Hasch

CBD, THC et sommeil : le guide

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Avec ses vertus relaxantes, anxiolytiques et apaisantes, le chanvre est un formidable moyen de trouver le sommeil.  Mais qu’il s’agisse de CBD ou de cannabis, quelques règles sont essentielles à observer. Notre guide vert anti-nuit blanche.

Dès lors que l’on envisage le cannabis pour retrouver le sommeil, une première question se pose: CBD ou THC?
Les deux cannabinoïdes les plus connus de la belle plante ayant chacun des effets et mécanismes d’action très différents.
A ce premier distingo s’ajoutera un autre paramètre non négligeable: contrairement au CBD, le THC est encore une substance prohibée aux yeux d’une majorité de gouvernements.
Si l’Amérique du nord a en grande partie légalisé l’usage du cannabis récréatif (et donc du THC), la consommation de ce dernier reste proscrite dans la quasi-totalité de l’Europe.
Un paramètre a prendre en considération si vous ne souhaitez pas (mal) dormir au commissariat. Il est donc impératif de bien se renseigner sur les lois en vigueur dans le pays où réside votre lit.

CBD: le régulateur de sommeil soft et naturel

Le cannabidiol (CBD), c’est l’alcaloïde « sobre » du cannabis.
Si, contrairement à célèbre son cousin THC, le CBD n’a aucun effet psycho-actif (entendez par là qu’il ne fait pas planer), son action sur le système endocannabinoïde (SEC) n’est plus à prouver. Via ses vertus myorelaxantes, le CBD se pose comme un très bon agent relaxant et surtout un extraordinaire régulateur du SEC, et donc de votre horloge interne. Une action régulatrice qui a de nombreux points communs avec celle de la mélatonine. C’est d’ailleurs cette similitude et complémentarité qui explique qu’un nombre croissant de marques ajoutent aujourd’hui de la mélatonine à leurs huiles ou teintures au CBD, pour une efficacité maximum… et sans danger.

Le CBD étant certes un relaxant mais surtout un gentil gendarme du SEC, il est inutile de boire un demi litre d’huile au cannabidiol pour s’endormir: quelques gouttes toute les 24 heures suffiront à harmoniser SEC et sommeil.
Votre corps saura naturellement accueillir la molécule et la répartir afin de rééquilibrer un corps mis à mal par un stress passager comme une anxiété chronique.
Question posologie, les dosages thérapeutiques vont de 20 à 200mg pour une personne de 70 kilos et en bonne santé. Pour ce même poids, 50mg/jour est un dosage qui devrait rapidement vous réconcilier avec votre oreiller.
En ce qui concerne l’horaire de la prise, il est conseillé de le prendre en une seule fois à la meme heure; un peu avant le diner étant la fenêtre généralement recommandée.
En cas d’association CBD-mélatonine, il sera en revanche plus judicieux d’attendre 22h si vous comptez vous endormir vers 23h-23h30.

THC : Efficace mais non sans effets secondaires

Une idée aussi répandue que solidement ancrée en chaque cannabis enthousiaste consiste à penser que l’Indica est la variété la plus appropriée pour tomber rapidement dans les bras de Morphée. Inversement, les Sativa sont supposées avoir un effet tonique Un distingo qui peut aiguiller vos choix, mais qui n’est loin d’être systématique
Pour vous éviter des heures de recherche sur le Web, une fortune en essais plus ou moins fructueux et des nuits blanches ou vertes, nous avons sélectionné 5 variétés des plus efficaces en la matière, de la plus légère à la plus forte.
1- God’s Gift
2- Tahoe OG Kush
3- Granddaddy Purple
4- Ogre
5- 9 Pound Hammer

Cas sévères : Préférez avaler votre nightcap-weed plutôt que de le fumer

Si vous souffrez de réveils nocturnes post sommeil profond, c’est à dire à peu près trois heures après vous être assoupis, avaler votre somnifère naturel vous maintiendra dans la plus radicale horizontalité jusqu’au petit matin.
Au Canada les produits comestibles au THC (edibles) sont légaux depuis le 1er janvier et le sont dans 11 états américains.
Profitez-en si une simple aide à l’endormissement sous forme de fumée n’est pas suffisante.
Les comestibles au THC mettront plus de temps faire effet, mais ces derniers dureront beaucoup plus longtemps (entre 7 et 9 heures, c’est-à-dire une belle nuit).

« À bédot dodo, matin ramolo »

La consommation de cannabis avant de dormir, particulièrement de cannabis fort en THC à l’instar de la Granddaddy ou de la God’s Gift (et à plus forte raison pour les comestibles) peut provoquer une «gueule de bois de la weed», AKA « gueule de bois verte ».
Alors non, vous ne serez pas penché sur les toilettes avec une céphalée de 1er janvier russe,  mais vous pourriez vous sentir léthargique, mou, embrumé, déshydraté, avec une mémoire pas au top. Ce sont des signes de votre corps qui vous indiquent que vous avez dépassé la dose dont vous aviez besoin. Avantage de la déplaisante expérience : vous permettre d’ajuster quantité ou variété de weed selon vous besoins. Si vous vous réveillez dans un tel état, un peu comme un abus d’alcool, les gestes qui vous sauveront seront les mêmes : boire de l’eau (beaucoup) faire de l’exercice et ne pas rechigner à prendre 1000 mg de vitamine C… mais à distance de votre café, pour ne pas contrarier votre estomac qui aura pu être fragilisé par cet excès cannabique.

Cannabis et rêves : le paradoxe du sommeil paradoxal

En retrouvant le sommeil grâce au cannabis, vous pourriez y perdre vos rêves (ou une partie).  C’est tout du moins la conclusion de plusieurs études. Un comble pour une plante qui invite aux songes éveillés autant qu’elle fait voyager sans bouger.
Explication : les rêves se produisent au cours de la dernière étape de votre cycle de sommeil, appelé sommeil REM (Rapid Eye Mouvement). Il est démontré que la consommation de cannabis avant le coucher réduit le temps passé en sommeil REM, ce qui signifie que vous n’auriez pas autant de rêves ou de rêves vifs. Cependant, l’étude a aussi démontré que ce principe ne s’appliquait pas à tous. Une observation confirmée par le rédacteur qui n’a jamais cessé de rêver, même en dormant.

 

Kif et nostalgie dans les cafés de Tanger.

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Parti en pèlerinage au Maroc sur la route du cannabis, je vous propose de découvrir deux haut-lieux de la culture haschich : la vallée du Rif et Tanger, qui sera notre première halte.

Tanger la blanche, ville mythique qui a vu défiler les écrivains de la beat generation, en encore Paul Bowles ou Jean Genet, est devenue dans les années 60 une destination prisée de la Jetset, notamment grâce à la socialite américaine Barbara Hutton.

Orlovsky, Bowles, Burroughs, Ginsberg, Alan Ansen, Gregory Corso et Ian Sommerville à Tanger.

L’héritière des magasins Woolworth donnait alors de délirantes fêtes costumées dans sa maison située au coeur de la médina.
Les hippies du monde entier y débarquent, la vie est très bon marché, l’atmosphère aussi cosmopolite que tolérante et le kif… toujours abondant

Les Rolling Stones aussi découvrent Tanger en 1967 grâce à leurs égéries Marianne Faithfull et Anita Pallenberg, et fréquentent assidûment les cafés de Tanger dont certains sont encore là aujourd’hui. Brian Jones, dont ce sera le dernier voyage découvre à l’occasion de son séjour les musiciens de Joujouka dans la vallée du Rif, avec qui il enregistre l’album « Pipes of Pan at Joujouka ».

Stone(s) à Tanger

C’est donc avec tous ces fantômes qui hantent encore la ville que je pars à la découverte des cafés de Tanger.
Au Maroc le cannabis sous toutes ses formes reste illégal, mais à Tanger si l’on évite les cafés-terrasse très en vue dans le centre, il est généralement toléré de fumer du kif.

Mick Jagger, médina de tanger, 1968

Pour retrouver un peu de l’ambiance du Tanger de la grande époque, il faut commencer par la terrasse de l’hôtel Continental, hôtel historique qui a vu passer Winston Churchill et beaucoup d’autres célébrités après lui. On raconte aussi à Tanger que Mick Jagger, qui était un visiteur assidu des fêtes de Tanger dans les années 70 a voulu acheter l’hôtel, mais la vente n’a finalement pas abouti.

L’hôtel garde encore tout son charme, et même s’il faut monter beaucoup de marches pour y accéder depuis le port, la terrasse est magnifique et on peut en toute tranquilité y fumer un spliff.

L’étape suivante est le quartier de la Casbah, dans les hauteurs de Tanger, on s’y perd facilement dans un dédale de rues mais ce n’est pas immense donc on retrouve son chemin.

Point de passage obligé de tous les hippies dans les années 60-70, le café Baba n’a pas changé depuis cette époque. Les chaises sont lézardées, les vitres embrumées. On y vient toujours pour boire un thé à la menthe et fumer du kif, en regardant au mur les photos de Keith Richards et de la reine de Suède entre autres.

Juste à côté se trouve le café Cherifa, c’est un café culturel où on peut lire des livres mis à disposition et admirer les oeuvres d’artistes locaux, et fumer du kif tranquillement, avec toujours un thé à la menthe.

Autre lieu incontournable, avec une vue magnifique, le café Hafa s’étale sur plusieurs niveaux de terrasse. C’est un lieu très fréquenté le weekend, avec beaucoup de familles, mais les fumeurs de kif y sont toujours les bienvenus, la maison fournit même des feuilles à ceux qui en ont besoin. Etant totalement en plein air et suffisamment spacieux, la coexistence avec les non-fumeurs au café Hafa est cordiale.

Un autre café agréable avec une belle vue est le café Azur, toujours dans le quartier de la Casbah, également kif friendly.

On pourrait aussi mentionner le restaurant de poissons Chez Abdou sur la plage à 20 Km de Tanger, qui a vu passer toute la jet set et qui reste une excellente adresse pour la qualité des poissons, l’accueil et l’emplacement de rêve.
Même si les grandes heures de Tanger sont passées, cette ville continue d’exercer sa fascination et les diverses grandes constructions en cours montrent que sa période d’endormissement n’est plus. Tanger n’a pas dit son dernier mot.

« Le Club des Haschichins » de Théophile Gauthier.

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Pendant des siècles la France et le chanvre ont filé le parfait amour. En attendant que l’Etat et la plante se réconcilient, Zeweed vous invite à parcourir les plus belles déclarations d’amour faites au cannabis au pays des lumières. Cette semaine, Zeweed rend hommage à Théophile Gauthier et son Club des Haschichins.

Crée en 1843, le Club des Haschichins était un salon fréquenté par les plus grandes figures de la littérature française du XIXème. C’est dans le luxueux cadre de l’Hôtel de Lauzun que Flaubert, Hugo, Dumas (fils), Nerval, Rimbaud et Baudelaire se donnaient rendez-vous pour s’adonner à la consommation de Dawamesc : une confiture orientale faite de sucre, d’épices et de haschisch.

L’hotel (très) particulier de Lauzun

Théophile Gauthier, fondateur du salon nous en livre un extraordinaire récit dans sa nouvelle Le Club des Haschichins, publiée dans la Revue des Deux-Mondes du 1er février 1846 :
« Au bout de quelques minutes, un engourdissement général m’envahit ! Il me sembla que mon corps se dissolvait et devenait transparent. Je voyais très nettement dans ma poitrine le haschich que j’avais mangé sous la forme d’une émeraude, d’où s’échappaient des millions de petites étincelles. Les cils de mes yeux s’allongeaient indéfiniment, s’enroulant comme des fils d’or sur de petits rouets d’ivoire qui tournaient tout seuls avec une éblouissante rapidité. Autour de moi, c’étaient des ruissellements et des écroulements de pierreries de toutes couleurs, des ramages sans cesse renouvelés, que je ne saurais mieux comparer qu’aux jeux du Kaléidoscope; je voyais encore mes camarades à certains instants, mais défigurés, moitié hommes, moitié plantes, avec des airs pensifs d’ibis, debout sur une patte; d’autruche, battant des ailes, si étranges que je me tordais de rire dans mon coin, et que pour m’associer à la bouffonnerie du spectacle je me mis à lancer mes coussins en l’air, les rattrapant et les faisant tourner avec la rapidité d’un jongleur indien. L’un de ces messieurs m’adressa en italien un discours que le haschich, par sa toute-puissance, me transposa en espagnol. »

Théophile, le parfait amour avec le haschich.

Cette exploration parfois humoristique du fonctionnement de la psyché ou de notre inconscient offre, via une réceptivité démultipliée, une perception nouvelle du monde:
« Dans un air confusément lumineux, voltigeaient, avec un fourmillement perpétuel, des milliards de papillons dont les ailes bruissaient comme des éventails. De gigantesques fleurs au calice de cristal, d’énormes passeroses, des lis d’or et d’argent montaient et s’épanouissaient autour de moi avec une crépitation pareille à celle des bouquets de feux d’artifice. Mon ouïe s’était prodigieusement développée ; j’entendais le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes, m’arrivaient par ondés parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil, un mot prononcé bas, vibraient, retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre; ma propre voix me paraissait si forte, que je n’osais parler, de peur de renverser les murailles ou de me faire éclater comme une bombe. Plus de cinq cents pendules me chantaient l’heure de leurs voix flûtées, cuivrées, argentines. Chaque objet effleuré rendait une note d’harmonica ou de harpe éolienne. »

Cette littérature hallucinogène de Théophile Gautier décrivait avec précision l’action physique et psychique produite par le cannabis ingéré à haute dose, opérant un lien entre conscient et inconscient (auto-psychanalyse), amplifiant nos sens et notre perception de l’espace-temps.

« Jamais béatitude pareille ne m’inonda de ses effluves; j’étais si fondu dans le vague, si absent de moi-même, si débarrassé du moi, cet odieux témoin qui vous accompagne partout, que j’ai compris pour la première fois quelle pouvait être l’existence des esprits élémentaires, des anges et des âmes séparées du corps. J’étais comme une éponge au milieu de la mer : à chaque minute, des flots de bonheur me traversaient, entrant et sortant par mes pores ; car j’étais devenu perméable, et jusqu’au moindre vaisseau capillaire, tout mon être s’injectait de la couleur du milieu fantastique où j’étais plongé. Les sons, les parfums, la lumière m’arrivaient par des milliers de tuyaux minces comme des cheveux, dans lesquels j’entendais siffler des courants magnétiques. A mon calcul, cet état dura environ trois cents ans, car les sensations s’y succédaient tellement nombreuses et pressées que l’appréciation réelle du temps était impossible. — L’accès passé, je vis qu’il avait duré un quart d’heure. »
Son ami de voyage Charles Baudelaire avait noté dans ses carnets que le cannabis étirait le temps. L’observation, confirmée par le fondateur du Club des Haschishins, trouvera ensuite une autre résonance: celle de la postérité littéraire.

A la semaine prochaine pour un nouvel épisode de l’Histoire du chanvre!

Alexis Chanebau

 

Ecrivain, historien et encyclopédie vivante de l’histoire du cannabis , Alexis Chanebau a écrit plusieurs livres sur la belle plante dont le remarquable ouvrage « Le chanvre, du rêve aux mille utilités!« , disponible sur ici sur Amazon

Arjan Roskam, le « King of Cannabis »

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En 2001, Arjan Roskam s’autoproclamait « King of Cannabis ». Un titre jamais remis en cause pour ce multi-millionnaire aux 40 victoires à la Cannabis Cup. Portrait.

Arjan Roskam a 16 ans quand il fume son premier joint. Nous sommes en 1981, dans un Amsterdam qui ne compte encore que 10 coffee shops. « On fumait tout ce qu’on trouvait parce qu’on était jeunes et qu’on ne savait pas grand-chose. De toute façon, il n’y avait que du marocain ou de l’Afghan sur le menu. De temps à autre de la jamaïcaine ou de la Thaï, mais c’était bien trop chère » .

Initiation Thaïlandaise

En 1983 Arjan est en voyage en Thaïlande avec des amis. Un peu par hasard, le jeune homme se retrouve dans un petit village près de la frontière birmane . « J’y ai rencontré un homme de 78 ans qui traitait des héroïnomanes avec de la ganja. Il y avait un grave problème d’héroïne en Thaïlande , j’y avais moi-même un peu gouté. Ce médecin man faisait des infusions à base d’indica  pour sevrer les junkies. 
Après 7 jours, alors que je faisais mes affaires pour partir, il m’a pris par la main et a placé cing graines dans ma paume. Puis il m’a regardé dans les yeux, gravement, en me disant: garde ces graines. Dans quelques années, ces graines feront tomber des gouvernements. »

« Ces graines feront tomber des gouvernements »

L’épisode thaï et la prophétie du shaman hanteront Arjan jusqu’à ce qu’il revienne aux Pays-Bas, deux ans plus tard.
De retour en Hollande, Arjan commence à faire pousser des variétés de marijuana offertes par certains de ses amis ainsi que celles récoltées lors de ses voyages (en Thaïlande, au Népal ou dans d’autres pays du Sud-Est asiatique.). Mauvaise pioche: Les coffee-shop -quand ils achètent de la weed- sont à ce moment-là uniquement intéressés par des variétés importées comme la Thaï, la Sensimilia Mexicaine ou la Jamaïcaine. Les variétés indoor, elles, en sont à leurs balbutiements et sont au mieux considérées comme une excentricité du samedi soir. Avec un taux de THC relativement bas par rapport aux hash et un prix assez conséquent, les weed ne représentent alors que 10% des ventes.

La dèche

Pas grave, dans  un  Amsterdam qui  fume marron, Arjan continue de voir la ville en vert, cultivant frénétiquement sa Haze dans une serre paumée dans la banlieue de la ville, la perfectionnant de récolte en récolte.
Entre 1987 et 1989, Roskam continue de créer son répertoire avec les propriétaires de Coffee Shop.  Il leur dépose des échantillons, revient le lendemain… pour rapidement comprendre qu’il n’est pas le bienvenu. «Je me suis pointé  avec quelque chose de nouveau, mais ils appelaient ça pisse de chat. Les gens n’étaient pas habitués » nuls n’étant prophète en son Pays-Bas, Arjan essuie pendant deux ans refus et humiliations.

Green House Coffee Shop

«Bref, je n’avais pas d’argent. Je n’avais rien.  Nous étions, ma femme et moi pauvres. Très. À un moment donné, nous étions si fauchés que nous vivions dans la rue ». Le futur entrepreneur et sa femme Celeste se retrouvent à naviguer un peu partout dans le centre d’Amsterdam, de petits jobs en galères. « J’avais une bonne amie dont la sœur, Martha, avait quatre bars. Des endroits branchés où venaient tous les gens du théâtre d’Amsterdam: les musiciens, la communauté gay, les artistes, les peintres… »
Grâce à l’appui financier de Martha, Roskam -toujours sans le sou- ouvrira The Green House en janvier 1992.
Le Coffee shop restera désert pendant plus d’un an.

« Les grands jours, je vendais peut-être 25 dollars de bière et de café  »

De neuf heures à une heure du matin, Roskam passe ses journées vautré sur le canapé du magasin, en fumant, en déprimant et en attendant des consommateurs qui ne viennent toujours pas. « Les grands jours, je vendais peut-être 25 dollars de bière et de café  » .
Nous sommes alors au printemps 1992. Affolée de ne voir personne fouler le pas de la porte  du Green House Coffee Shop, sa partenaire-investisseur Martha  jette l’éponge au bout de trois mois. « J’avais plus de 120 000 € de dettes que je ne pouvais pas payer, et un loyer que je ne pouvais pas non plus payer. Alors j’ai dû emprunter un paquet d’argent grâce à un ami pour continuer. »

Kennedy et limousine

Jusqu’à ce jour de janvier 1993 où une grosse limousine s’arrête devant la porte du Green House. Dedans, un membre aujourd’hui disparut de la famille Kennedy qui s’intéresse à la presse. «  Je ne savais pas du tout de qui il s’agissait, qui étaient ces personnes. En fait, je ne connaissais même pas l’existence de High Times, » (le titre avait été racheté par la famille Kennedy NDLR). « Ils m’ont dit: «Nous avons entendu dire que vous aviez une herbe qui sort de l’ordinaire. Voulez-vous participer à un concours qui aura lieu début novembre? « J’ai dit: » bien sûr, pourquoi pas? « Je n’avais rien à perdre. Et puis  la limousine est repartie ».

Cannabis Cup

Quelques mois plus tard, un après-midi de novembre, grosse surprise pour Arjan: sans raison apparente une foule d’à peu près  500 personnes se pointe progressivement dans le coffee shop d’Arjan. « Je ne comprenais pas, je n’avais pas fait de publicité ou de promo, j’ai même cru que c’était une arnaque ou une sale blague d’autres budtender ». Puis 700 clients sont arrivés le lendemain, 800 le surlendemain…

«En fait, j’avais  gagné la Cannabis Cup, mais j’étais tellement à côté de mes pompes, dans mes cultures de ganja et mes problèmes de fric, que j’avais complètement oublié la compétition. Et pour tout dire, au début quand les Kennedy m’en ont parlé,  je trouvais ça un peu bidon et louche cette affaire. Pour faire court: il y avait en fait 7 récompenses en lice et j’ai gagné 7 trophées! Avec une telle couverture média, c’était mon heure de gloire., et moi j’étais sur mon sofa en train de flipper dans mon café. »

King of Cannabis

Trois ans plus tard, face à ce fulgurant succès et après trois cannabis cup de plus remportées , le magazine High Times met Arjan en couverture de son numéro de juillet. Voyant son mari en une de la bible périodique des ganja-aficionados, son épouse lui dira en riant qu’il est devenu le « roi du cannabis». Un surnom en forme de blague qu’Arjan s’ appropriera quelques années plus tard.  À ce jour, personne ne lui a réclamé  sa couronne ou son titre. Et pour cause : au-delà des 38 cannabis cup remportées, il faudra ajouter 20 coupes Highlife et une myriade d’autres récompenses.

Parmi les variétés les plus acclamées et fruit des pérégrinations botaniques de Roskam : la Super Silver Haze, la Hawaiian Snow, la Ultra Haze d’Arjan, la Super Lemon Haze, l’Himalayan Gold, la White Rhino, la White Widow, la Great White Shark, The Doctor, la Hawaiian Snow, la Trainwreck, la Church ou plus récemment la Flowerbomb Kush.

High Times#237, mai 1995

De 1995 à 2005, Roskam verse dans la pédagogie en dispensant des cours de sensibilisation. «Je formais les policiers, des  hauts fonctionnaires, des juges, procureurs… des gens qui m’auraient mis en prison il y a vingt ans » s’amuse Roskam. Éliminer les nombreux et faux a priori qui entourent le cannabis est une autre idée fixe de ce  gonzo-ganja-entrepreneur.
Tout simplement parce qu’Arjan Roskam est, quoi qu’en disent ses nombreux détracteurs et concurrents, un passionné de weed qui se donne pour mission d’évangéliser le monde au sujet des bienfaits de l’herbe comme de la nécessité de légaliser son usage.

Arjan Roskam a aussi créé une fondation (pour des raisons fiscales diront les mauvaises langues et les mauvais perdants) qui vient en aide aux plus démunis en Afrique comme en Asie. De façon assez élégante et sur la demande d’Arjan, il est très peu fait mention de l’œuvre caritative du monarque de la weed. Il y a deux ans, l’équipe de Roskam a également créé une usine au Congo, qui nourrit actuellement 250 familles et près de 700 enfants. Et le King de déclarer: «Nous allons fabriquer des médicaments pour la population congolaise, puisque les gouvernements n’y parviennent visiblement pas.»

Canopy Growth et Canada

Au début de l’année 2020, Roskam a fait équipe avec Canopy Growth et Organa Brands pour introduire sa marque Green House dans le paysage de la vente au détail au Canada. Alors que l’automne s’installe, Roskam et son équipe achèvent la construction d’une grande usine au Canada. «Nous venons d’acquérir la première licence de plein air de l’histoire de l’Ontario, au Canada», explique-t-il. «Nous agrandissons notre usine et produirons 12 tonnes de ganja premium l’année prochaine, qui poussera au soleil, comme il se doit ». Car c’est le savoir-faire horticole néerlandais qui est recherché par les Canadiens. Et quel meilleur maître en la matière que le King ?

Le but de l’entreprise d’Arjan au Canada est de pouvoir offrir au public qualité en quantité, et donc de la weed à des prix nettement plus abordables. « J’ai 54 ans, et ne compte prendre ma retraite que sur mon lit de mort. Si tout va bien, vous me verrez encore pendant 30 ans. Maintenant que la légalisation se profile en Europe, l’aventure peut vraiment commencer. »

Long live the King!

Sources: High Times, The Green House Company, Business Wire, Radio Canada, The Guardian, Arte doc.
Crédits photo: High times, The Green House Company.

Le top des machines à rouler.

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Nous vous avions parlé d’Otto, la première machine électronique à rouler des pétards. Si l’article aura converti plus d’un ganja-enthousisaste au  joint confectionné sur 220 voltes, vous avez été nombreux à nous demander s’il existait une solution plus économique et écologique. Voeu exaucé: voici 4 alternatives green pour emballer facilement la belle plante.

La plus user-friendly: la rouleuse conique CONE ZEN

Spécialement conçue pour les feuilles XL, la rouleuse de forme conique Zen Smoke vous permettra de rouler facilement un jolie doobie une feuille king size. La machine, simple d’utilisation (comme une rouleuse classique) est compatible avec toutes les feuilles longues, aussi bien les OCB Slim que les Raw, Smoking etc.
La rouleuse conique slim, de marque Zen smoke, possède un mécanisme breveté permettant de rouler coniquement sans en baver. Idéal pour les débutants.

Cone Zen by Zen smoke, 
9 CAD$/ 6 €

Disponible ici

La plus écolo: la rouleuse conique RAW

Le easy-joint solution écologique puisqu’elle est faite en plastique de chanvre, philosophie de Josh Kesselman oblige.. .Fonctionne également avec toutes les feuilles king size, standard ou longues, même avec les feuilles en rouleau, il suffit de couper la longueur de feuille adaptée. Bonus:  La machine utilise du vinyle double couche à haute résistance à la traction, ce qui lui confère une durée de vie presque éternelle.
Second Bonus: elle est livrée avec 2 carnets de filtres, 2 paquets de feuilles king size Classic et 2 paquets de feuilles Bio.

Rouleuse King size by RAW,
12 CAD$/ 9€

Disponible ici

La meilleur marché: La rouleuse King Size OCB

La marque Française se lance dans la confection conique automatique avec un produit chic et pas cher, notre meilleur rapport qualité prix de cette sélection.
Simple, basique mais efficace, c’est notre entrée de gamme du roulage sans effort, un objet qui est à la machine à joint ce que les papiers classiques de la même enseigne sont aux clopes roulées: une valeur sûre.

Rouleuse King size OCB
7 CAD$/5€

Disponible ici

La plus design: la Rouleuse Conique FUTUROLA

On roule facile et en style avec cette machine au mécanisme différent, et au look qui ne laissera personne indifférent. Cerise sur le bédot: elle est fabriquée en ABS (un plastique ultra-robuste) et est livrée avec sa pochette de transport. Notre coup de coeur de cette sélection.

Rouleuse Conique Futurola
9 CAD$/6€

 

A Quick Guide To The World’s Different Types Of Hash

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Hash has long been considered a delicacy by cannabis lovers all across the globe. But there’s a lot of differences between the Black Afghan you’ll find in a Dutch coffeeshop and the BHO you’ll get at a North American dispensary. In this article, we’ll walk you through different kinds of hash from all across the world.

Trichomes – The Key To Making Any Kind Of Hash

Weed, Trichomes, Ganja, Cannabis, Pot

First thing’s first; to better understand hash, you need to understand the cannabis plant. Female cannabis plants produce flowers which, when left unpollinated for long periods of time, produce a thick, sticky resin. This resin is made up of trichomes; tiny hair-like structures that look like crystals to the naked eye and tiny glass mushrooms under a microscope.

Trichomes are the powerhouses that create the cannabinoids, terpenes, and flavonoids that give cannabis its unique effects, aromas, and flavors. Hash is made by separating these trichomes from cannabis buds and trim and concentrating them into a potent extract.

Hand-Rolled Live Resin Hash – Indian Charas and Nepalese Temple Balls

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The Indian Subcontinent is home to Cannabis Indica and one of the oldest forms of hash manufacturing. In India and Nepal, hash (or Charas, as the locals call it) is made by rubbing live cannabis buds between the hands for hours. Eventually, the trichomes from the plant form a thick, dark resin that is scraped together into balls or sticks with a creamy texture similar to chocolate truffles.

Dry Sift Hash – Black Afghan, Red Lebanese, Pakistani, Turkish Brick, and Moroccan Pollen

Dry sift hash is made by gently sieving dried cannabis buds and trim through fine-mesh screens. This gentle friction helps separate the trichomes into a fine powder known as kief. This kief is then pressed into blocks using different techniques depending on the area of production.

In Afghanistan, for example, hash (locally known as Chars) is made by mixing kief with small amounts of tea to form a kind of dough that’s kneaded over low heat until it takes on a deep black color and a thick, smooth consistency similar to soft toffee.

Moroccan hash, on the other hand, is made by repeatedly pressing kief using only pressure and heat. Pakistani hash is made using a similar technique, although some Pakistani locals will cure their hash in a dried sheep or goat’s skin to enhance its flavor.

Rosin

Making rosin is simple. It just entails pressing dried cannabis buds with a lot of pressure and heat. The result is a clear, golden extract free of contaminants and big on flavor and potency.

Ice Water or Bubble Hash

Bubble Hash (sometimes called Ice Water or Ice-O-Lator hash) is very different from the hash types we mentioned so far. It’s made by mixing frozen cannabis buds with water and ice, agitating that mixture to help separate the trichomes from the plant material, and finally running the water through different size mesh sieves. The result is a crumbly hash with a consistency similar to crystallized honey.

 

Bubble Hash can be very aromatic and flavorful, as the cold temperatures used during extraction help preserve some fragile terpenes and flavonoids which can be lost in the presence of heat.

The Butane, Propane, And CO2 Revolution – Shatter, Wax, Crumble, and Budder

Hash hasn’t quite been the same since people learned they could use solvents like butane, propane, and CO2 to extract huge amounts of cannabinoids and terpenes from weed. Today, these kinds of extracts, often sold under names like Shatter, Wax, and Budder, are completely dominating the cannabis market, especially in North America.

Hash made using butane, propane, or CO2 needs to be purged extremely carefully, as the chemicals used in the extraction process can be toxic and extremely volatile. However, these new extraction methods are capable of producing some of the most potent hash available. Some of the BHO sold at US dispensaries, for example, contains well over 50% THC.

 

Les mille vies de Mila Jansen, « Reine du Hasch »

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Entre voyages, inventions et rencontres, le parcours de Mila Jansen : « La Reine du hash »  force le respect et démontre que la connaissance vient bel et bien de l’expérience.  Portrait d’une pionnière qui a révolutionné l’industrie du pilon.

Certaines personnes ont le voyage dans le sang. Elles se reconnaissent à une certaine lueur dans le regard, perdue à l’horizon, comme si elles étaient appelées.
Dès son plus jeune âge, ça a été le cas de Mila.
Elle est née à Liverpool en 1944, mais s’installe avec ses parents à Amsterdam à l’âge de 11 ans.
Quand elle fume son premier joint de Hash en 1964, le cannabis n’est pas encore autorisé dans le pays. Ce goût d’exotisme est son premier aperçu d’un monde à découvrir. Une impulsion qui la poussera à voyager en Inde, au Tibet et en Afghanistan à la recherche de plantes, de rencontres et de tissus.
50 ans plus tard, elle admet qu’elle fume toujours du Hasch, simplement de meilleure qualité.

Contre Culture

À 21 ans, Mila ouvre une boutique à Amsterdam avec un jeune designer branché qu’elle a rencontré en travaillant en tant que couturière. “Kink 22” devient un épicentre de la contre-culture hollandaise grâce à ses créations osées et à la foule alternative que la boutique attire.
En 1967, inspirée par les écrits de Timothy Leary, le penseur Hippie, elle transforme sa boutique en salon de thé branché.
Dans l’esprit des salons français du 19ème (mais surtout du club des haschichins dont on vous parlait ici) le lieu permet aux jeunes de se retrouver pour refaire le monde en partageant du Hash venu d’Orient et de la musique venue des États-Unis d’Amérique.
Une musique qu’on entendait nulle part ailleurs en Hollande, fournie par sa copine ; une journaliste musicale pour un magazine underground qui recevait les derniers disques avant leur sortie.

Ce lieu devenu culte, coffee shop avant la création des coffee shops, a évidemment eu des problèmes avec la justice. C’est ce qui a poussé Mila à partir en Inde avec ses quatres enfants.
Elle restera sur place pendant 14 ans, vendant les créations qu’elle chine dans les Himalayas et à Goa à de riches américains lors de déplacements à New-York.
Celle qui se décrit comme une “militante feignante” est en tous cas une humaniste convaincue, puisqu’elle monte même un atelier à New Delhi, qui emploie uniquement des mères célibataires.
Sur place, elle découvre les techniques utilisées par les Indiens pour fabriquer leur propre Hasch et elle affine son palais.
Puisque la plante pousse naturellement, elle est accessible à tous et chacun élabore sa propre version.
Quand les autorités Indiennes refusent de renouveler à nouveau son visa, elle décide de revenir à Amsterdam.

Culture Indoor

Le retour est difficile et elle survit de petits boulots dans le jardinage ou dans la vente. Le Cannabis étant dépénalisé à partir de 1976 aux Pays-Bas, elle en profite pour utiliser les connaissances apprises lors de ses voyages. Pour joindre les deux bouts, elle demande aux cultivateurs de cannabis leurs chutes, pour fabriquer son propre hasch qu’elle revend, avant de monter sa propre serre, pour améliorer les conditions de vie de sa famille.
De 18 lampes, elle passe progressivement à 24 jardins, grâce à des amis qui la laissent utiliser leur terrains. Tout semble s’arranger. Jusqu’en 1992, quand toutes ses plantes (y compris celles de la serre) meurent, 10 jours avant leur récolte.

Dévastée, Mila refuse d’abandonner. C’est là qu’elle va trouver sa grande idée. Nécessité est mère d’invention et de son propre aveu, sa priorité était de nourrir ses enfants. Une persistance incroyable qu’elle a apprise au fil des années passées avec les femmes dans les Himalayas.
En observant un sèche linge, elle réalise qu’il existe de grandes similarités entre le processus manuel pour l’extraction du Hasch appris en Inde et le mouvement de la machine.

La méthode traditionnelle, qui existe depuis des milliers d’années, est longue et fastidieuse. Elle demande plusieurs heures pour obtenir un résultat satisfaisant.
C’est la première à penser à automatiser le processus pour extraire les cristaux de THC. Elle retire la partie chauffante du sèche-linge, installe son matériel et teste le tout. En 5 minutes, elle obtient son premier Hash. C’est le prototype de sa plus grande invention : le “Pollinator” dont elle vendra des milliers d’exemplaires et qui donnera son nom à son entreprise : la Pollinator Company.

Figure Culte

Une invention qui lui vaudra une mention dans le top 100 des personnes les plus influentes du monde du Cannabis dans High Times et son surnom de “Queen of Hasch”.
À l’heure actuelle, les machines utilisées pour fabriquer du Hash en grande quantité sont toujours basées sur son invention et sur celles qui ont suivies (elle a aussi inventé le Ice-o-lator, qui utilise la glace pour extraire du Hasch et le Bubbleator, qui est une version simplifiée pour les particuliers).
Son succès et sa reconnaissance lui ont même permis de lancer le premier prix dédié aux extraits de Cannabis : le Dab-a-doo, qui a lieu dans le monde entier (sous l’œil attentif mais toujours bienveillant de la patronne).
Le récit passionnant de la vie de Mila est raconté dans une autobiographie publiée en 2018 aux éditions MAMA. Vous pouvez acheter une version signée pour 24 euros ici et le documentaire basé sur sa vie .

Bruno Laforestrie: « Hasch, la honte de la République »

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Fondateur de la radio culte Générations 88.2 , aux manette de « Mouv », la petite dernière de Radio France,  Bruno Laforestrie est l’homme du renouveau Rap et R’n B.
A l’occasion de la sortie de son livre « Hasch, la honte de la République »,  nous l’avons rencontré pour parler du fumant sujet qui fâche. 

Votre ouvrage a pour titre « Hasch, la honte de la République ». Pourquoi hasch plutôt que cannabis ?
Je tenais à parler particulièrement de hasch, et non d’herbe. Le hasch et son traffic sont des sujets encore très tabous en France,  même si depuis quelques mois certaines langues se délient.
« Honte de la République » car je témoigne en citoyen lucide sur les questions publiques, fort de mon expérience en tant que dirigeant de médias proches de la jeunesse.

Un de vos chapitres s’intitule « le cannabisme tue ». C’est à dire ?
Je pars du postulat que le cannabis est une drogue au même titre que d’autres, légales (tabac, alcool) ou pas (cocaïne, MDMA).
Or, quel est l’enjeu d’une politique de santé publique ? C’est de protéger les plus vulnérables. Et dans toute politique de santé publique, une distinction entre mineurs et majeurs s’impose.
Cette distinction est d’ailleurs appliquée en ce qui concerne le tabac et l’alcool, une distinction qui est pour moi essentielle dans le débat, une ligne infranchissable.
C’est ce refus de traiter le cannabis, et donc le hasch, comme un sujet de santé publique qui fait que les tenants et aboutissants de la problématique nous échappent complètement.
On a mis beaucoup de moyens pour expliquer sur chaque paquet de cigarette que le tabac est nocif, mais rien n’est fait pour la prévention en ce qui concerne les dangers sur la santé du duo tabac-haschich. Pas plus n’est fait pour prévenir les dangers et ravages psychologique que le THC peut entrainer sur des cerveaux encore en pleine croissance.

 » C’est un enjeu de santé publique au même titre que l’alcool frelaté durant la prohibition des années 30 aux Etats-Unis »

Y-a-t-il un vrai danger ?
Absolument. Sans être un grand connaisseur ou consommateur, on sait qu’il y a de la résine de cannabis nocive pour la santé. Tout simplement parce qu’elle est coupée avec n’importe quoi. Un problème qui ne se pose pas dans les pays qui ont légalisé, à l’instar du Canada. C’est un enjeu de santé publique au même titre que l’alcool frelaté durant la prohibition des années 30 aux Etats-Unis.

Vous parlez d’un glissement social et moral…
L’émancipation via le deal est un mirage: le mec qui pense qu’à 16 ans il va gagner sa vie en faisant du bizz… se plante magistralement. C’est en fait une vie à la petite semaine où le dealer revient quasiment à la condition ouvrière du XIXème siècle, lorsque les travailleurs étaient payés à la journée.
Et bien que nous soyons, au XXIème siècle, passés à une société du travail mensualisée, les petits acteurs du cannabis-business reviennent à une rémunération précaire et journalière : les chouff (guetteurs NDLR), les petits intermédiaires etc.
La prohibition a remis à l’ordre du jour cette précarité absolue. C’est une complète  faillite économique et sociale : on en revient aux pires heures du capitalisme.

« L’émancipation via le deal est un mirage »

Face à ce constat, quels horizons et perspectives pour une légalisation du cannabis en France ?
Du Canada aux États-Unis en passant par le Luxembourg, la Suisse ou Israël, la tendance est à l’ouverture. Pour l’Italie ou le Portugal, l’effet domino est inéluctable.
En France, je veux croire que nous méritons ce débat.

En suivant le modèle Canadien ?
Je ne pense pas que l’on puisse ou doive suivre un modèle existant. Mon analyse est que la politique de gestion du cannabis est le reflet du pays qui l’applique : le traitement de l’alcool n’est par exemple pas le même ici qu’en Suède, en Finlande au Canada ou bien évidemment dans les pays musulmans.
Je pense qu’il nous faut avoir un modèle propre qui pourrait effectivement s’inspirer en partie de schémas existants, avec des spécificités et en prenant compte de l’impact du cannabis dans l’économie des quartiers.
Je pense aux AOC par exemple. Il y a en France une capacité à produire, grâce aux coopératives, où l’État aurait son rôle dans l’analyse et la validation de la qualité du produit. Qu’il soit thérapeutique, bien-être comme le CBD, ou récréatif.
Ensuite, sur la distribution, deux axes importants: le marché noir dans les quartiers criminogènes qu’il est impératif de réduire et la piste de l’auto-culture qui est à mon sens partie de la solution.

« La piste de l’auto-culture (…) est à mon sens partie de la solution »

L’auto-culture pourrait contribuer à nourrir ce futur marché ?
Je trouve que c’est une piste à creuser et pense souvent à l’exemple des bouilleurs de cru. Un système de production locale qui pourrait facilement être appliqué au cannabis pour un marché niché de quelques centaines de milliers de consommateurs (sur 5 millions de consommateurs occasionnels en France, NDLR)
Pour les quartiers difficiles, une transition cannabistique s’impose, permettant à certains de travailler de manière prioritaire pour l’industrie à venir du CBD ou du cannabis si celui se légalise. Il faudra de toute façon mettre des moyens considérables dans la formation et l’accompagnement de chaque jeune sorti de l’école sans diplôme ni métier.
Je suis en tous cas persuadé que la transition passera par une réflexion sur la production locale et l’implication positive des quartiers, sous égide de l’État.
C’est tout le bien que je nous souhaite.

(interview réalisée en novembre 2020)

« Hasch. La Honte de la République »
JC Lattès, 23,99 $CA/14,90 €,

Disponible en commande ici chez Amazon

Nancy Whiteman, reine du cannabis sucré

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Nancy Whiteman est la preuve que le cannabis-business est ouvert à tous et à tout âge. A 50 ans, l’américaine a quitté le confortable monde des assurances pour monter « Wana », sa marque de gummies, bonbons et sucettes au cannabis.
Petit portrait de celle qui a été couronnée  « Reine du Cannabis légal » par Inc Magazine.

Nancy Whiteman n’a franchement pas la tête de l’emploi.
Toujours tirée à quatre épingles, la femme d’affaire ne se déplace qu’en tailleur et escarpins de marque.
Dans un ganja-business qui comporte moins de 25 % d’entreprises dirigées par des femmes, Nancy s’est imposée comme directrice générale d’une entreprise au chiffre d’affaire de 25 millions de dollars en 2019. Cerise sur le space-cake, sa marque est devenue celle qui vend le plus de produits comestibles au cannabis aux États-Unis, d’après le cabinet BDS analytics.

Un parcours qui force le respect pour celle qui a commencé par des expérimentations dans sa petite cuisine.
Quand elle fonde Wana avec son ex-mari John en 2010, Nancy n’en est pas à son coup d’essai.
Diplômée de Cornell (le Harvard du sud) et d’un MBA, elle aura eu une première vie des plus nourrie dans le très compétitif monde des entreprises US.

La Martha Stewart du THC

C’est cette faculté d’adaptation, grande force de Nancy Whiteman, qui la poussera avec son ex-mari  à abandonner son aventure dans les sodas au cannabis pour se consacrer à leur produit best seller : les bonbons acidulés.
« Je vise les parents amateurs de Chardonnay (…) qui cherchent simplement un peu de relaxation » explique-t-elle à Inc Magazine lorsqu’on lui demande l’origine de son succès fulgurant.
L’innovation n’est cependant pas sans travers et autres obstacles: la liste des produits qu’elle propose à la vente via son entreprise ayant énormément changée au fil des évolutions de la loi et des retours consommateurs.
Son produit préféré : des amandes recouvertes d’épices et de poudre de cannabis est indisponible depuis 2013 car il était impossible de garantir un taux uniforme de THC pour toute la gamme.

« Je vise les parents amateurs de Chardonnay (…) qui cherchent simplement un peu de relaxation »

Coup de chance (ou d’instinct) elle a retiré le produit un an avant la normalisation des consommables en 2014.
C’est aussi cette aptitude au rebond qui est la clef du succès de « Wana », dans une économie national qui n’autorise pas le commerce de cannabis au niveau fédéral.
Nancy Whiteman a  ainsi dû jongler avec des réglementations variant de mois en mois et d’états en états pour changer composition, emballages et  taux de THC de ses produits,  sans pour sacrifier leur qualité.

Si ses produits se vendent si bien c’est parce qu’ils sont particulièrement gourmands et que leurs effets sont très facile à gérer… à condition d’y aller en douceur.
La « Martha Stewart du cannabis » selon le magazine Entrepreneur, n’a aucune honte à admettre son propre Bad Trip quand elle a malencontreusement ingérée une dose de cheval de Chocolat chaud au THC.
« J’ai cru que ça durait depuis des heures, cela faisait 10 minutes » s’en amuse-t-elle dans une interview accordée au magazine Medium.
Une expérience qui l’a poussée à améliorer les indications sur les emballages de ses produits afin d’ éviter à ses consommateurs de vivre une expérience similaire: « il vaut mieux y aller en douceur » conclue-t-elle sagement.

Les produits de Nancy sont disponibles ici

 

Un petit tour dans la vallée du Rif

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A l’heure où le gouvernement marocain envisage de légaliser le cannabis à usage médical pour l’exportation, je me suis rendu dans la vallée du Rif, où sa production assure 80% des revenus locaux et fournit plus de 80% du haschisch vendu en France.

Chefchaouen est la seule ville dans la région qui dispose d’une infrastructure pour accueillir des touristes, c’est donc là que je prends rendez-vous pour retrouver celui qui m’amènera visiter une ferme de kif.
Surnommée « la ville bleue », Chefchaouen est à 115 km au sud-est de Tanger, en passant par Tetouan. C’est la ville la plus touristique de la région, même si en cette saison et avec les restrictions liées au Covid, les touristes se font plutôt rares.
J’arrive dans une ville aussi sublime que calme, dont le bleu uniforme des rues vides n’est perturbé que par le contraste des orangers qui bordent les voies.

C’est dans un magasin d’antiquités/souvenirs de la medina que j’ai rendez-vous avec Ali*, le guide recommandé par mes amis de Tanger et qui m’accompagnera toute la journée
Aux alentours de 15h, nous partons à pied vers la montagne située au-dessus de Chefchaouen, en direction de la ferme. La randonnée, réputée facile,  est particulièrement agréable sous les douces températures de ce début novembre.

Direction une ferme de cannabis, kilomètre zéro de la route du haschich

Après trois quart d’heure de marche, nous arrivons à une petite maison où nous attend Redouane, un homme d’une trentaine d’années dont la famille cultive le kif depuis 3 générations.
Il nous accueille dans son salon où sa femme nous apporte du thé, avant que nous ne passions dans la pièce arrière qui ressemble à un local de stockage. Avant de pénétrer dans la pièce, Redouane me demande de laisser mon portable dans le salon: je ne pourrai pas prendre de photos.
Grosse déception.  j’aurais aimé être prévenu avant…que faire maintenant? Maintenant que je suis là, autant voir de quoi il retourne: la marche -aussi délicieuse fut-elle-  n’aura pas été vaine.

Nous entrons dans une pièce mal éclairée et bien encombrée de sacs en plastique remplis d’herbe séchée.
Redouane nous fait avancer jusqu’au fond de la petite salle, allume une lampe sur une étagère et nous montre un grand seau recouvert de gaze sur lequel il place deux grosses poignées d’herbe séchée qu’il recouvre d’un sac plastique transparent.  Il sort ensuite 2 grandes baguettes et commence à tambouriner vigoureusement sur l’herbe.
Redouane nous montre ensuite la poudre qui est tombée dans le seau à travers la gaze, nous la fait sentir avant de la chauffer avec son briquet. Au bout de quelques secondes, la poudre commence à devenir collante.  Il en fait une boulette qu’il nous fait passer.

Pollen directement extrait des fleurs (photo d’illustration)

Nous repassons ensuite au salon où Redouane place le hasch dans une pipe de 30 cm de long pour la dégustation.
Content d’avoir pu assister au processus traditionnel de fabrication du hasch, même si déçu de ne pouvoir avoir pu prendre de photos de la visite, je remercie Redouane et sa femme et repars avec mon guide vers Chefchaouen. La nuit a beau être tombée, dans ma tête, le Soleil brille comme jamais.

*le prénom a été changé
En bonus, Kif-Kif, l’excellent reportage de Jacques Henri Bidermann, Philippe Lachambre et Olivier Pousset sur le haschich et sa culture autour de la petite ville de Ketama.

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