Ecologie

Viens, je t’emmène à la … COP 26

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La planète climat se réunit à Glasgow (Écosse) durant la première quinzaine de novembre. L’occasion de relancer la lutte contre le réchauffement ? Ce n’est pas gagné.

Dernière semaine de tranquillité. Dès le 31 octobre, de climat tu seras abreuvé. Et la cure deux semaines durera. Pas de rapport du Giec, à l’horizon. Cette fois, c’est l’ONU qui convie le monde à Glasgow. Objectif du sommet écossais : relancer la cogestion mondiale de ce bien commun qu’est notre climat. Habituellement, l’ONU convoque une COP* climatique chaque année à pareille époque. La Covid en a décidé autrement en 2020. Voilà deux ans que nos gouvernants ne s’étaient retrouvés pour parler CO2, coopération nord-sud, adaptation, etc.

La Scottish Session est particulière. Durant cette quinzaine dans la cité des Celtic, les 195 Etats ayant ratifié l’accord de Paris de 2015 devront présenter de nouveaux engagements à moyen terme. En jargon : les contributions nationales volontaires (NDC). Au dernier recensement, 140 pays ont déjà rendu leur copie. Manquent encore notamment les NDC chinoise et indienne. Embêtant, car les deux puissances asiatiques émettent, ensemble, le tiers des émissions anthropiques de gaz à effet de serre.

Décevantes promesses

Ces promesses sont décevantes. Si elles sont tenues dans la durée, elles nous permettront, au mieux, de limiter à 53 milliards de tonnes de Ges par an nos émissions à l’horizon de 2030. Pour stabiliser le réchauffement à +1,5 °C à la fin du siècle, il faudrait en rejeter deux fois moins à cette échéance. La COP sera l’occasion de trouver de nouveaux moyens de réduire notre contribution au changement climatique.

Il sera aussi question d’argent. En 2009, les pays les plus riches s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an aux nations les plus vulnérables, à partir de 2020. Le deal n’a pas été tenu. Il faudra en conclure un autre et dissiper le sentiment de défiance qu’éprouvent certaines chancelleries du Sud à l’égard des capitales du Nord.

Vous avez dit adaptation ?

Ce sera nécessaire pour boucler la suite du programme. La COP 26 doit achever la rédaction des règles d’application de l’accord de Paris. Et notamment celles encadrant la comptabilité des émissions des pays et les échanges de crédits nationaux d’émission. Sujets éminemment politiques et terriblement complexes.
Dans la même veine, la communauté internationale doit aussi s’accorder sur un objectif global d’adaptation aux conséquences du réchauffement. Problème : à chaque pays sa conception des efforts à accomplir en ce sens. Menacés par la montée du niveau de la mer, les États iles du Pacifique seront plus sensibles à cette thématique qu’à la fonte des glaciers, sujet qui inquiète bon nombre de pays andins et alpins.

Les moyens de se disputer sont innombrables dans une COP. Au cours de cette 26e édition, les Etats devront aussi composer le menu du Global Stocktake, le grand bilan de l’action climatique mondiale, qui devra être présenté lors de la COP 28, en 2023.
Est-ce à dire que la stabilisation du réchauffement est un projet d’avenir et qu’il le restera ?

 

* La lutte contre le réchauffement est encadrée par une convention de l’ONU (CCNUCC), signée en 1992. Chaque année, les pays ayant ratifié ladite convention — les parties — se retrouvent pour une conférence des … parties ou COP. Ce parlement mondial élabore et vote les décisions entrant dans le cadre de la CCNUCC. En 2015, les parties ont adopté l’accord de Paris (Cop 21)qui vise à stabiliser le réchauffement entre 1,5 et 2 °C d’ici la fin du siècle.

Vivre dans une maison en cannabis!

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Vous aimez le cannabis mais avez passé l’âge de fumer la moquette? Faites-vous construire une maison en chanvre.

Dans l’histoire des trois petits cochons, c’est la maison faite de paille qui est la première à crouler face au souffle du grand méchant loup.
Si elle avait été en chanvre, il en aurait été autrement.
Car le chanvre produit une fibre des plus résistantes, en témoigne d’ailleurs son utilisation séculaire dans la marine où il servait à tisser cordes et voiles.
Aujourd’hui, ce sont des maisons que l’on construit avec le même cannabis grâce à la mise au point par l’entreprise Vicat d’un ciment composé à 85% de chanvre.

Découpables, légers, offrant une excellent isolation, les blocs (qui font la taille d’un parpaing classique) sont élaborés avec des plantes cultivées dans la Haute-Seine.
Deux gammes sont proposées: une adaptée à la construction et l’autre à la rénovation. Toutes les deux offrent le même avantage qui fait toute la différence alors que nous élaborons les habitations de demain: celui d’être composé d’une matière première on ne peut plus green.
Cette initiative 100% made in France a d’ailleurs conquis la ministre chargée de la transition écologique Barbara Pompili, qui offert un chèque d’encouragement de 100 000€ à la société dans le cadre du plan d’aide à la même transition écologique.

 

Plus d’informations sur le chanvre ciment disponibles ici..

C’est vraiment propre, une éolienne?

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Les éoliennes sont-elles la solution verte à la crise environnementale liée à la production d’énergie? Eléments de réponse.

Pour faire un bilan de l’empreinte carbone de la construction d’une éolienne, il faut prendre en compte  le balsa, la fibre de verre et les colles nécessaires à la fabrication des pales ; l’acier du mât, de la nacelle et du moyen ; les résines plastiques du nez ; le cuivre du transformateur, le béton des fondations. Les évaluateurs intègrent aussi dans leur calcul l’utilisation de la grue nécessaire à l’érection de l’éolienne, la construction des pistes d’accès, le raccordement au réseau de transport ou de distribution d’électricité.

Si l’on s’intéresse aux éoliennes marines, on n’oubliera pas d’intégrer l’énergie consommée par les bateaux d’installation et de maintenance à la feuille de calcul.Une  turbine installée en mer, actionnée par des vents réguliers, produira de l’électricité environ 40% du temps (soit 3200 heure par an) contre 22% (1760 heures par an) pour un aérogénérateur terrestre.

Ratio favorable

A volume de matière égale, le rendement est donc deux fois supérieur pour la machine offshore, ce qui allège son empreinte environnementale. Autre donnée intégrée dans les feuilles de calcul : le démontage de la machine et la fin de vie des produits.
Et, concrètement, qu’est-ce que cela donne ? Selon les générations d’éoliennes, leur lieu de production, l’endroit où on les installe, le bilan carbone varie de 5 à 25 grammes de CO2 par kWh produit. Pourquoi autant d’écart ? D’abord, il faut tenir compte du contenu en carbone de l’énergie nécessaire à la production des matières premières.

Énergie et recyclage

Or, l’énergie est bien plus carbonée en Chine (où 70% de l’électricité est produite par du charbon) qu’en France (où 90% de l’électricité est produite par des énergies non carbonées). Ensuite, les quantités de béton (très importantes) varient fortement selon la nature du terrain et la taille de la machine.

Enfin, on ne recycle pas partout les éoliennes qui ont arrivées au bout du rouleau. Aux États-Unis, les pales (difficiles à valoriser) sont mises en décharge. Ce qui dégrade plutôt le bilan environnemental de l’ensemble. En France, la loi impose aux propriétaires des machines de recycler la quasi totalité de leurs composants. Les centaines de tonnes de béton des fondations doivent aussi être récupérées. Very much better.

Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ?

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Alors que la PMA a été adoptée et que le taux de natalité repart à la hausse, nombre de mouvements  militent pour une réduction de la fécondité afin d’alléger notre bilan environnemental. L’argument est implacable à la vue de  l’emprunte écologie de bébé puis de sa descendance. Sauf si les parents sont bien élevés.

La rentrée littéraire du printemps a résonné d’un cri oublié : « un enfant quand je veux, si je veux ». Lancé dans les premières heures du féminisme français, ce slogan est aujourd’hui repris par Chloé Chaudet. Avec J’ai décidé de ne pas être mère, la professeure de littérature dénonce la pression sociale qui s’exerce sur les femmes françaises ayant volontairement renoncé à la maternité. Le sujet n’a rien d’anecdotique.
En France, une étude de l’Inserm et de l’Ined (certes de 2010) estime à 5% le nombre de femmes qui, en âge de procréer, n’ont pas de désir d’enfant. Avec des  raisons pour cela : ne pas sacrifier sa carrière professionnelle, se soustraire aux canons de la bourgeoisie (dans les pas de Simone de Beauvoir), vivre sa vie sans entraves, manquer d’argent.

Humanité trop nombreuse ?

Pour d’autres, c’est un choix politique. L’Humanité serait déjà trop nombreuse pour la Planète, disent-elles. L’empreinte carbone du bébé serait désastreuse. Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, des associations, comme Conceivable Future, Population Matters ou BirthStrike professent la grève de l’utérus pour alléger notre futur bilan environnemental. Un tiers des jeunes Américains (filles et garçons confondus) se sentiraient proches de ces mouvements de pensée, indiquent plusieurs études. On les appelle les Ginks : Green Incitation, No Kids — engagement écologiste, pas d’enfant.
Au fond, les Ginks ne manquent pas d’arguments. Une étude américaine a établi, en 2017, à 58 tonnes de CO2 par an les émissions d’un bébé de pays riche : soit 5 années d’émission d’un Français adulte !

Très chères « alloc » ?

Et puis, un bébé ça coûte cher. En France, les « soutiens à la famille » consomment l’équivalent de 3,7% du PIB, rappelle un rapport de la Cour des comptes française. Ce qui fait flirter l’addition avec les 100 milliards d’euros par an : le double du budget 2022 du ministère de la transition écologique.
Sans compter qu’on peut aussi s’interroger sur la capacité procréatrice des jeunes. Un sondage réalisé, dans 10 pays, auprès de 10.000 adolescents et jeunes adultes témoigne d’une effrayante éco-anxiété : 59% se disent très inquiets des effets du changement climatique, plus d’un sur deux avoue être en colère, triste, anxieux. Plus de 45% estiment que le réchauffement affectera leur vie. De là à en déduire que devenir maman et papa c’est trop de responsabilité écologique, il n’y a qu’un pas …
J’écris, j’écris et je me rends compte que je ne réponds pas à la question initiale : Bébé est-il une plaie environnementale ? Nous avons déjà injecté dans l’atmosphère suffisamment de gaz à effet de serre pour réchauffer le climat de plus de 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Collectivement, nous avons échoué à stabiliser le réchauffement à un niveau peu dangereux pour nos sociétés.

Les vertus du « nurse-in » ?

L’urgence n’est donc pas tant de s’interroger sur le nombre d’enfants que compteront les familles des pays du Nord mais de pousser nos gouvernements à décarboner nos sociétés.
Il y a deux ans, les activistes britanniques d’Extinction Rebellion ont mis en première ligne de leurs manifestations pro-climat des centaines de mères allaitantes avec leur bébé. Ce premier « nurse-in » a eu un grand retentissement médiatique, outre-Manche. Mais pas seulement.
Depuis, le gouvernement de Boris Johnson s’est engagé à réduire de 78% les émissions britanniques entre 1990 et 2035. Un record pour un pays industrialisé. Les bébés sont peut-être de gros émetteurs de CO2, ils ont aussi, sans le savoir, le pouvoir de modeler leur avenir.

Jadot 2022 : un programme qui manque de souffle?

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Le candidat des écologistes à la présidentielle décline son programme. Verdict : pas de surprise, peu d’ambition. Et zéro envie.

Yannick Jadot ne perd pas de temps. Sitôt désigné candidat à la présidentielle par la primaire des écologistes, le député européen défouraille son programme. Dans un long entretien accordé au Journal du dimanche, l’ancien directeur des campagnes de Greenpeace-France multiplie les propositions dans le domaine du social, des institutions, de l’économie. Il y glisse même quelques idées écologistes. Ma rubrique étant teintée de vert, je me consacre à ce chapitre.

D’entrée de jeu, le Picard promet d’éradiquer l’élevage industriel. Bonne idée, a priori. A ceci près que remettre dehors veaux, vaches, cochons nécessite de trouver des terres supplémentaires. Et pas qu’un peu ! La réglementation sur le « plein air » impose 4 m2 par poule. Les paysans français élèvent chaque année 40 millions de poules. Les faire vivre outdoor nécessite de trouver 16.000 hectares de terrains. Pas gagné. D’autant qu’il faudra aussi trouver des terrains supplémentaires pour les canards, les oies, les bovins, les caprins, les cochons, les dindes, les cailles, les lapins. Pas gagné en période de déprise agricole. Mais là, pas de proposition concrète du candidat vert.

Pour qui l’argent public ?

Les lobbys ? Yannick Jadot veut les « extirper » de l’économie française. Certes, mais nul ne sait comment. Alors bien sûr, « chaque euro d’argent public sera conditionné à la protection de l’environnement ». Mais entre un fabricant de batterie de véhicule électrique et un importateur de panneaux solaires chinois, qui le protège le mieux ?

A propos de sous, l’ancien porte-parole de l’Alliance pour la planète promet un programme d’investissement public de 50 milliards d’euros par an, dont la moitié sera consacrée « à la reconstruction ». On n’en sait pas beaucoup plus. Ce que nous dit, en revanche, l’institut pour l’économie du carbone (I4CE), c’est que pour atteindre les objectifs de décarbonation que nous nous sommes fixés, nous devons investir de 65 à 74 milliards d’euros par an. Faudra trouver un petit peu plus de sous, monsieur Yannick.

Un ISF climatique

Le tombeur de Sandrine Rousseau veut avancer de 10 ans (2030 donc)  l’interdiction de vente de voitures à moteur thermique. Génial ! Surtout si les industriels tricolores produisent des batteries « 100% recyclables ». Sauf que, sur la trentaine de gigafactories en train de sortir de terre en Europe, seules deux sont situées dans l’Hexagone. Ce ne sera pas facile de convaincre leurs concurrentes de passer à l’économie circulaire. Mais on peut essayer.

La taxe carbone est appelée à repartir à la hausse, semble-t-il. Sans qu’on sache très bien comment le président Jadot évitera de rallumer le mouvement des Gilets jaunes. Seule promesse : « nous ne laisserons personne au bord de la route ». Quoi qu’il en coûte ? Il faudra alors que l’impôt sur la fortune climatique (c’est prévu !) taxe très lourdement les riches émetteurs de gaz à effet de serre pour que la mesure soit socialement indolore. Rappelons que pour être efficace, la taxe carbone devrait atteindre 250 € la tonne de CO2 émise. Soit 5 fois le niveau actuel.

Gaspillages énergétiques ?

A propos de carbone, le candidat écologiste propose de rendre gratuits les premiers kWh d’électricité et les premiers m3 de gaz naturel. Ce qui n’est pas une mesure favorable aux économies d’énergie, ni aux finances d’EDF et d’Engie dont l’Etat est un gros actionnaire. Gaspillage d’énergie et d’argent public ?
Refrain incontournable d’un écolo : la sortie du nucléaire. Le Jadot 2022 la promet pour 2042. Soit. Mais que faire des millions de tonnes de déchets nucléaires que génèrera le démantèlement de 58, réacteurs si l’on ne peut les mettre quelque part ? Car Yannick Jadot le dit depuis longtemps : « l’enfouissement des déchets nucléaires : ni à Bure ni ailleurs ».

On ne va pas se mentir comme dirait Nicolas Hulot. Le programme environnement de Jadot est truffé de promesses intenables. Comme le sera celui de tous les programmes des candidats déclarés ou à venir.
Ce qui manque, c’est un souffle, un récit, une ambition. Le géant vert ne donne pas (encore ?) l’impression qu’il est celui qui fera entrer la France dans le siècle de l’écologie sociale. Il a encore six mois pour me faire mentir.

Les médias de Rupert Murdoch ne seront plus climatosceptiques

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Contempteurs des rapports du Giec et des politiques climatiques, les médias de Rupert Murdoch ont suivi la ligne éditoriale définie par leur patron. Ils vont désormais prôner l’exact contraire. Voici pourquoi.

C’est l’un des plus influents groupes de presse de la planète. Né en Australie, News Corp., aujourd’hui américain, détient pléthore de journaux et de chaînes de télévision dans le monde entier. Certains sont très écoutés : Wall Street Journal, The Times, The Sun, Dow Jones, Fox News.

Complot socialiste

Ces réseaux de radios, de télévision, ces journaux globaux avaient une ligne directrice : douter de la réalité du changement climatique. Dans les colonnes de The Australian les lecteurs pouvaient souvent lire que le changement climatique était un vaste bluff, voire un « complot socialiste ». Les éditorialistes du Wall Street Journal, à l’instar d’Holman Jenkins, ont, des années durant, nié l’origine anthropique du réchauffement en cours. Le climatologue US Michael Mann (l’inventeur de la crosse de hockey) estime que la chaîne d’information en continu Fox News est « la plus grande entreprise de désinformation sur le climat vue depuis deux décennies. »

Ce temps est désormais révolu. A partir du 17 octobre, soit deux semaines avant l’ouverture du sommet annuel mondial sur le climat (la COP 26), de nombreux media de News Corp mèneront campagne en faveur de la … neutralité carbone. Une programmation coordonnée par Joe Hildebrand, une star de la télé australienne.

Annonceurs et tensions familiales

Les raisons de ce revirement ne sont pas connues. Officiellement. Toutefois, les critiques du climato-scepticisme de News Corp. pleuvent comme jamais sur le groupe. Ce qui commence à déplaire à ses annonceurs. Un bon argument.

Ce virage sur l’aile pourrait aussi avoir des origines familiales. Le groupe News Corp. est la propriété de Rupert Murdoch et de sa famille. Au début de 2020, James Murdoch a publiquement critiqué le traitement par les journaux du groupe des méga feux ayant dévasté l’Australie les mois précédents : 18 millions d’hectares détruits, plus de 5000 bâtiments brûlés et 34 victimes.

Niant la réalité scientifique, la presse Murdoch n’a jamais admis que les vagues de chaleur imputable au global warming puissent avoir la moindre incidence sur de tels incendies. A longueur de colonnes et de tweets, les media News Corp. faisaient la chasse à d’imaginaires cohortes d’incendiaires.

Les tardigrades à la conquête de l’espace.

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C’est incontestablement la bestiole tendance. Gros comme un microbe, aussi transparent qu’un verre de lunettes et aussi moche qu’un dugong à huit pattes, le tardigrade fait pourtant rêver. Et pas seulement sur terre: la Nasa en a envoyé dans l’espace.

Ces oursons d’eau, comme les surnomment leurs fans, ont des capacités d’adaptation absolument hors du commun. Vaquant sans problème à ses occupations à des températures comprises entre – 272 °C et + 150 °C, ce vague cousin des arthropodes supporte comme si de rien était les pressions régnant à 4 000 mètres sous les mers. Mieux, en période sèche, il est capable de se déshydrater totalement, en attendant des jours meilleurs. L’attente peut durer des décennies. « Aucun autre animal n’est capable de faire cela », s’enthousiasme le biologiste Thomas Boothby (université du Wyoming).

Petit mais costaud: les tardigrades survivent dans l’espace et à des températures allant de -272 à 150°C.

Retour dans l’espace

Fasciné, l’écrivain Didier Van Cauwelaert en a fait le héros de son dernier roman, « Le pouvoir des animaux ». Le lauréat du prix Goncourt 1994 n’est pas le seul à être tombé sous le charme de ce minuscule indestructible. L’agence spatiale américaine (Nasa) vient d’expédier un contingent de tardigrades dans la station spatiale internationale.
L’objectif n’est pas de distraire Thomas Pesquet de ses activités médiatiques. Les chercheurs de la Nasa veulent surtout comprendre comment la physiologie de la bestiole réagit en situation de microgravité.

Cortège de radiations

Suite à une mission européenne, menée dans les années 1990, on sait déjà que le tardigrade supporte très bien le vide intersidéral, avec son cortège de radiations dévastatrices. Décrypter ses mécanismes réparateurs pourrait permettre, par exemple, de développer de nouvelles stratégies de lutte contre certains cancers.

Tu es poussière

La Nasa n’oublie pas non plus que la conquête spatiale est l’une de ses missions. « L’une des choses que nous voulons comprendre c’est la façon dont les tardigrades survivent et se reproduisent dans de tels environnements. De telles informations sont précieuses pour définir les modes de vie des astronautes », poursuit Thomas Boothby.
Finalement, les cosmonautes que l’on enverra dans visiter de lointaines contrées ne voyageront, peut-être pas, dans les caissons cryogéniques chers à Stanley Kubrick. Si l’expérience Umami est concluante, il se pourrait qu’on les réduise à l’état de poussières. Des tas qu’il faudra copieusement arroser à l’arrivée. Motivant !

Comment l’industrie de la mode réchauffe la planète

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Mondialisée, dérégulée, dévoreuse de matières premières, la production de vêtement est archipolluante. Mais ce n’est pas une fatalité.

En septembre 2015, Vivienne Westwood chargeait sur un char d’assaut blanc la résidence du premier ministre britannique. Par ce coup d’éclat panzerien, la styliste montrait son opposition à la décision de David Cameron d’autoriser l’exploitation du gaz de schiste au Royaume-Uni. Alors, écolos les géants de la mode ?
Pas vraiment. Une étude de la fondation d’Ellen MacArthur montre que l’industrie du vêtement est l’une des plus polluantes qui soit.

4 tonnes d’eau pour un jeans

Par sa consommation de matières premières, pour commencer. La production d’une seule paire de jeans nécessite près de 4 tonnes d’eau.
Par les matières employées aussi; les vêtements comportent de plus en plus de fibres artificielles, qui se fragmentent et finissent par polluer les océans.
Par son organisation: totalement mondialisée, la fabrication de fringues est grosse consommatrice de transports carbonés (porte-conteneurs, avions).
Par son manque de robustesse enfin: les fibres textiles actuelles s’usent en quelques mois. Ce qui oblige les consommateurs à mutiplier les achats. En 2015, on a ainsi vendu 100 milliards de vêtements dans le monde : deux fois plus qu’en 2000.

13 années d’émissions françaises

Finalement, résume le consultant Quantis, l’industrie de la fripe (hors chaussures !) rejette plus de 3,3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an. Soit l’équivalent de 13 années d’émissions françaises ! La production de fringues réchauffe davantage la planète que les transports aérien et maritime réunis.
Alors quoi ? Sommes-nous condamnés au naturisme ? Ou peut-on alléger l’empreinte environnementale de la mode ? La deuxième option est possible et souhaitable. À condition que cette industrie aux 75 millions de salariés se réinvente.
Par exemple, en arrêtant de présenter de nouvelles collections pratiquement tous les mois, comme le font certaines enseignes. En choisissant aussi des matériaux durables (à tous points de vue). Contrairement à celle du chanvre, la culture du coton est particulièrement gourmande en eau (elle a asséché la mer d’Aral !) et en pesticides.

Recyclage et responsabilité

Les gouvernements et les collectivités peuvent aussi participer à l’effort. Notamment en facilitant la valorisation des vêtements usagés. Actuellement, moins de 1% des fringues dont nous nous débarrassons est récupéré pour être redistribué ou recyclé.
Les consommateurs que nous sommes peuvent aussi apporter leur pierre à l’édifice. En n’achetant que les vêtements dont ils ont vraiment besoin. En n’hésitant pas à réparer les victimes d’un petit accroc. En évitant les jeans délavés ; le vieillissement consomme énormément d’eau et rejette des substances nocives pour l’environnement et les poumons des travailleurs. En choisissant enfin les créateurs ou les marques qui s’engagent dans la voie de l’économie circulaire.
Pas facile à trouver ? Wedressfaire vous a préparé une petite sélection de producteurs de jeans éco-responsables. Choisissez le vôtre.

Après le Covid-19, les bactéries bleues ?

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Une pandémie en cacherait-elle une autre? Vieilles comme le monde, les cyanobactéries pourraient se révéler de dangereuses empoisonneuses de l’homme et  du climat.

Les rangers botswanais n’avaient jamais vu ça. Au printemps dernier, les gardiens des principales réserves naturelles du Botswana ont dénombré, en quelques jours, plus de 300 cadavres d’éléphants. Aucun corps ne portait de traces de blessures par balles. Et les défenses étaient toutes intactes. Pour une fois, les braconniers semblaient hors de cause. Il aura fallu des semaines de recherches poussées pour expliquer ce mystère. Les pachydermes auraient été victimes d’un empoisonnement par des cyanobacéries.

Dangereuses pour les nerfs et le foie

Tous les animaux sont morts entre les mois de mars et de juin, observe le ministère de la faune sauvage et des parcs nationaux du Botswana. Or, c’est précisément la période où s’assèchent nombre de points d’eau dans la savane. Les scientifiques estiment que le manque d’eau et la chaleur ont produit les conditions favorables à la prolifération dans les mares des fameuses bactéries bleues toxiques. Dans certaines conditions, ces micro-organismes produisent des toxines (cyanotoxines) ravageuses pour les systèmes neurologiques et hépatiques, aux effets potentiellement mortels en cas d’ingestion importante. Les éléphants en ont fait la cruelle expérience.

Menace en eaux calmes

Le phénomène ne touche pas que la faune d’Afrique. En France, les autorités interdisent fréquemment la pêche ou la baignade dans des cours d’eau ou des lacs où prolifèrent les bactéries bleues. Une prolifération favorisée par la chaleur mais aussi la teneur de l’eau en nitrates et en phosphore. Selon un récent rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), les centres anti-poison ont dénombré une centaine de cas d’intoxication humaine, entre 2006 et 2018. Sans compter la mortalité animale. Tous les étés, les vétérinaires signalent des décès de chiens ayant bu ou joué dans des eaux contaminées. Avec le réchauffement, le phénomène prend chaque année un peu plus d’ampleur dans les lacs canadiens. Au Brésil, en 1996, 60 personnes atteintes d’insuffisance rénale sont décédées suite à une hémodialyse dont l’eau nécessaire à ce traitement était contaminée par des microcystines, l’une des toxines produites par les terribles bactéries.

Puissant gaz à effet de serre

Nocives pour les hommes et leurs meilleurs amis, les cyanobacéries représentent aussi une menace pour la stabilité du climat. Une équipe de scientifiques, menée par Mina Bizic (institut d’écologie des eaux douces et de la pêche intérieure de Leibniz) a fait, au début de l’année, une inquiétante découverte. Selon ces chercheurs, les cyanobactéries pourraient, dans toutes sortes de conditions, produire du méthane. L’information n’est pas à prendre à la légère. Les cyanobactéries sont omniprésentes, sur terre et dans les eaux calmes. Et le méthane est un gaz à effet de serre 28 fois plus puissant que le CO2.

 

Crypto-art, NFT: le marché fou qui allume la planète

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Enflammant les enchères, le développement du crypto-art, aussi connu sous l’acronyme NFT,  menace surtout de mettre le feu à la planète.

Au mois de mai, pour l’équivalent d’une dizaine de SMIC  (14 820 € ), était adjugé  Io Sono, sculpture monumentale de Salvotore Garau. Le hic, c’est qu’elle est invisible et littéralement inexistante. Son concepteur est depuis menacé de poursuites judiciaires, l’un de ses brillants confrères, le Floridien Max Miller, accusant le plasticien toscan de plagiat. On se surprend à regretter Piero Manzoni qui vendait dans les années 60 de vrais étrons dans ses fameuses boîtes de Merda d’Artiste.

Réjouissons-nous tout de même ! Car ce délire post-Duchamp période urinoir est loin d’être la pire des menaces que font planer sur nos têtes les artistes du premier millénaire après Jack Lang.

2,5 millions le tweet

Car si les créatifs du moment réinvestissent l’invisible, un siècle après Klee, ils tendent aussi à dématérialiser l’art et son commerce. L’Internet devient un medium artistique. Il y a quelques semaines, Jack Orsay, patron de Twitter, a cédé son premier « gazouillis » pour 2,5 millions de dollars.

Plus impressionnant : Mike Winkelmann, alias Beeper, a vendu chez Christie’s un collage numérique de 5 000 images pour 69 M$ ! Dans les deux cas, les acquéreurs n’ont pas ramené les « œuvres » chez eux. Et pour cause : les œuvres de crypto-art n’ont rien de réel. Elles sont numérisées dans la blockchain, sorte de vaste registre de comptabilité numérique.

Everydays : the first 5000 days. Suprême NFT

Jetons non fongibles 

Les heureux acheteurs se voient attribuer des jetons électroniques aux caractéristiques uniques. Cette numérisation d’une œuvre (ou d’un actif) et de son contrat d’achat est ce que l’on appelle, en jargon, la « tokénisation ». Reversés à l’acheteur, les « jetons non fongibles » (Non Fungible Token ou NTF) les mène directement au premier tweet de l’histoire et à Everydays : the first 5000 days, leur garantit l’unicité, la traçabilité, l’inviolabilité des œuvres. Les NTF font aussi office de certificat de propriété. Détail : n’importe quel internaute peut voir ou copier ces œuvres numériques. Leurs « propriétaires » disposent juste du droit de vendre, si le cœur lui en dit, les NTF.

Dans l’absolu, cette nouvelle déclinaison de l’art numérique devrait réjouir les partisans de la sobriété, de la réduction de la consommation de ressources naturelles, de la baisse de la demande en voyage. Une fois créées, les œuvres ne bougent pas et leur transfert de propriété virtuelle se fait exclusivement en ligne. Bref, les écolos devraient se féliciter de voir enfler l’art de l’Internet. Qu’ils n’en fassent rien.

Stockés sur la blockchain, NTF et œuvres de crypto-art ont les mêmes biais écologiques que les Bitcoin, Ethereum et autre Dogecoin : ils sont terriblement énergivores. La « tokenisation » d’une œuvre numérique simple, comme Fish Store, de Stijn Orlans, a consommé 323 kWh d’électricité, a calculé Memo Akten, animateur du site spécialisé cryptoart.wtf (aujourd’hui hors ligne). Autant qu’une famille moyenne européenne en un mois !

L’original de cette œuvre de l’artiste belge Stijn Orlans s’est vendu 2.900 euros.

L’art au KWh

C’est Joanie Lemercier qui, le premier, a tiré le signal d’alarme. Dans un long message sur son site, l’artiste français indique que la création de 6 NTF pour 6 de ses œuvres a englouti 8 754 kWh d’électricité. En 10 minutes, le crypto-art avait consommé autant d’électricité que tout son atelier en deux ans. Pour le climat, cela équivaut à l’émission de 5 tonnes de gaz carbonique, soit l’équivalent de la consommation d’un ménage américain moyen pendant deux mois.
Conséquence : Joanie Lemercier cesse désormais de « tokéniser » ses œuvres en attendant que les plateformes d’échanges de crypto-monnaies réduisent leur empreinte carbone. De leur côté, les galeristes de branchés et les commissaires-priseurs continuent de jouer à fond la carte des NTF . La planète attendra. Pas le marché.

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