Interview

L’AFPC, ou comment se faire entendre quand on est cannabiculteurs ?

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L’union fait la force, l’AFPC l’a bien compris. Avec pour mission de défendre et fédérer  les cannabiculteurs auprès des institutions, l’AFPC serait-elle en passe de devenir le premier syndicat “cannagricole” français ? Éléments de réponse avec son président, François-Guillaume Piotrowski.

Zeweed : Bonjour, quelques mots pour vous présenter ainsi que l’AFPC?
François-Guillaume Piotrowski : Je suis François-Guillaume Piotrowski, technicien agronome, j’ai fait ma première production à échelle « industrielle », plus de 5000 plants, c’était en 2015-2016. J’ai eu une expérience aux États-Unis par le passé, puis en Suisse dans des grosses entreprises de cannabis où j’étais chef de production.. Je suis revenu en France en 2019. À mon retour, je connaissais déjà Jouany Chatoux, je l’avais rencontré plusieurs fois, je savais qu’il militait beaucoup pour la régulation du chanvre français. On en a beaucoup beaucoup parlé. C’était mon quotidien, faire pousser du cannabis. Le CBD, à l’époque je ne comprenais pas trop pourquoi c’était interdit ici. Avec la ferme de Pigerolles, il avait l’idée au début avec Yohan et Fabien de créer l’AFPC. Je les ai rejoints il y a deux ans. On a commencé en off, à s’organiser pour créer une dynamique et fédérer les acteurs du chanvre. La réalité, c’est qu’on ne se sentait pas représenté en tant que professionnel ou futur professionnel du cannabis en France. En tous cas, on n’y voyait pas vraiment d’avenir pour les producteurs dans le schéma d’organisation en place, pour les productions à visée cannabinoïdes. Et puis ont émergé les premières réunions de l’association, il y a un an et demi à Pigerolles.

François-Guillaume Piotrowski

Donc l’AFPC c’est une association…
Oui, l’Association française des producteurs de cannabinoïdes. Elle a deux ans, et est vraiment active depuis un an et demi…

Quel est son objectif ?
Il est de représenter, défendre et fédérer les producteurs, qui doivent produire du chanvre à visée cannabinoïde. Et d’obtenir un cadre cohérent et ambitieux pour ce secteur en France, et ce afin de s’inscrire parmi les pays leader en Europe.

Les producteurs qui sont portés sur la fleur ?
Que ce soit la fleur ou l’extraction d’actifs, en tous cas, ce sont des itinéraires qui n’ont juste rien à voir avec la production industrielle, comme le chanvre textile ou fibre. C’est la même plante, mais ça n’est pas du tout la même utilité, la même destination, ni la même façon de produire. Les variétés sont différentes, celles au catalogue, pour 95% ou 98% d’entre elles, ne sont pas du tout adaptées pour faire de la production de cannabinoïdes à fort rendement. Elles ne sont pas exemptes de cannabinoïdes, mais le rendement est médiocre.

« La réalité, c’est qu’on ne se sentait pas représenté en tant que professionnel ou futur professionnel du cannabis en France »

95 % ?
Oui, 95% du catalogue qu’on nous propose c’est du catalogue monoïque, donc pas du tout adapté pour faire de la fleur, la dioïque peut faire de la fleur, ce n’est pas du féminisé, ce n’est pas de la bouture, dans les graines que vous recevez, que vous allez planter, il y a 60% de mâles, 40% de femelles, donc à la fin il reste 40% des pieds du champs après sexage des plants.

Et par rapport à ça, c’est deux process de fabrications, deux agricultures différentes ?
Oui, c’est deux agricultures relativement différentes, l’une avec de très grandes surfaces, qui est hyper mécanisée, avec une visée industrielle. Ça, c’est pour le textile, on va chercher de la fibre. Effectivement, il faut un outil industriel qui soit adapté. Et nous, on est plus sur un modèle de moyennes et de petites surfaces, avec encore beaucoup de recours à de la main d’œuvre, parce que tout n’est pas automatisable, mécanisable. La fleur est beaucoup plus sensible que le reste du plant, il faut être relativement précautionneux avec le produit.

Ça reviendrait à comparer le monde agricole d’après-guerre, et le développement du monde agricole d’aujourd’hui autour du bio, autour de valeurs comme la permaculture, la biodynamie… on peut les comparer à ça ?
C’est un modèle de diversification d’agriculteurs qui sont déjà installés ou en cours d’installation avec une diversification (d’avoir plusieurs cultures). La monoculture, ça ne marche plus, c’est plus un modèle économique qui ne fonctionne pas à l’heure actuelle, et qui n’a pas d’intérêt écologique, c’est nul, le renouvellement cultural est complément limité.

Un agriculteur qui voudrait se lancer dans la fabrication de fleur et le développement des cannabinoïdes, vous ne lui conseillez pas de ne faire que cette activité ?
C’est mettre tous ses œufs dans le même panier, pour un agriculteur c’est dangereux. C’est super de se spécialiser sur quelque chose, mais ç’a toujours une part de risque, et quand on voit le marché du CBD, comment ça évolue, on est sur un marché hyper volatile, et puis même au niveau de la rotation cultural, et faire que de la spécialisation ce n’est pas forcément bien. Il faut quand même avoir un modèle où il y a une certaine rotation des cultures, même s’il y a une spécialisation sur deux ou trois cultures, c’est intéressant d’avoir de la diversité.

« Pourquoi on s’est réuni ? Une absence totale de volonté des syndicats et des interprofessions en place de développer le secteur des cannabinoïdes en France »

En tant qu’association, comment vous-êtes vous réunis et comment intervenez- vous ? 
Pourquoi on s’est réuni ? Une absence totale de volonté des syndicats et des interprofessions en place de développer le secteur des cannabinoïdes en France. Il y a un peu plus d’un an, on avait l’arrêt « kanavape » qui avait dit que c’était pas illégale de commercer des phytocannabinoïdes (des cannabinoïdes issues des plantes de cannabis NDLR). On est en train d’accepter que ça se produise partout en Europe, et à nous, on explique que la fleur est un déchet et qu’il faudrait la jeter… On nous explique aussi que les agriculteurs ne s’en sortent pas. Mais j’ai l’impression qu’on n’essaye pas de leur trouver des solutions, en tous cas on ne les aide pas à avancer, et à se diversifier vers des productions à valeur ajoutée. Donc nous notre tâche, c’est de reprendre la jurisprudence qui était en place et d’ouvrir un cadre juridique, législatif favorable à la culture du chanvre actif en France.

D’accord, et aujourd’hui en deux ans d’existence, vous sentez qu’il y a une évolution ? vous avez des partenaires ? Vous dialoguez avec des institutions et des législateurs ?
Oui, on a été reçu à l’Assemblée nationale. On ne va pas dire que non tout est pourri, ça serait mentir, mais c’est très difficile d’avoir des interlocuteurs, d’être auditionné sur ce sujet-là. L’interprofession récupère tous les sujets, alors qu’Interchanvre, à la base, est accès sur le chanvre fibre. Interchanvre disait que les cannabinoïdes n’avaient pas d’intérêts. Revirement de position aujourd’hui : ils nous expliquent que l’industrie du cannabinoïde doit se développer en France, alors que jusqu’ici, ils ont tout fait pour la ralentir, et ils sont encore aujourd’hui les interlocuteurs privilégiés du régulateur, de la MILDECA (Mission Interministerielle De Lutte contre les Conduites Addictives NDLR), du ministère de l’agriculture, de l’intérieur sur ce sujet. On a proposé plusieurs fois d’être auditionnés, on se positionne en tant qu’expert de la question, puisqu’on a quand même une bonne base d’expertise au sein de l’association, on a plusieurs personnes qui sont des consultants européens ou internationaux. On peut apporter une vision du secteur des cannabinoïdes en France, on a quand même des opportunités, mais on nous explique fréquemment que on n’a pas assez d’expertises pour développer ça. Jusqu’ici, on peut dire que c’est un peu un dialogue de sourd, c’est mitigé, on espère que le Ministère de l’agriculture va plus se pencher sur la question sous ce nouveau quinquennat. Jusqu’ici, on est plus auditionné par le ministère de l’intérieur ou par la MILDECA que notre ministère de tutelle, qui est celui de l’agriculture.

Comment ça se fait ?
Parce que jusqu’ici on considère que le cannabis est un stupéfiant mais c’est n’importe quoi, on parle de rien là ! C’est méconnaitre complètement l’ensemble des usages qui sont fait de cette plante à travers le monde, ainsi que l’ensemble des parutions scientifiques de ces dernières décennies.

« Jusqu’ici, on est plus auditionné par le ministère de l’intérieur ou par la MILDECA que notre ministère de tutelle, qui est celui de l’agriculture »

Pour le moment vous luttez à mettre en place un dialogue, c’est ça ?
Ce qu’on a fait, c’est ouvrir un espace de dialogue, et défendre une ligne de propositions claires, on a déposé plusieurs QPC (question prioritaire de constitutionnalité, NDLR), plusieurs recours, on s’est opposé à toutes les décisions qui étaient forfaitaires, qui n’avaient pas vraiment de ressort. On a une vraie volonté d’être force de proposition et d’échange avec les institutions, on n’est pas là pour faire n’importe quoi. On demande un cadre qui soit cohérent, tant au niveau idéologique, technique que scientifique, qui permettrait d’avoir une filière d’excellence en France.

Aujourd’hui vous regroupez combien d’adhérents au sein de l’AFPC?
On était même pas une trentaine au départ. À l’heure actuelle, on est quasiment 300 adhérents, uniquement des producteurs de cannabinoïdes et notre avocat Maître Scanvic.

Vous sentez qu’il y a une évolution depuis la création de l’AFPC ?
Avec le renouvellement parlementaire et politique, j’ai du mal à me prononcer sur la volonté, la direction que va prendre ce quinquennat sur notre secteur. Au niveau parlementaire sur les derniers mois, il y a eu une vraie prise de conscience du retard accumulé, et du potentiel que la France a sur ce secteur. De manière générale, les députés, les élus locaux sont en soutien, donc j’espère que ça va perdurer et qu’on va arriver à concrétiser quelque chose de durable.

Il y a aussi cette expérimentation sur le cannabis thérapeutique, ça peut aboutir selon vous ?
Il faut bien différencier le free market, le CBD du médical. Il y a plusieurs leviers, plusieurs verrous, le principal était idéologique, je pense qu’il est en train de s’ouvrir, ça ne choque plus personne de parler de cannabis librement. J’ai pas l’impression que l’on soit au même stade qu’il y a 5 ans. Aussi, ce n’est plus un tabou comme avant de parler, de légiférer sur le cannabis, que ce soit cbd, médical, ou récréatif peut être demain. Il y a une vraie prise de conscience de tout le monde, et des différents usages de la plante, il y pas que drogue et défonce. C’est moins clivant qu’avant…

Vous pensez que cette plante est moins diabolisée ?
Moins diabolisée, soyons un peu plus ambitieux… Qu’elle puisse être reconnue et qu’il y ait une réelle ambition autour du secteur, de la reconnaissance, du développement. La réalité, c’est que les pouvoirs publics ont non seulement le pouvoir de légiférer, mais aussi le pouvoir d’axer le développement d’un secteur par l’investissement, il y a plusieurs leviers qu’ils peuvent activer. A l’heure actuelle, on est soumis à deux freins : celui du manque d’investissements, parce qu’on investit tout de notre poche, il y a peu d’investisseurs privés, et absolument aucun investissement public, C’est regrettable, quand on voit que nos voisins européens peuvent accéder à des subventions européennes et développer leurs projets…

Vous pensez que la situation que nous traversons aujourd’hui va perdurer ou s’améliorer?
J’espère qu’on va avoir une amélioration, on peut voir que le meilleur, à nous de jouer notre rôle, d’être source d’informations et de propositions. C’est ce que je rappelle à chaque fois qu’on a l’occasion d’être auditionné, on est pas là pour faire n’importe quoi, on est des entrepreneurs, des agriculteurs. On est là pour produire, pour répondre à un marché qui a besoin de matière première et au delà de ça, pour montrer aussi le savoir faire français en terme de qualité, bio, traçabilité, une vraie chaîne de valeurs, et que le consommateur ait une visibilité sur ce qu’il consomme. À l’heure actuelle, ce n’est pas le cas dans le secteur du CBD.

Comment vous projetez-vous en tant qu’association ?
Notre but, c’est d’accompagner cette évolution, par des discussions avec d’autres syndicats. On est là en tant que “syndicat” pour apporter du soutien aux producteurs, continuer de défendre le milieu de la production, et aussi être force de relation avec les autres syndicats, discuter de l’avenir de la filière et de son développement, on est là pour structurer, je pense que c’est le principale rôle des syndicats à l’heure actuelle.

L’AFPC est un outil d’accompagnement pour ses adhérents, c’est ça ?
Oui, c’est tout un nombre de services qu’on propose, notamment avoir accès à des fournisseurs avec des partenariats pour payer moins cher, de l’accompagnement juridique et technique. C’est de la transmission, du partage, de l’échange, un rôle structurant qu’on essaye d’apporter à nos adhérents.

« Actuellement, on est sur une logique unique : celle du prix, c’est le maître mot »

Dans les bureaux de tabac, ou chez les distributeurs de fleurs, on voit très rarement des produits français, comment pensez-vous agir sur ce problème ?
Il faut poser la question aux distributeurs. Pourquoi ne pensent-ils que par le prix et non par le produit ? Je ne sais pas, c’est compliqué. On a signé des accords avec les deux autres syndicats, le Syndicat du Chanvre et UPCBD, pour infléchir sur le secteur et faire prendre conscience aussi à ces acteurs, qu’importer des produits de “Petahouchnok” sans savoir d’où ça vient, pas cher, c’est d’accord, mais il y a une autre réalité, celle de la production française et qu’on peut se fournir à coté de chez soi, faire travailler en local. Au niveau des distributeurs actuellement en place, ils ne voient pour la plupart que la marge. On est tout le temps en train de discuter du prix. Quand on voit les produits qu’ils proposent, bon je vais pas me faire des amis en disant ça, c’est de la merde à 90%. On en a déjà discuté avec plusieurs distributeurs pour comprendre dans quelle logique ils s’inscrivent et essayer peut-être de rationaliser tout ça et travailler de manière cohérente ensemble. Actuellement, on est sur une logique unique : celle du prix, c’est le maître mot. Les coûts de production chez nous ne sont pas les mêmes que dans le sud de l’Italie, en Pologne, ou en Uruguay. On ne peut pas rivaliser. Aussi, il faut savoir que les Suisses et les Italiens, ça fait 5 ans qu’ils sont sur le secteur, ils ont déjà rentabilisé leurs investissements, donc ils peuvent faire tomber les prix, même si c’est à leurs défaveurs. Nos coûts de production sont bien plus élevés que chez eux pour l’instant car tous les investissements sont réalisés de notre poche, c’est compliqué. Mais on propose un produit qui est aussi différent, un produit bio, et dont on peut assurer la traçabilité, de la graine au produit fini. Quand j’entends qu’il y a des distributeurs qui téléphonent à des adhérents pour acheter des kilos à 80 balles, c’est n’importe quoi.

Il y aussi les rinçages, des ajouts d’isolats, de distillats, de terpènes…
On l’a dénoncé plusieurs fois parce que ça commence à être problématique, le modèle est simple : on achète de la fleur à 1 % de THC aux États-Unis ou en Uruguay, on la wash (méthode consistant à « laver » le chanvre d’une certaine quantité de cannabinoïdes NDLR) pour faire tomber le taux à 0,2 ou 0,3 %. Derrière, comme la fleur n’a plus rien dedans, on ajoute du distillat ou de l’isolat, et on remet un peu de “sent bon”, car quand on la passe au CO2 il n’y a plus de terpène, donc il faut en remettre. On obtient la saveur qu’on veut, le taux qu’on veut, mais c’est un produit qui n’a rien à voir avec ce dont on parle. Nous, on parle de produits naturels et bio, pas besoin de faire de manipulation.
C’est là-dessus qu’on va se positionner. On est bio, traçable, transparent, on est pas là pour faire et dire n’importe quoi, mais pour produire quelque chose et le vendre. Il n’y a pas cette industrie du “washage” ou du “terpeniquage” chez nous. C’est carrément du grand n’importe quoi, moi j’ai vu ça quand j’étais en Suisse, ça m’a fait mal au cœur. Tu as passé 4 mois à les faire pousser, à bichonner tes cultures, tu as fait un super boulot et à la fin on te le démolit au wash et on te dit que c’est bon, on peut vendre ça en FRANCE. On invite tous les professionnels du CBD en France à penser à la question de la production française et de vendre des produits locaux bio et tracés. On voit qu’il y a de plus en plus de boutiques qui ouvrent, c’est un commerce florissant. Les surfaces en France vont être multipliées par deux cette année pour la culture des cannabinoïdes. On a doublé le nombre de producteurs qui vont
partir en culture cette année. Il y a un vrai potentiel au niveau de l’approvisionnement français et des fleurs françaises pour la saison qui arrive. On est dans une démarche saine et on travaille au développement d’une belle filière française.

Samuel Botton, le génie de la green com’

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Samuel Botton, 30 ans, spécialiste en relations publiques et communication de crise affiche dix ans d’expérience dans le milieu des médias et du conseil. Après avoir fait ses armes dans de grandes agences et institutions, il aspire à devenir « le communicant préféré de la matière communicante préférée ».

Julio Rémila : Depuis combien de temps as-tu ouvert cette agence ? Quelle est ta clientèle ?
Samuel Botton : STEP Conseil existe depuis un peu plus d’un an. On accompagne différentes typologies de clients. Ça peut aller des fonds d’investissements à des artistes, des sportifs et bien entendu Phytocann, l’un des plus gros producteurs de CBD en Europe.

Tu travailles avec beaucoup d’acteurs de la filière chanvre bien-être, un hasard ou un choix ?
Un heureux hasard je dirais. Je voyais monter la tendance du CBD depuis quelques années déjà. J’avais été démarché par plusieurs marques avant Phytocann, mais j’ai systématiquement décliné dans la mesure où on me demandait de faire de la « communication produit ». J’avais besoin d’une mission avec du sens et des axes de pédagogie à mettre en place. Puis Alexandre Lacarré, le PDG de Phytocann, m’appelle par le biais d’une connaissance commune et me met au défi. Depuis, on ne s’est plus lâché. Encore aujourd’hui, beaucoup d’acteurs me contactent mais je fonctionne à la loyauté et à l’affect. Et puis soyons honnêtes, aucune structure ne peut s’aligner sur Phytocann en termes de champs des possibles. Quand en quelques semaines seulement, tu sors du BFM Business, l’AFP, L’Express, Quotidien, Le Figaro, des couvertures de magazines… C’est qu’il y a un truc. Et faire du conseil pour des boutiques, ça ne me fait pas vibrer. Là, j’ai 10 000m2 de plantations et un boss aussi fou que moi pour m’amuser. La campagne RP de Phytocann, on m’en parle plusieurs fois par semaine depuis plus de six mois (rires).

« Là, j’ai 10 000m2 de plantations et un boss aussi fou que moi pour m’amuser »

Penses-tu être un militant ? 
Je ne sais pas… Disons que je m’acquitte de ma mission avec le plus grand sérieux et la détermination qui me caractérise. Je monte au créneau quand c’est nécessaire et que l’industrie du CBD vit des moments troubles. Est-ce que je suis pour les légalisations des fleurs de CBD et de THC ? Evidemment. Nous sommes sur une vraie problématique économique et de santé publique. J’essaye de contribuer à ma modeste mesure. Pas toujours avec finesse, il est vrai, mais au moins on rigole bien, on choque et on éveille les consciences.

Est-ce des personnalités compliquées à gérer ?  
C’est beaucoup plus facile aujourd’hui que quand j’avais 23 ans. Maintenant, j’ai beaucoup plus d’assurance, d’expérience et de maîtrise. Et puis surtout je peux me permettre de dire non à qui je veux et quand je veux. Sans état d’âme. Forcément il y a des personnalités plus complexes à gérer que d’autres, mais tous et toutes savent qu’il y a une limite à ne pas franchir. Je n’ai pas monté STEP Conseil pour ressembler aux autres agences de com’ qui disent oui à tout et n’importe quoi juste pour sécuriser un budget. Il en va également de ma réputation et de celle de STEP Conseil. J’accorde énormément d’importance au bouche à oreille et à la parole que je donne à mes partenaires et clients.

Ton meilleur et ton pire souvenir avec ces clients ? 
Le meilleur souvenir avec Phytocann et Alex Lacarré c’est la couv’ de Technikart. Je pensais pas qu’il jouerait autant le jeu sur le shooting photo.
Pour les mauvais souvenirs, il n’y en a pas. Certaines journées sont plus difficiles que d’autres. Il y a parfois des situations à gérer en urgence, sous pression, mais en définitive, c’est aussi pour cela que je fais ce job.

« au moins on rigole bien, on choque et on éveille les consciences »

Qui rêves-tu d’avoir dans ton escarcelle ?
En toute franchise, j’estime avoir fait le tour de la question sur le CBD et le cannabis, je suis très bien avec Alexandre Lacarré et Phytocann. Quand tu joues au Real Madrid, que tu es une référence dans ton secteur, tu n’as pas envie de te retrouver dans un club de seconde zone comme le PSG. Et bien c’est pareil pour l’industrie du CBD. Après, dans d’autres secteurs, j’aimerais bien retrouver le milieu du sport ou travailler de nouveau avec une belle licorne française. Pour le reste je suis ouvert aux belles rencontres. Tant qu’il y a du sens, il y aura un sujet.

Tes conseils pour un débutant ?  
Du travail tout simplement. Même après 10 ans dans le milieu, je continue d’apprendre chaque jour. Ne pas avoir peur de se prendre des portes. C’est l’essence même de nos métiers. Nous exerçons une discipline, dans la com’ j’entends, qui demande une gymnastique quotidienne de l’esprit et une capacité de synthèse. À saupoudrer de bon sens et d’esprit logique évidemment.

Ton actualité ? 
En dehors du CBD, STEP Conseil est engagé sur différentes causes en faveur de l’intégration des personnes autistes en milieu professionnel ainsi que l’accès aux soins pour des personnes handicapées. C’est un combat complexe, long et difficile avec lequel je vis depuis bientôt 4 ans. J’essaye d’y apporter une modeste contribution car c’est une cause qui me touche. Pour le reste, j’accompagne actuellement plus d’une dizaine de clients de manière récurrente chaque mois et j’ai toujours 4 ou 5 missions ponctuelles en roulement sur du one-shot. Artistes, fonds d’investissements, syndicats professionnels, société à impact, entreprises d’avenir … les sujets ne manquent pas !

« Ça me fait rire de voir que certains (…) dir’com’ pensent que l’argent résout tous les problèmes »

Et demain ? 
On prépare plein de surprises pour les mois à venir avec Phytocann. Nous avons déjà annoncé une collab avec l’artiste Vincent Faudemer sur la marque Ivory. L’alliance de la weed, de l’art et du WEB.3. Et nous travaillons sur une nouvelle collab avec l’un des plus gros noms de la scène française … Mais je laisserai le soin à Alexandre-Henri Lacarré de vous en parler le moment venu.

Une anecdote à partager avec Zeweed ? 
Une anecdote… La semaine dernière, je faisais la tournée des rédactions par téléphone sur le sujet CBD. Sur les 9 journalistes que j’ai eu au téléphone, 3 d’entre eux m’ont dit avoir été contactés par mes concurrents pour obtenir « le même sujet que Phytocann » en avançant le fait qu’ils étaient « prêts à payer ce qu’il fallait ». Ça me fait rire de voir que certains, à des postes de dir’com’, pensent que l’argent résout tous les problèmes et qu’il suffit de payer pour qu’on parle de toi. C’est bien une logique de responsable marketing ça (rires). Je le vois aussi comme une belle reconnaissance du travail accompli. Tout le monde nous voit, veut être à notre place, mais personne ne sait comment faire. Je trouve ça rigolo

Propos recueillis par Julio Rémila.

Eric Coquerel : Liberté, Légalisation, Fraternité.

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A l’initiative d’Eric Coquerel (LFI), un projet de loi de légalisation du cannabis est débattu aujourd’hui jeudi 13 janvier à l’Assemblée nationale. En juin dernier, nous avions rencontré le député insoumis de la Seine Saint-Denis, alors qu’il venait de présenter sa proposition trans-partisane pour examen préliminaire. Entretien.

Vous avez présenté et soutenu un projet de loi trans-partisane visant à légaliser le cannabis. Il y a tant urgence?
Oui, car nous nous entêtons dans une politique de prohibition désastreuse, malgré les quelques avancées sur le cannabis thérapeutique et la tendance grandissante du CBD.
Cette politique axée seulement sur la répression est un indéniable échec qui fait preuve de pas mal de démagogie et de beaucoup d’hypocrisie. L’amende délictuelle, par
exemple, est à mon sens une manière d’admettre notre incapacité à empêcher la consommation en taxant les consommateurs.
Le cannabis représente 80 % du trafic de drogues et seulement 5% des marchandises importées sur le territoire passent entre les mains des douaniers. Même s’il resterait une part de marché noir à réprimer (deux ans après la légalisation au Canada, le marché noir ne représente plus que 40% du commerce de cannabis NDLR), on voit que cela libérerait beaucoup de temps et de ressources. Plus disponibles, les forces de police seraient en mesure de créer des unités spécialisées, de développer les réseaux de douanes et une vraie police de proximité.
Aujourd’hui, le coût exorbitant de la criminalisation de la consommation et son inefficacité avérée indiquent qu’un changement de politique est nécessaire, voire urgent.

« Poser la question de légalisation, c’est restituer le débat en allant aux causes de la problématique »

L’opinion publique est majoritairement favorable à la légalisation du cannabis. La droite et la majorité peuvent-elle faire l’économie de cet électorat?
C’est tout le paradoxe de la situation actuelle, l’opinion publique est de plus en plus favorable et curieuse de cette légalisation alors qu’une partie de la classe politique est de plus en plus frileuse à l’idée d’aborder le sujet. Pourtant des voix favorables et trans-partisanes se réunissent autour de notre projet de loi qui vise à lutter contre le commerce illégal des drogues en France, à l’instar de Caroline Janvier (LREM) qui l’a récemment signé.
Alors que le thème du débat électoral semble être arrêté sur la question de la sécurité, nous visons à le rediriger vers un débat qui tourne autour de solutions pratiques et réalistes pour lutter contre le trafic de drogues. Car c’est bien ce dont il s’agit quand on parle d’insécurité ; l’ennemi numéro un c’est le trafic.
Poser la question de légalisation c’est restituer le débat en allant aux causes de la problématique, au lieu de ne traiter que ses effets.

« Le cannabis pourrait devenir un élément d’intégration »

La légalisation peut-elle se faire en impliquant les quartiers? Croyez-vous en une légalisation qui soit un moteur social?
Si la légalisation du cannabis s’accompagne de la création de filières de formations, et permet à ceux qui ont acquis une forme d’expertise de passer dans un domaine légal dont ils peuvent être fiers, le cannabis pourrait devenir un élément d’intégration. Il ne faut pas oublier les 240 000 personnes qui vivent indirectement et par capillarité du marché illégal, et leur proposer d’autres moyens de subvenir à leurs besoins. Il serait aussi judicieux, de s’inspirer du Portugal : c’est à dire décriminaliser la consommation personnelle de cannabis et d’autres drogues et de passer le dossier du Ministère de l’Intérieur à celui de la Santé, assumant ainsi la prédominance de la santé publique sur la répression. Le succès de leur politique de lutte contre le trafic de drogues est indéniable et mérite qu’on s’en inspire.

« Il serait judicieux de s’inspirer du Portugal »

La légalisation en France, c’est pour quand?
La majorité grandissante de l’opinion politique favorable à la légalisation du cannabis rendra inévitable l’ouverture du débat et nous verrons probablement dans les années à venir de plus en plus de voix partisanes s’élever, à condition que le virage à droite du débat politique soit freiné. La légalisation du cannabis a le
potentiel de renverser la dialectique de répression et de mettre fin à la guerre contre la drogue au profit de la paix sociale. Il ne faut rien lâcher !

Eric Coquerel à l’Assemblée nationale le 13 janvier 2022, alors qu’il soutient son projet de loi sur la légalisation du cannabis.

Rencontre avec Jean Moiroud, président de la Fédération Interprofessionnelle de la Vape (FIVAPE)

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Bousculer les règles est pour Jean Moiroud une seconde nature. En témoigne la cause qu’il défend ; celle de faire reconnaître la vape comme un outil de santé par les institutions publiques et politiques. Zeweed a rencontré le président de la Fédération interprofessionnelle de la vape pour faire le point sur la plus saine des façons de fumer, que ce soit du tabac ou du CBD.

Julio Rémila : Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, pouvez-vous vous présenter en quelques mots?
Jean Moiroud : Je suis Jean Moiroud, le président de la Fédération Interprofessionnelle de la vape (Fivape) depuis 2016. Je suis également fabricant d’e-liquide depuis 2012.

Quel est le rôle de la FIVAPE et depuis quand existe-t-elle ?
Nous unissons et représentons l’ensemble de la filière française des produits du vapotage, des fabricants aux distributeurs, avec la particularité d’être totalement indépendants de l’industrie du tabac. Nous nous adressons aux responsables publics, politiques et médiatiques. Notre mission est de faire en sorte que la vape ait la place qu’elle mérite dans les politiques de santé publique de lutte contre le tabagisme
Quant à sa création, cela fait maintenant 8 ans que la FIVAPE existe. Elle a été fondée en 2014 à la suite de l’adoption, au niveau européen, de la Directive sur les Produits du Tabac, qui encadre encore aujourd’hui les produits du vapotage.

« le vapotage est depuis plusieurs années l’outil préféré des français pour quitter le tabac »

Quels sont les moyens d’action de la FIVAPE ?
Nos actions sont financées uniquement par les cotisations de nos adhérents, qui souhaitent défendre leurs produits et leur secteur d’activité. En France, nous avons la chance de pouvoir compter sur une filière unie et engagée avec plus de 700 entités commerciales, le syndicat le plus représentatif d’Europe sur les métiers de la vape.
Nous sommes toutefois contraints d’agir dans un cadre limité : la publicité et la propagande pour les produits du vapotage est prohibée. Nos actions sont moins ostensibles : convaincre les responsables publics et politiques de l’utilité du vapotage, être l’interlocuteur de référence auprès des médias sur ce sujet, produire du contenu prospectif et scientifique à destination des autorités de santé, etc…

Que pensez-vous de la vape de CBD ?
Les produits de vapotage au CBD ont fait leur apparition très tôt. Au-delà des aspects économiques, au niveau de la filière (celui de la Fivape), la question centrale autour du CBD a été de se demander si cette molécule avait un intérêt pour aider nos clients à arrêter de fumer. C’est ainsi que de nombreux produits du vapotage au CBD ont trouvé assez naturellement leur place dans les boutiques spécialisées.
Certaines entreprises de la vape sont d’ailleurs aujourd’hui très actives dans la filière CBD et produisent des cosmétiques aux produits comestibles. Notre principale retenue concerne les fleurs. C’est une présentation qui est destinée à être consommée fumée, et ça, c’est clairement contraire à notre engagement en réduction des risques.

La vape de CBD peut-elle représenter un enjeu économique de taille?
Pour les professionnels de la vape, toute molécule qui présente potentiellement ou de façon avérée un intérêt quant à l’arrêt du tabac ou de la combustion au sens large, doit être appréhendée. D’abord d’un point de vue sanitaire, ensuite si le potentiel économique est là, c’est encore mieux.
La construction de notre identité de filière et de notre respectabilité s’est faite progressivement et au prix d’efforts considérables. Nous devons rester prudents face aux innovations, tout en conservant l’ouverture d’esprit et le pragmatisme qui caractérise les professionnels de la réduction de risques.

« l’objectif sanitaire doit être d’arrêter la combustion »

Au même titre que pour la cigarette, la vape de CBD peut-elle être une alternative pour les fumeurs de cannabis ?
Oui, très clairement. Mais nous préférons parler de solution d’aide à l’arrêt de la combustion. Le cannabis est historiquement consommé avec du tabac en France. C’est une spécificité européenne qui a des conséquences dramatiques en termes de santé publique. L’addiction supplémentaire du tabac crée une toute autre catégorie de fumeurs – les fumeurs de joints – qui s’ignore bien souvent en tant que telle et échappe aux circuits de prévention et de prise en charge des addictions au tabac.
Je profite de cet espace pour le redire : les fumeurs de joints sont des fumeurs.

Pour nous professionnels de la vape, c’est un vrai sujet « au comptoir », face à des clients qui veulent adopter une cigarette électronique pour arrêter le « tabac » mais pas les “joints du soir ».  Nous nous devons de les reconnaître et de leur proposer des solutions. La réduction du risque la plus intéressante vient de l’arrêt total de la combustion. Pour un fumeur de cigarette « indus » comme pour un fumeur exclusif de joints avec du tabac ou un poly-consommateur, l’objectif sanitaire doit être d’arrêter la combustion.
A ce titre, les produits au CBD apparaissent comme très complémentaires de nos solutions de délivrance de la nicotine. L’apport du CBD et plus encore celui d’un spectre large de cannabinoïdes permet de conduire les fumeurs de joints vers un arrêt total de la combustion tout en satisfaisant une large partie de leurs besoins.

Quels sont les avantages de la vape de CBD ?
Ils sont identiques à ceux d’un arrêt du tabac avec la vape : une réduction du risque à plus de 95%. Pour le corps, arrêter la combustion et passer à la vape c’est comme arrêter totalement… et avec les effets que cela entraîne ! Retrouver l’odorat, le goût et le souffle et se sentir mieux au quotidien sont les bénéfices “classiques” de l’arrêt, mais ça ne fait jamais de mal de les rappeler.
Le succès des fleurs de CBD est un marqueur générationnel important : il répond à un besoin de changement chez beaucoup de fumeurs. Je suis né dans les années 80 et j’ai de nombreux amis qui y ont vu une façon de se distancier de leur consommation historique de cannabis. Le besoin d’arrêt est là, il faut juste l’accompagner. Pour nous le CBD peut parfaitement y répondre… mais pas sous toutes ses formes !

« Il reste plus de 15 millions de fumeurs dans notre pays (…) ce sont autant de clients à convaincre »

Après un départ fulgurant, le marché est-il toujours aussi dynamique?
Oui, les boutiques de vape font partie du paysage urbain et le marché reste dynamique. Les boutiques de vape ont été reconnues comme essentielles pendant les confinements, ce qui est une reconnaissance de leur utilité sociale. On en compte aujourd’hui plus de 3000 et les ouvertures continuent, mais plus lentement. Il reste plus de 15 millions de fumeurs dans notre pays. C’est considérable par rapport à nos voisins européens, mais pour la vape ce sont autant de clients à convaincre. C’est un business sérieux, exercé par plus de 15 000 personnes en France, et je peux vous dire que les témoignages d’ex-fumeurs libérés du tabac grâce à la vape, il n’y a pas mieux pour avoir envie de se lever le matin !

Peut-on parler d’enjeu de santé publique avec la vape ?
Bien sûr. Je dirais même que l’on doit en parler car il ne s’agit que de cela! La vape est un outil à destination des fumeurs, et qui vise tout simplement à les aider à arrêter totalement et définitivement le tabac. Ce n’est pas une mince affaire, et, on ne le dit pas assez : le tabac est la première cause de mortalité évitable en France, tuant la moitié de ses consommateurs.
Je le disais juste avant, le vapotage est depuis plusieurs années l’outil préféré des français pour quitter le tabac. Il est également celui qui montre le plus de résultats, en étant deux fois plus efficace que les substituts nicotiniques remboursés par la sécurité sociale. Il est enfin un outil de réduction des risques majeur, puisqu’il est au moins 95% moins nocif que le tabac : alors qu’une cigarette brûle du tabac créant de la fumée, le vapotage chauffe un liquide générant un aérosol.
C’est cette innovation qui permet aux fumeurs de constater rapidement une amélioration de leur santé lorsqu’ils remplacent le tabac par la vape. Donc oui, le sujet c’est la santé. Le rapport entre santé et innovation, la relation complexe en France entre santé publique et réduction des risques… surtout la santé de nos concitoyens prisonniers du tabac.

« Je n’ai pas honte de dire qu’en 2022, fumer de la weed est ringard »

Les tabacs ont-il savonné la planche du marché de la vape ?
Cela pouvait être l’impression au début des années 2010, mais ce n’est désormais plus le cas. Notre message est surtout que les boutiques spécialisées sont le meilleur endroit pour adopter un dispositif de vapotage. Premièrement, on n’y est pas au contact du produit duquel on cherche à se détacher, comme dans un bureau de tabac, ensuite, on y trouve de l’expertise et du temps.
Confier une vape à un fumeur est un exercice qui prend du temps, en moyenne 30 minutes, souvent plus.
Comment voulez-vous adresser 30 ans d’addiction à un produit terrible “à l’arrache” ? Ça ne marche pas comme ça. Entrer dans une boutique de vape, c’est potentiellement un moment qui peut changer toute la vie d’une personne : prisonnière d’une addiction mortelle, elle peut ressortir libre et in fine elle profitera de sa retraite 10 ans de plus.

« Je trouverais dommage de rater le virage d’une légalisation intelligente, qui coche à la fois les cases du progrès sociétal et sanitaire »

La vape et le chanvre bien-être, même combat ?
Il existe énormément de convergences entre les combats du cannabis et ceux de la vape. Nos crédos sont très similaires : acceptation sociale des produits que nous défendons, ancrage fort avec l’univers de la réduction des risques, correction des fausses perceptions auprès du grand public et des pouvoirs publics, progrès sociétal, etc… Mais selon moi, l’intersection sur laquelle nos deux univers devront se retrouver à un moment, c’est celle de la santé et de l’arrêt de la combustion.
Pour nous, l’activisme pro-légalisation doit s’inscrire dans son époque et tenir compte des innovations qui ont été faites, notamment aux USA suite aux programmes de légalisation de nombreux états. Il faut être à l’avant-garde de son combat. Je n’ai pas honte de dire qu’en 2022, fumer de la weed est ringard, cancérigène, et que cette pratique devrait disparaître.
Par contre, pouvoir librement acheter un vape-pen de delta-8 ou 9, qui produira les mêmes effets en 2 bouffées, tout en ayant un impact insignifiant sur la santé, ça c’est un vrai progrès. Je trouverais dommage de rater le virage d’une légalisation intelligente, qui coche à la fois les cases du progrès sociétal et sanitaire.

Un scoop pour Zeweed?
Nous nous préparons au prochain quinquennat, et potentiellement à une nouvelle majorité.
Pour faire entendre les demandes de notre filière, nous sommes en train de finaliser un livre blanc qui récapitule nos 10 principales propositions. Produire des contenus utiles, faire avancer la réflexion sur la réduction des risques : une mission qui continue !

Cannabis thérapeutique : Entretien avec Franck Milone, président et fondateur du laboratoire LaFleur.

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Lancée en 2021, l’expérimentation du cannabis thérapeutique s’achèvera en 2023. Pour ne pas rater le coche d’un marché national annuel estimé à 500 millions d’euros par ans, la filière pharma bleu-blanc-rouge se structure. Zeweed a rencontré Franck Milone, président et fondateur de LaFleur, premier laboratoire français à avoir mis au point des traitements à base de cannabis.

Zeweed. Pouvez-vous nous décrire en quelques mots l’activité du laboratoire LaFleur ?
Franck Milone. Le laboratoire LaFleur est un laboratoire pharmaceutique français fondé en 2014 et qui est spécialisé dans le développement de médicaments à base de cannabis.
Nous avons pour vocation de développer des outils innovants pour produire de manière efficiente des produits de santé à base de cannabis au bénéfice des patients en échec thérapeutique.

Depuis quand travaillez-vous  sur l’élaboration de médicaments à base de cannabis?
On a lancé le développement du premier médicament à base de cannabis en France en 2018 avec le CNRS de Strasbourg spécialisé en oncologie: les traitements contre le cancer. 

« premiers essais cliniques chez les patients dès 2023 » 

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Il y a eu beaucoup de problématiques liées à la manipulation du cannabis et à son importation. On a tout de même réussi à importer et transformer des fleurs. Des essais ont été réalisés entre 2018 et 2021 sur des lignées de cellules cancéreuses. Actuellement, on lance les essais sur le modèle animal. Les premiers résultats sont attendus début juillet sur ce candidat-médicament. Et permettront de mettre en place les premiers essais cliniques chez les patients dès 2023. 

Combien de temps faut-il pour mettre au point et commercialiser un médicament au cannabis ?
Du développement à la mise sur le marché, il faut compter environ 8 ans. Dans notre cas, on estime la mise sur le marché du premier médicament à base de cannabis en France d’ici 2026.

Parallèlement, vous travaillez sur d’autres produits ?
Oui, on démarre un projet sur l’utilisabilité d’un dispositif médical connecté sous la forme d’un vaporisateur avec des cartouches sécurisées de granules de fleurs de cannabis. Ce dispositif médical serait adressé à une population senior. Cette étude permettrait le lancement d’un essai clinique pour évaluer l’amélioration de la qualité de vie des séniors et l’impact sur la consommation de certains médicaments.

« mise sur le marché du premier médicament à base de cannabis en France d’ici 2026 »

L’intérêt est donc double : d’un coté la validation d’une nouvelle technique et de l’autre sa mise en pratique  chez les seniors…
La première étape est de valider la capacité de ce dispositif à s’adapter à l’usage d’une population sénior, et par la suite de juger du potentiel thérapeutique du cannabis sur ces populations. Il s’agit d’un de nos développements dans le cadre recherche autour du cannabis médical.

De quel oeil le corpus médical français voit-il le cannabis ?
Les mentalités ont bien évolué depuis la création en 2014. L’exemple le plus probant est celui de la mise en place de l’expérimentation qui évalue le cadre de dispensation du cannabis médical en France. Face à une demande grandissante de patients et de professionnels de santé, un constat mondiale sur la légalisation du cannabis médical et des données scientifiques prouvant l’intérêt médical dans le traitement de certaines conditions médicales, l’Agence du médicament (ANSM) a mis en place un comité scientifique transdisciplinaire pour assurer le suivi de cette expérimentation qui prévoit l’inclusion de 3000 patients, la formation de plus de 4500 professionnels de santé et autorise la dispensation de médicaments à base de cannabis pour 5 indications thérapeutiques (situation palliative, spasticité dans la sclérose en plaques, épilepsie NDLR ) conduit sur deux ans. 

La fine fleur des laboratoires de cannabis thérapeutique français à l’oeuvre.

Et côté financement, ça se passe comment?
On est la première entreprise à avoir obtenu un financement public par la BPI pour le développement d’un médicament à base de cannabis en France. On a également réalisé une levée de fonds en 2020 de 3 millions d’euros. Aujourd’hui en France, l’accès au capital reste toujours un obstacle sur la thématique. Nous sommes en capacité, à travers notre laboratoire de recherche et notre expertise de travailler sur le cannabis médical dans un cadre règlementaire, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. La France possède un boulevard d’innovation si elle sait le saisir. 

« La France a un boulevard d’innovation si elle sait le saisir »

La France a-t-elle les moyens de devenir un leader de la filière cannabis thérapeutique?
Tout à fait, on a la chance qu’au niveau fédéral, les États-Unis n’ont pas encore avancé sur l’enjeu médical qu’offre le cannabis, ce qui fait que les recherches biomédicales sont inexistantes. Une opportunité pour les entreprises françaises de figurer parmi les pionnières sur le sujet. Encore faut-il savoir saisir ces opportunités. On a réussi à faire une première levée de fonds en 2020, mais il faut continuer en ce sens pour la partie industrielle et la partie R&D (recherches et développements, NDLR). Profitons du climat réglementaire actuel favorable pour continuer à investir dans la recherche et développer des produits de santé français au bénéfice des patients en impasse thérapeutique. L’ANSM doit dans un avenir proche assurer une production de cannabis médical en France en apportant des spécifications techniques (critères de qualité pharmaceutique, formes pharmaceutiques, contrôle pour la culture, etc. NDLR).

Premiers médicaments 100% made in France prévus pour 2026

Justement, est-ce que vous arrivez à travailler sur une production de cannabis française actuellement ?
Sur la partie fleur de cannabis, on est encore dépendant des produits étrangers. En parallèle, on installe notre premier centre de R&D agro-pharmaceutique dans lequel on développe, optimise et standardise des procédés de production de cannabis médical, afin d’avoir des premiers lots de cannabis médical standardisé début 2023 et de proposer des produits 100 % fabriqué en France, à l’échéance de la généralisation du cannabis médical en France.

Vous proposez aussi un ensemble de service aux cultivateurs de cannabis à visée médicale…
Effectivement, au cœur de notre laboratoire de recherche nous mettons en place un ensemble de services d’une part autour de la prestation analytique pour valider les niveaux de principes actifs dans les fleurs de cannabis ou produits transformés. Et de l’autre un service autour de l’extraction de fleurs, à travers le développement de partenariats avec des agriculteurs qui depuis le décret de décembre 2021 autour de la production de fleur (dont la teneur est inférieure à 0,3% THC) peuvent valoriser la récolte de fleurs en ayant un contrat avec un laboratoire.

Les laboratoires LaFleur travaillent sur des cartouches de cannabis standardisées et sécurisées, des huiles et des gélules.

Sous quelle forme les futurs médicaments au cannabis seront-ils proposés? De la poudre, des fleurs, des gélules…?
On travaille sur différentes formes galéniques (mode d’administration, NDLR) : des granules de fleurs au travers de cartouches sécurisées à utiliser avec un dispositif médical connecté. Mais aussi des huiles qui permettent une titration précise. La prescription du cannabis médical par le professionnel de santé prévoit une augmentation progressive de la dose en suivant les conditions médicales du patient. Enfin, une fois le traitement stabilisé, des gélules peuvent être prescrites pour plus de reproductibilité et de confort d’usage. Nous proposons ces 3 formes pharmaceutiques : des cartouches de cannabis standardisées et sécurisées, des huiles et des gélules. 

En termes de variétés, pouvez- vous donner des précisions sur les types de cannabis ? Indica, sativa, variétés spécifiques?
On fait des tests sur différents types de plantes, indica ou sativa, et sur différentes variétés. Le premier objectif est d’avoir une palette d’actifs et de variétés qui soit relativement large pour avoir la capacité ensuite d’innover. On s’intéresse davantage aux formes acides des deux molécules les plus connues que sont le THC et le CBD ou sur de nouveaux actifs plus récemment découverts comme le CBG ou le CBN entre autres.

« le cannabis médical (…) doit apporter des preuves de sécurité, de tolérance et d’efficacité pour qu’il puisse s’inscrire dans un parcours de soin »

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le cannabis thérapeutique?
Je me suis confronté à la réalité du système de santé à l’âge de 18 ans quand on m’a diagnostiqué une sclérose en plaques à la suite d’une crise neurologique. Face à l’incompréhension du professeur qui me suivait à l’époque et aux milliers de patients en échec thérapeutique qui se retrouvaient dans la même situation, j’ai eu envie d’innover sur la thématique du cannabis médical. Je suis donc allé à la rencontre des autorités publiques, des professionnels de santé parce que je me suis aperçu que pour faire avancer les choses, il fallait investir dans la recherche scientifique. Défendre le cannabis médical dans l’industrie pharmaceutique c’est rappeler qu’il s’agit d’un médicament qui doit apporter des preuves de sécurité, de tolérance et d’efficacité, pour qu’il puisse s’inscrire dans un parcours de soin. Ainsi, j’ai décidé de défendre le cannabis médical à travers les angles de la recherche, la formation et l’innovation. 

Vous soutenez aussi d’autres structures de la filière cannabis thérapeutique, pouvez-vous m’en dire plus ?
Je me suis notamment investi au sein de l’association de patient l’UFCM I Care (Union Francophone pour les Cannabinoïdes en Médecine) qui organise depuis 2014 des colloques scientifiques à Strasbourg et Paris pour favoriser le partage des avancées mondiales sur le cannabis médical et j’ai fondé le laboratoire pharmaceutique LaFLeur spécialisé dans le cannabis médical. Aujourd’hui nous avons un ancrage historique en région parisienne et sommes implanté à Angers, la capitale du végétal spécialisé au cœur du campus du végétal.

Propos recueillis par Julio Rémila

Jean Baptiste Moreau creuse le sillon de la légalisation

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Jean Baptiste Moreau fait parti des élus LREM qui se sont ouvertement prononcés pour une fin d’interdiction de l’herbe, quitte à froisser la ligne prohibitionniste du gouvernement et du candidat Macron qui se dit « défavorable à la légalisation »  Dans un entretien accordé à Zeweed*, le député et rapporteur de la mission d’information sur le cannabis nous confiait pourtant que la légalisation du cannabis serait au programme du candidat à la présidentielle 2022. Faudra-t-il attendre les législatives pour que l’ex et futur locataire de l’Elysée (s’il est élu) tienne promesse? Il y a un an, le député de la Creuse y croyait en tout cas.

Jean-Baptiste Moreau doit aimer l’herbe. Quand il ne s’occupe pas de celle que vont brouter quotidiennement les 300 vaches de son exploitation agricole, c’est de celle que fument les français dont il se mêle, en soutenant la légalisation du cannabis. Membre de La République En Marche dont il est porte-parole depuis 2019, Jean Baptiste Moreau est député de la Creuse depuis 2017. A contre-courant de la politique du gouvernement, il recommande en mai dernier la fin de la prohibition sur la cannabis à l’occasion de la remise du rapport de la mission d’information sur le cannabis (MIC).
Sa pugnacité et celle d’autre rapporteurs LREM de la MIC comme la députée du Loiret Caroline Janvier aura payé, puisqu’un référendum sur la légalisation serait au programme électoral d’Emmanuel Macron  pour les élections présidentielles de 2022. L’élu creusois nous a accordé un entretien téléphonique depuis sa voiture, garé sur une aire d’autoroute de son département.

Quel regard porter sur 50 ans de prohibition?
Celui d’un échec total. Malgré la prohibition, la consommation n’a cessé d’augmenter en France. A tel point que nous sommes le plus gros consommateur de cannabis d’Europe, avec une des politiques les plus répressives. On voit bien que cette gestion, qui aboutit à un million de consommateurs réguliers dans l’hexagone, ne fonctionne pas. Ca me rappelle la prohibition de l’alcool aux USA de 1929 à 1933, à laquelle Roosevelt a judicieusement mis un terme.
La prohibition ne peut pas fonctionner pour des consommations de masse comme l’alcool ou le cannabis.

« La prohibition ne peut pas fonctionner pour des consommations de masse comme l’alcool ou le cannabis ».

La Mission d’Information Parlementaire sur le Cannabis (MIC), dont vous êtes rapporteur, a rendu son rapport qui recommande entre autre la légalisation du cannabis récréatif. Pourtant, le gouvernement continu de camper sur des positions prohibitionnistes : Tout ça pour ça?
Effectivement, c’est un peu frustrant. Après, nous verrons si le temps donne raison à nos recommandations. Pour moi, qui ai suivi une formation scientifique, je pars du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Nous avons mené une politique de prohibition sans aucun succès durant 50 ans. Je ne vois pas pourquoi cette même politique fonctionnerait aujourd’hui ou dans les 20 prochaines années. Ce n’est pas en multipliant les effectifs de police que l’on va éradiquer le marché illégal. Un commissaire haut gradé de la brigade des stupéfiants me confiait récemment le coté illusoire et vain de cette lutte contre le deal: quand une opération est menée, avec tout ce que cela suppose en mobilisation d’effectifs et de moyens, trois autre points de vente apparaissent le lendemain. On sait le caractère inefficace de la prohibition, mais on continu à s’entêter dans cette voie.

« Nous avons mené une politique de prohibition
sans aucun succès durant 50 ans.
Je pars du principe que les mêmes causes
produisent les mêmes effets ».

Quel est le point de blocage qui empêche la France d’aborder le problème comme l’on fait le Canada, les USA et une grande partie des pays membres de la communauté Européenne qui ont assouplit leur législation ?
Je pense que nous sommes restés dans une position trop dogmatique sur le sujet, et que les ministres concernés par ce dossier ignorent tout bonnement la question pour des raisons personnelles. En exemple, le premier ministre, qui est en charge de la réécriture de l’arrêt de 1990 (qui encadre les dispositions entourant la vente de chanvre bien-être NDLR) n’a même pas lu notre rapport sur la question CBD, fruit de deux ans de travail. Autant dire que ce n’est pas très engageant pour ouvrir un dialogue.
Encore une fois, les à-priori et positions dogmatiques tuent dans l’oeuf toute discussion. Quand je constate que certains membres du gouvernement  font encore la confusion entre CBD et THC… je ne peux que regretter que les travaux de la MIC n’ai même pas été gratifiés d’une lecture. C’est dommage, ça aurait contribué à grandement clarifier le débat.

« Certains membres du gouvernement
  font encore la confusion entre CBD et THC »

De fait, nous sommes encore dans la caricature,  quand j’entend par exemple certains ministres opposer à la légalisation le danger de l’escalade vers des drogues dites dures. C’est tout le contraire! C’est justement parce qu’aujourd’hui, le dealer a tout intérêt à vendre autre chose que du cannabis qu’il propose des drogues addictives et dangereuses, son intérêt étant d’accrocher le client.
Or, une des idées force de la légalisation est de couper du marché noir les consommateurs de cannabis!

Jean-Baptiste Moreau, la légalisation, il y croit dur comme vert.

La député LREM Caroline Janvier nous confiait dans un récente interview qu’un référendum sur la légalisation serait très vraisemblablement au programme d’Emmanuel Macron pour les présidentielles de 2022. Vous y croyez?
Oui, j’y crois. A l’image de ce qu’a fait Justin Trudeau au Canada (qui a légalisé le cannabis récréatifs quelques semaines après son élection en 2018 NDLR).
J’y crois parce que les positions du président sur la question, sauf dernièrement, ont toujours été mesurées. Il n’a pas de certitudes sur le sujet, et à ce titre, je crois en la capacité du LREM à en faire un des axes de sa campagne présidentielle.
Dans ce cadre-là, un référendum sur la légalisation du cannabis me paraît très probable.
D’ailleurs, il en a parlé récemment, de cette volonté d’organiser un débat autour de cette question.

« Dans le cadre de la campagne présidentielle (…)
Un référendum sur la légalisation du cannabis me paraît très probable ».

Ce serait pour quand, ce référendum, si Emmanuel Macron venait à être réélu?
Pour le premier semestre suivant l’élection. Encore une fois , à l’image de ce qu’a fait le premier ministre canadien Justin Trudeau, ce genre de décision s’impose en tout début de mandat, sinon, ça n’a pas de sens.

Et cette légalisation, justement, vous la voyez comment? Entièrement régie par l’Etat, comme l’imagine François-Michel Lambert, ou plus ouverte comme la conçoivent Caroline Janvier ou Eric Coquerel?
Je suis pour que l’Etat joue un rôle de régulation et de contrôle. Le but n’est pas de suivre un modèle type Colorado où c’est du tout-business avec de la publicité pour encourager à consommer ce qui reste tout de même une drogue. L’idée est de faire baisser la consommation, pas de l’inciter. Il m’apparaît important que l’Etat contrôle la distribution et la qualité des produits mis en vente. Je suis pour un commerce du cannabis sous contrôle de l’Etat et non pas fait par l’Etat. On voit bien que quand la production, la transformation et la distribution sont entièrement régies par l’Etat, comme en Uruguay, les résultats ne suivent pas:  le marché noir subsiste.

« Au Canada on voit que ça marche,
la consommation de cannabis chez les mineurs
est en baisse dans tout le pays »

Un modèle à la canadienne, le Québec** mis à part?
Oui, au Canada on voit que ça marche;  la consommation de cannabis chez les mineurs est en baisse dans tout le pays ainsi que la consommation de bière, avec des profits substantiels enregistrés dans les caisses de l’Etat. Après, il faut que cet argent dégagé sur les ventes de cannabis serve à mener des campagnes d’information et de prévention dans les écoles et quartiers sensibles. Il s’agit de créer un cercle vertueux.

Sur le récréatif, vous croyez à une filière française?
Pas en intégralité: les filières d’approvisionnement qui existent, il va falloir les traiter d’une façon ou d’une autre en les intégrant légalement au marché.  Bien entendu en contrôlant la qualité et le mode de production des produits importés. Sur cet axe, je pense notamment au Maroc. Nous avons des atouts pour proposer des produits de qualité, mais ne compter que sur la filière française pour alimenter ce marché me paraît peu réaliste.

Et vous, vous l’avez expérimenté ce cannabis récréatif?
Ca fait quelques années maintenant, mais oui, j’ai essayé. Quand on est jeune, on essaye des choses..  et lors de fêtes, ça m’est arrivé d’en consommer. A titre personnel, je n’en garde pas un souvenir impérissable: ça me donnait mal à la tête (rires)

*Interview réalisée en juillet 2021
**Au Québec, c’est le gouvernement de la province qui assure la production et la vente de cannabis dans des dispensaires d’Etat gérés par la SQDC.

 

Caroline Janvier « Je vois bien Macron porter la légalisation du cannabis en 2022 »

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Alors que le remake du second tour 2017 Emmanuel Macron vs Marine Le Pen se profile sur fond d’enchère sécuritaire, Zeweed a retrouvé une interview de la députée LREM Caroline Janvier* qui en juin dernier**, nous disait voir Emmanuel Macron proposer un référendum sur la question s’il était élu. Après avoir largement dragué l’électorat de droite, le Président sortant tentera-t-il un coup de filet électorale chez les jeunes gauches en promettant une consultation nationale sur la question cannabique?

Dans le paysage politique français, vous faites partie des parlementaires qui souhaitent la légalisation du cannabis, quitte à être en désaccord avec la ligne de l’actuel gouvernement. Qu’est-ce qui vous a poussé à mener ce combat?
Ce qui m’a poussé à m’investir sur ce sujet sensible, alors que c’est mon premier mandat d’élue, c’est le constat d’échec de la politique répressive menée depuis 1970. Alors que nous avons les dispositions légales les plus coercitives d’Europe, la France continue d’y afficher la plus grande proportion de consommateurs de cannabis. Pendant 50 ans, les gouvernements successifs ont approché la question de manière idéologique et morale, privilégiant l’interdiction à l’efficacité, le jugement de valeur aux enjeux de santé publique. A cette forme d’entêtement basée sur des préjugés, une nouvelle approche s’impose.

« en 2022, du coté de En Marche (…) nous aurons des évolutions »

51% des français sont favorables à la dépénalisation et pourtant le gouvernement campe sur la position prohibitionniste. Cela veut-il dire que la légalisation est impensable jusqu’en 2022?  Ou sous une second mandat d’Emmanuel Macron?
Elle n’est pas impensable mais elle n’est pas prévue, ça me paraît très peu probable durant ce mandat. En revanche en 2022 (pour les élections présidentielles NDLR), du coté de En Marche comme dans d’autres formations politiques, je pense que cela fera parti des sujets incontournables lors des élections présidentielles. Nous aurons à ce moment-là des évolutions, ou en tous cas une approche qui sera moins dogmatique et moins dans la posture partisane.

Caroline Janvier, Cannabis, LREM, weed,
Caroline Janvier voit Emmanuel Macron porter la légalisation en cas de second mandat. Green is good.

Cela veut-il dire que le candidat Emmanuel Macron pourrait à ce moment là porter la légalisation, à l’instar de Justin Trudeau au Canada en 2018?
Oui, je vois bien Emmanuel Macron, le candidat, porter la légalisation du cannabis et proposer aux français choisir, sous forme d’un référendum, d’une convention ou d’un débat publique. Je pense que cela fait parti des possibles et j’y travaille ardemment. Je viens d’écrire un livre sur le sujet cannabis qui va sortir dans les prochains jours et qui est publié par Point d’Orgue, qui est une maison d’édition rattachée au mouvement En Marche… Tout ça pour vous dire qu’au sein du mouvement En Marche, il y a une vraie réflexion là-dessus, avec par exemple « Les Jeunes avec Macron » qui sont favorables à la légalisation. C’est un sujet sur lequel il y a des débats et une réflexion.

« laisser les français choisir, sous forme d’un référendum »

Cette légalisation, comment la concevez-vous? Ouverte et vecteur d’intégration comme l’imagine Eric Coquerel (député LFI) ou sous monopole d’Etat comme le souhaite François-Michel Lambert (député vert LT) ?
Je conçois une légalisation ouverte au privé, mais responsable. On a vu qu’en Uruguay ou au Québec, il y a une forme d’échec de l’offre entièrement publique dans la mesure où cette offre n’est pas assez concurrentielle pour parvenir à assécher le marché noir.
Je crois qu’il faudrait qu’il y ait une régulation de l’Etat sur la production, la transformation et la distribution du cannabis, mais avec une forme d’efficacité. S’il y a trop de normes et de taxes, le consommateur continuera à se tourner vers le marché noir et les grands acteurs privés du cannabis légal ne se lanceront pas. Il nous faut développer une filière française, un filière d’excellence proposant une offre variée. Il s’agit de trouver une position intermédiaire entre quelque chose de trop ferme et restreint comme au Québec ou en Uruguay,  et une légalisation débridée comme c’est le cas au Colorado, où il y a une approche marketing et commerciale ne permettant pas d’atteindre les objectifs de santé publique. Il faut éviter l’incitation et à mon sens la commercialisation de produits comestibles au THC et de concentrés.

Ce serait une légalisation à l’image du modèle Canadien?
Tout à fait. Mis à part le Québec qui est dans un régime de légalisation particulier (Au Québec, la vente se fait exclusivement via des succursales de la SQDC, société d’Etat, NDLR), dans les autres provinces, le commerce du cannabis est assuré dans des dispensaires gérés par des entreprises privés, mais avec des licences et un cahier des charges très strict en matière de santé publique. Et les résultats sont là puisque le pays affiche une baisse de la consommation chez les mineurs. Le modèle Canadien est à ce titre intéressant.

« Dépénaliser (…) c’est du laxisme »

En Italie, l’auto-culture est dépénalisée dans une certaine limite. Est-ce que dépénaliser l’auto-culture ou le cannabis peut être un premier pas vers la légalisation?
Je ne suis pas pour les demi-mesures. Je pense que nous en sommes arrivés à un stade où la question doit être abordée de façon globale. Dépénaliser l’auto-culture ou le cannabis ne résoudrait pas les problèmes de contrôle de la qualité ou celui du marché illégal. On le voit au Portugal qui a dépénalisé: les réseaux criminels continuent de prospérer. Ce serait à mon sens faire preuve de laxisme. Il faut un cadre ferme et respecté: au Canada par exemple, la vente de cannabis à un mineur est passible de 14 ans de prison.
J’aimerais que l’on ait une politique très ferme envers les vrais risques: interdire la consommation aux moins de 21 ans, la résine trop forte ou coupée, ainsi que les concentrés ou le cannabis de synthèse.

Et vous, ce cannabis que l’on dit récréatif, vous l’avez expérimenté?
Oui, comme un français sur deux, mais bien avant mon mandat (rires).

 

*Caroline Janvier et députée LREM du Loiret et rapporteuse de la mission d’information sur le cannabis (MIC)
**Interview réalisée le 22  juin 2021
Propos recueillis par Alexis pour Zeweed

 

Cannabis, et si on regardait les choses en Face?
de Caroline Janvier
Editions Point d’Orgue,
7€
Le livre est disponible sur ce lien

Bénédicte Desforges: la policière qui milite pour la légalisation du cannabis

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Soutenu par Yann Bisiou, François-Michel Lambert et Renaud Colson, le mouvement Police Contre la Prohibition (PCP) est une référence du combat pour la légalisation du cannabis en France. Exclusivement composé de représentants ou ex-représentants des forces de l’ordre, le collectif fait parti des voix qui pourraient bien faire pencher la balance en cas de réferundum en 2022. Zeweed a posé quelques questions à Bénédicte Desforges, la co-fondatrice du mouvement et la plume de leur compte Twitter au 11 000 followers.

Des gendarmes et des policiers contre la prohibition c’est inattendu! Quel est votre parcours et comment avez-vous eu l’idée de PCP?
Je suis une ancienne flic qui a toujours travaillé en uniforme sur la voie publique, à Paris et en banlieue. J’ai été dans la Police Nationale pendant une quinzaine d’années, notamment dans les Hauts-de-Seine, à Gennevilliers ou Nanterre mais aussi à Paris, dans le 18e arrondissement. Des coins pour le moins criminogènes.
Pour ce qui est de Police Contre la Prohibition (PCP), ce sont des policiers venus de tous bords qui s’intéressent aux problèmes liés aux drogues.

« Il s’agissait surtout de faire entendre la voix de ceux qui se trouvent en bas de la chaîne pénale »

Après avoir échangé entre nous, l’idée est venue fin 2018 de monter ce collectif car nous avions les mêmes intérêts et les mêmes conclusions concernant les stupéfiants, à savoir; légalisation du cannabis et dépénalisation des usages. Il s’agissait surtout de faire entendre la voix de ceux qui se trouvent en bas de la chaîne pénale.
Avocats, magistrats et autres associations existaient depuis longtemps mais les policiers, eux, ne se faisaient pas entendre. Nous devions amener notre parole et apporter un point de vue utile qui manquait. Le collectif est constitué d’une douzaine de membres qui en forment le noyau dur. Autour, gravitent plusieurs dizaines de policiers qui nous suivent, nous soutiennent, apportent sympathie et adhésion à nos idées.

On vous voit souvent sur Twitter parler de weed, répondre à des tweets sur le cannabis avec humour et détachement: est-ce que les membres de PCP sont des consommateurs?
Certains oui. En réalité on ne pose même pas la question. Pour nous, c’est un sujet qui relève entièrement de la vie privée et on veut que ce le soit également aux yeux de la loi. Demander si quelqu’un fume du cannabis est aussi pertinent que demander à quand remonte sa dernière cuite. Ce qui regarde un policier c’est de savoir si l’individu risque d’être un danger pour autrui.
Un simple exemple sur ce sujet, on souhaite que les conducteurs soient soumis à des tests comportementaux plutôt que de drogue qui peuvent vouloir tout et rien dire. Mais concernant le PCP, on est régulièrement accusé par d’autres flics d’être des gauchos, des collabos ou des consommateurs, alors que notre approche dépasse largement ces questions.

Comment agissez-vous pour faire avancer ces idées ?
On discute régulièrement entre nous pour savoir comment intervenir sur tel ou tel sujet sur les réseaux sociaux. Concrètement, on incite nos collègues à ne plus faire de procédures contre les consommateurs. On ne les aborde pas en leur disant qu’il faut légaliser le cannabis. On leur dit surtout que s’ils ne se posent pas la question, ils cautionnent la politique du chiffre qu’ils dénoncent à longueur de journée. Chacun dispose d’un libre arbitre et peut fixer une limite à ce qu’il va retenir ou non comme infraction.

« On incite nos collègues à ne plus faire de procédures contre les consommateurs »

Aujourd’hui vous n’êtes plus dans la police, comment cela se passait sur le terrain lorsque vous étiez en service ?
J’ai démissionné en 2012. Ma chance était de travailler dans un service insensible à la politique du chiffre. Si on ne voulait pas interpeller pour une barrette de shit on ne le faisait pas. Il existe des criminalités bien plus gratifiantes dont il faut s’occuper. Avec mes collègues, on avait tous cette position consistant à dire « cette répression est inintéressante, inutile et ne sert qu’à alimenter la politique du chiffre ». C’est un peu comme pour les piétons, personne ne verbalise ceux qui traversent au-delà des passages cloutés. Pour nous, cette logique s’applique aussi au fumeur de joints.

Vous pouvez détailler cette politique du chiffre ?
La répression concernant l’usage de drogue est facile à faire et est à 100% élucidée. C’est la poule aux œufs d’or de ce système. Dans les faits, les cadres de la police touchent des primes qui sont subordonnées à l’activité des effectifs. Les chefs mettent la pression pour toucher plus d’argent. Donc certains mettent l’accent sur les stupéfiants dans cet objectif. Mais ce qui est curieux c’est que les collègues se plaignent de tout ça, sans jamais faire le lien avec le besoin d’une réforme globale.

En septembre dernier l’amende forfaitaire délictuelle a été mise en place avec un objectif: simplifier le travail des policiers . Qu’en pensez-vous ?
Des remontées dont on dispose, il s’agit d’une usine à gaz. On sait très bien que beaucoup ne vont jamais les payer et d’ailleurs, le taux de recouvrement est assez bas. Alors, oui, peut-être que cela allège le travail de la police et de la justice dans l’absolu, mais on a hâte de voir le bilan un an après concernant l’efficacité. Et, lorsque l’on prend du recul, on se dit surtout que l’amende délictuelle n’a rien à voir avec un quelconque souci de santé publique. On réprime la consommation mais dans quel but ?

« L’amende délictuelle n’a rien à voir avec un quelconque souci de santé publique »

Quelles seraient vos préconisations pour en finir avec la situation actuelle ?
Pour commencer, il faudrait un système comme au Portugal ou d’autre pays. Cela passe par tous les fronts, de l’autoproduction aux initiatives comme les social clubs en Espagne. Il est hors de question de tout laisser entre les mains du marché noir et de se priver de produits de qualité ainsi que de campagnes de préventions plus fluides.
D’ailleurs, j’insiste sur un point. Légalisation et dépénalisation vont ensemble. Du point de vue de la police, uniquement légaliser en pensant que cela va soulager notre travail est un non-sens car le marché noir persistera et on nous demandera toujours d’interpeller et de faire des saisies. De plus, comment distinguer un joint légal d’un joint illégal ? Il faut que la police puisse être réorientée sur des activités utiles et la répression des consommateurs n’en est pas une.

Panakeia, le chanvre CBG sans THC ni CBD à l’état naturel

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Développée en France par Cannaveyron, Panakeia est la première variété de chanvre CBG naturellement dépourvue de THC et de CBD. Zeweed a rencontré Yohan Varin, l’homme derrière cette petite révolution du chanvre bien-être.

Tout commence en 2017 lorsque Yohan plante ses premières graines de chanvre dans le Parc Naturel Régional du Quercy. Très vite, il comprend que si les producteurs français ne se regroupent pas pour s’entraider et mutualiser leurs coûts, ils risquent fort de se faire dévorer par les grandes industries qui lorgnent sur un marché européen estimé à 1.3 milliards d’euros en 2023

Fort de ce constat, Yohan Varin co-fonde avec François-Guillaume Piotrowski et Charles Morrel l’AFPC (Association Française des Producteurs de Cannabinoïdes). A ce jour, le syndicat qui s’est donné pour mission de « promouvoir un CBD français de qualité dans l’intérêt des producteurs, des revendeurs et des consommateurs » compte près de 200 adhérents.

Des premières graines plantées dans le Quercy il y a 4 ans…

En automne 2020, Yohan crée, avec Daniel Sournac et Hassan Benahmed, la marque Frenchcbdreams /Cannaveyron.
En 2021 la start-up cannabique produira plus d’une demie tonne de chanvre CBD premium. Car contrairement à nombre de ses concurrents, Yohan pratique une extraction mécanique du THC, sans l’utilisation du moindre solvant.

Mais la vraie révolution proposée par Cannaveyron est ailleurs.
Depuis quelques mois, Yohan et ses deux associés cultivent du chanvre cannabigérol (CBG) garanti sans THC à l’état naturel. Une grande première pour la filière française.

… A la co-création d’un syndicat qui regroupe plus de 200 adhérents.

Baptisée Panakeia, cette petite merveille de la botanique moderne affiche un taux de CBG de 18% pour 0% de THC. Un exploit rendu possible grâce aux travaux en génétique agricole de la société espagnole Hemp Trading.

Dans l’état actuel de la législation française, qui ne permet pas d’extraire les composants du cannabis en France, la Panakeia se pose comme la solution rêvée pour proposer aux consommateurs un produit propre, riche en principes actifs et on ne peut plus légal.

Au delà du marché du chanvre bien-être, c’est aussi le marché du cannabis à visée médicale que Yohan compte pénétrer avec la Panakeia. Tout comme le THC ou le CBD, le CBG possède de nombreuses propriétés thérapeutiques à même de soulager les patients atteints de glaucome, de la maladie de Parkinson, d’Alzheimer ou encore de la maladie de Crohn. Le CBG est aussi reconnu pour ses propriétés anti-inflammatoires, anti-bactériennes, antibiotiques et antispasmodiques.

La Panakeia : une tête à tête de ventes.

18% de CBG et aucune trace de THC à la récolte

Cerise sur la sommité florale: la Panakeia offre de très bons rendements et garantie des productions sans pertes. Pour l’instant, la législation oblige les cultivateurs à détruire leur récolte dès lors qu’elle présente un taux de THC supérieur à 0,2 % en produit fini, soit à peu près 1% de THC en produit brut. La Panakeia étant naturellement dépourvue de THC, les coûts d’exploitation s’en trouvent largement réduits. Les trois associés en cultivent à ce jour 700 pieds.
Avec une approche globale (recherche, éducation, marketing, distribution, juridique) et durable, Frenchcbdreams a tout pour devenir un modèle vertueux du chanvre bien-être.

Commandes et informations: le site de Cannaveyron/Frenchcbdreams est accessible via ce lien

Yann Bisiou, « le marché du cannabis se fera aux dépens de ceux de l’alcool, du tabac et des médicaments »

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Figure emblématique de la légalisation en France, Yann Bisiou est au cannabis ce que Greta Thundberg est à l’écologie : un obstiné de la cause verte. Nous l’avons rencontré pour une interview sans masque et sans filtre.

Quel bilan tirer de la politique française sur le cannabis?
Ces deux dernières années, la France a fait des progrès considérables en matière de légalisation du cannabis et de son usage. Hélas, depuis six mois, nous assistons à un saisissant retour de la guerre contre la drogue et de la prohibition dans ses aspects les plus néfastes. Rappelons que la Loi du 31 décembre 1970, qui pénalise l’usage du cannabis, fut défendue comme un moyen d’incitation aux soins (gratuits) répondant à des enjeux de santé publique.

Que pensez-vous de l’amende délictuelle à 200 euros pour les consommateurs de cannabis ?
C’est une catastrophe. Ou plutôt une catastrophe annoncée: nous savions dès le début que l’amande serait un échec dans la mesure ou elle ne permettrait pas de verbaliser plus de 300 000 contrevenants par an.
300.000 verbalisations en 9 mois sur 135 millions de consommations annuel et 900 000 usagers quotidiens… c’est dérisoire. Par ailleurs, l’amende délictuelle forfaitaire annihile toutes velléités de santé publique puisqu’elle ne permet plus de suivi médical gratuit pour les usagers. Un doux mélange entre idéologie et déni de réalité.

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« Avec la radicalisation du discours politique il faudra être particulièrement vigilant, attentif et aidant envers ceux qui auront le courage de continuer le combat avec un discours raisonnable » Yann Bisiou.

Qui sont les détracteurs de la légalisation en France et quels sont leurs arguments?
Depuis deux ans les efforts pour aborder intelligemment la question de la légalisation étaient trans-partisans et semblaient mettre la droite et la gauche d’accord. Mais le Ministre de l’Intérieur s’est approprié le sujet et en a fait le fer de lance d’un discours ultra-répressif et simpliste : « la drogue s’est mal donc je l’interdis, même si la politique de prohibition est un échec à tous les niveaux ». De fait, on creuse le sillon. On sent la volonté du gouvernement de se rapprocher d’un électorat de droite plus ou moins radicale à l’approche des élections, mais aussi de plaire au lobbies Big Pharma et alcools qui voient l’arrivée du cannabis d’un très mauvais œil. La filière du chanvre est désorganisée et ne porte pas de message unique. A ce titre elle n’est pas encore de taille face aux géants de l’alcool et du médicament.

« Le lobby Big Pharma voit d’un très mauvais oeil l’arrivé du cannabis »

L’argument économique ne peut-il pas séduire la droite ?
C’est un argument à double tranchant: même s’il est réel, le marché du cannabis se fera aux dépens de ceux de l’alcool, du tabac et des médicaments, qui rapportent énormément à l’État. C’est un calcul intéressé. Quant à l’aspect politique de la question, il faut savoir que le débat n’a pas lieu sur un terrain factuel mais sur celui d’ idées préconçues.

La dette croissante,  la crise économique et sociale à venir ne vont-elles pas nous amener à un référendum sur la légalisation?
Je crois qu’un référendum est très peu envisageable à un an des présidentielles alors que les grands thèmes du débat sont déjà figés, entre autres sur la sécurité. Le gouvernement ne changera pas de discours aussi près des présidentielles. Si la question du cannabis est abordée, elle le sera sous le prisme de la sécurité et de la répression.

Qui aurait dans le paysage politique actuel, le courage ou l’intérêt de défendre la légalisation du cannabis ?
Presque toute la gauche s’est exprimée sur le sujet. De manière générale les voix progressistes sont très favorables à la légalisation. A ces dernières, il faudra ajouter quelques voix de centre-droit et de droite. Mais à l’aube des présidentielles, les voix favorables se tairont quand le discours de prohibition sera martelé comme marqueur de la droite dure.

« Le CBD aurait du être le pain béni (…) mais tout est fait
depuis 2018 pour étouffer économiquement la filière »

Le CBD, qui n’a pas d’effets psycho-actifs,  peut-il représenter une alternative viable à ce nouveau marché ?
Le CBD aurait du être le pain béni de la France. Mais tout a été fait depuis 2018 pour étouffer économiquement la filière en limitant les réseaux de distribution et en dissuadant les acteurs du marché d’investir. La commercialisation de fleurs sera interdite au profit de produits dérivés du CBD (crème, huile, etc). Alors que nous sommes un des premiers producteurs de chanvre au monde, nous allons devoir importer notre CBD!

Que peut-on espérer du débat à venir sur la légalisation?
Nous pouvons espérer que la filière du chanvre s’organise autour d’un même discours et d’une même stratégie, au lieu de se diviser comme ils le font aujourd’hui. Avec la radicalisation du discours politique il faudra être particulièrement vigilant, attentif et aidant envers ceux qui auront le courage de continuer le combat avec un discours raisonnable. Il ne nous reste plus qu’à espérer que les forces du progrès ne lâchent pas l’affaire !

Interview réalisée en juin 2021