme-orchestre avec une surprenante aisance pour un jeune homme au 78 printemps.  

À la différence que contrairement aux décevants « Mac Cartney I » (1970) et « Mac Cartney II » (1980) le bassiste plus populaire que le Christ signe ici un album qui confine au chef d’oeuvre.

Dépistage
Coté exploration stéréophonique, Macca nous invite à un voyage initiatique avec  « Deep Deep Feeling ». Une envolée de huit minutes et demi en hautes sphères qui n’est pas sans évoquer les jours cannabisés de Paul qui, jusqu’à l’âge de 72 ans, fumait religieusement et quotidiennement de la Ganja. A des percussions au tempo en montagnes russes se superposent boucles de piano et guitares aériennes qui font écho à une voix touchante de sincérité. Un superbe trip mélancolique et flippé.
Ça tombe bien, c’est de saison.

Ce même  sentiment d’urgence et de regrets, on le retrouve dans «Deep Down» sorte de flirt funky faussement joyeux calé sur le beat d’une simple caisse claire sèche et crade. Une texture sonore qui ne saurait mieux dépeindre l’année 2020.
Dans «Pretty Boys». McCartney (dé)chante les top modèles masculins : on ne sait s’il les envie ou les pleure. « Prenez une autre pose / essayez de sentir la lumière / Hé, la caméra vous aime / ne vous battez pas« .
Difficile de ne pas faire de parallèle avec les jeunes Beatles via des références à ces «objets de désir» qui «enflammeront le monde».

La double lecture, une autre constante de l’album.

« Find my Way » et  « Lavatory Lil » sont les deux titres entrainants de cette belle galette du roi de la Pop.
Sur « Lavatory Lil » une six cordes rauque et syncopée nous donne un rendez-vous avec l’esprit des Fab’Four période Abbey Road.

« Find My Way », que McCartney a écrit au début du confinement, semble faire écho au  «Help» de 1966 : c’est l’histoire d’un mec à la recherche d’une main tendue, toute gantée de caoutchouc soit-elle « Je n’avais jamais peur de jours comme celui-ci / et maintenant vous êtes submergé par votre anxiété  « Laisse-moi t’aider / laisse-moi être ton gars.« 

Autre perle, le sublime « Kiss of Venus », ballade folk qui n’est pas sans rappeler la grâce d’un «Here comes the sun» . C’est dire.
L’album se termine par l’envoutant  « Winter Bird – When Winter Comes », construit autour du  même riff de guitare acoustique que sur le 1er titre «  Long Tailed Winter Bird ». Un principe intro/outro cher à Mac Cartney et initialement expérimenté sur le mythique  «Sgt Pepper’s Lonely Heart Club Band». Ce dernier titre de l’album a d’ailleurs un indéniable parfum d « Blackbird », nostalgique ode à une nature qui se fait crépusculaire.
« Quand l’été est passé / nous nous envolerons / et trouverons le soleil / quand l’hiver arrive. »
Métaphore d’un monde au Covid tragique ? Réflexion sur une fin de carrière ?
Vivement le printemps et le prochain album solo de Sir Mac Cartney.

Une belle édition vinyle est disponible ici.

 

 

Les chansons vertes: La Cucaracha

///

C’est le moment de retrouver votre cours d’histoire cannabique préféré : Zeweed vous raconte aujourd’hui l’origine de la plus célèbre mélodie mexicaine, un hymne insolent et entêtant. La toute première chanson sur le Cannabis est tellement connue qu’elle est utilisée en sonnerie, en klaxon et jouée par tous les mariachis de la Terre. 

Vous avez dû la supporter dans les transports en commun, dans des supermarchés ou face aux milliers de gadgets Made in China qui peuplent les bazars. Cette chanson, c’est… la Cucaracha:

Vous avez dû la supporter dans les transports en commun, dans des supermarchés ou face aux milliers de gadgets Made in China qui peuplent les bazars. Cette chanson, c’est… la Cucaracha.

Un fait peu connu, puisque le consensus concernant la première chanson sur notre plante préférée est en général en faveur de “Reefer Man”, un classique provoquant sorti en 1932. Cette composition Jazz très fun, jouée par le détonnant Cab Calloway, arrive en réalité trois ans après « Muggles » (du patriarche de la trompette Louis Armstrong) mais surtout près de 20 ans après la Cucaracha.
Fun fact: “Reefer Man” a tout de même le privilège d’avoir, en introduction, le tout premier sketch sur la Ganja  gravé sur vynile, bien avant les comédiens Cheech et Chong, dans les années 70.
La particularité de la Cucaracha, c’est qu’il existe autant de versions que de types de tequilas au Mexique.

 La mélodie reste toujours la même, mais les paroles varient selon les régions et le contexte politique du pays.
Si on ne connaît pas exactement la date de sa composition, trois interprétations sont particulièrement iconiques et elles reflètent les trois sens du mot Cucaracha. Le mot en espagnol, signifie « cafard » et s’applique différemment selon la période :
– Au sens propre, comme dans la première partition du morceau (qui remonte à 1818 et la guerre d’indépendance du Mexique avec l’Espagne, qui dura de 1810 à 1821). Dans cette version, c’est l’histoire d’un Cafard qui a perdu une patte et qui a des difficultés à se déplacer.
– Au sens figuré, comme en 1870, pour s’opposer à la nomination de l’empereur Maximilien d’Autriche
– Et dans le cas de la version la plus connue de la chanson, celle qui l’a établie comme un monument national digne de Frida Kahlo : en argot.
Car Cucaracha signifie avant tout “joint” en espagnol ! C’est d’ailleurs de ce mot que viendrait l’expression “roach” en anglais qui signifie “Cul de joint” et “Cockroach” qui est le nom du Cafard en anglais.
Dans cette version dédiée au révolutionnaire Victoriano Huerta (président du Mexique entre 1913 et 1914), pas d’ambiguïté dans les paroles:

Le cafard Le cafard/ 

Ne peut plus marcher/ 

Parce qu’il n’a pas/ 

Parce qu’il lui manque/ 

De la marijuana à fumer.

L’origine de cet étrange hommage ?
Le révolutionnaire était très fortement soupçonné d’être un fumeur en raison des énormes lunettes noires qu’il portait à cause de sa cataracte (une maladie des yeux), d’un amour de la fête certain qui lui donnait une démarche qu’on va qualifier “d’incertaine” et de rumeurs appuyées sur des parfums aromatiques qui l’entouraient à chacun de ses déplacements.

Ze Bonus Zeweed