Art

Quand l’art psychédélique s’affichait

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Sans jamais se prendre aux sérieux mais en opposition constante avec la société de consommation, ils ont profondément influencé le Pop Art américain dès 1966. Place aux créations délirantes et furieuses des « Big 5 », un groupe de dessinateurs hallucinés qui établira la charte graphique du mouvement hippie de Haight-Ashbury.

Pour certains, les années hippies évoquent les pattes d’éph’, les chemises à fleurs ou Woodstock. Pour d’autres, elles incarnent une des contestations sociales et politiques majeures du XXe siècle, la libération sexuelle en prime. Mais peu se souviennent que le San Francisco des années soixante, berceau de la culture hippie, a également été le terrain d’expériences graphiques d’une originalité inégalée et un des jalons les plus notables de l’art Pop Américain.

Le LSD n’y est pas pour rien. Car sans cette substance synthétique hallucinogène, le mouvement psychédélique (du grec psyché âme et dêlos visible) n’aurait sans doute pas vu le jour. Pas plus que ces groupes de rock qui essaiment à l’époque sur la côte ouest des Etats-Unis, véritables porte-parole et principal moyen de revendication de la communauté hippie.

Frisco, freaks & LSD

À San Francisco, ils se produisent dans deux salles incontournables : le Fillmore et l’Avalon Ballroom. De grands-messes psychédéliques y sont célébrées plusieurs fois par semaine, associant musique rock déjantée, consommation effrénée de substances, et lights shows décuplant les effets de celui-ci.

Victor Moscosso

C’est dans cette atmosphère délirante que se développe l’art psychédélique. Bill Graham et Chet Helms, les deux grands promoteurs de spectacles du moment, financent plusieurs centaines d’affiches pour annoncer les concerts de The Charlatans, Greateful Dead, Jefferson Airplane, Jimi Hendrix, The Doors, The Velvet Underground et autres Pink Floyd.

Du Velvet Underground  à Pink Floyd

Placardées dans les rues de San Francisco, elles apparaissent comme autant de manifestes de la contre-culture, leurs arabesques moelleuses et ondoyantes, leurs couleurs aussi intenses qu’exubérantes, et leurs lettrages aux formes liquides quasi illisibles fonctionnant comme une propagande cryptée contre le conformisme de la société américaine des 60’s.

Alton Kelley

Parmi la dizaine d’artistes majeurs qui les conçoivent et les dessinent, cinq d’entre eux sont entrés dans la légende sous l’appellation des « Big 5 ».

Art Nouveau & Optical Art

Il y a Wes Wilson (1937-2020), diplômé en horticulture, dont le premier poster intitulé Are We next figure un drapeau américain orné d’une svastika : condamnation sans appel de l’engagement croissant des Etats unis dans la guerre du Vietnam ; Victor Moscovo (né en 1936), le seul à avoir bénéficié d’une formation artistique, qui déclara que la création d’affiches psyché l’avait contraint d’oublier tout ce qu’il avait appris à l’école d’art sur le graphisme conventionnel – il est en outre le premier des « Big 5 » à voir ses œuvres exposées au Museum of Modern Art de New-York.

Victor Moscosso

Autre figure majeure: Rick Griffin (1944-1991), californien passionné de surf, auteur de bandes dessinées underground et de pochettes de disques mémorables, ainsi que le duo composé d’Alton Kelley (1940-2008) et de Stanley Mouse (né en 1940), l’un concepteur génial, l’autre dessinateur virtuose, dont le travail en commun fut comparé à l’œuvre du génial affichiste français Henri de Toulouse-Lautrec.

The Big 5

L’expérience psychédélique née de la prise de LSD et les jeux de lumières des lights show sont leurs principales sources d’inspiration. Mais ils puisent également dans les théories de la couleur et l’art optique de Josef Albers, peintre et enseignant au Bauhaus, ainsi que dans l’Art Nouveau ou les affichistes du mouvement sécessionniste viennois (Gustav Klimt, Alfred Roller et Koloman Moser).

The « big Five » San Francisco poster artists Lto R Alton Kelly, Victor moscosso, Rick Griffin, Wes Wilson, Stanley Mouse

Parfois, ils vont jusqu’à s’approprier certains motifs des affiches du Tchèque Alfons Mucha ou du Français Jules Chéret. Et certains historiens de l’art décèlent dans leurs dessins l’influence du mouvement surréaliste européen qui, dans les années 60, fait l’objet aux Etats-Unis de nombreuses publications et expositions remarquées.

Quoi qu’il en soit, la créativité débordante de ce génial quintet a apporté aux arts graphiques quelque chose de neuf, de jamais vu, une nouvelle vision du monde. Au point qu’après eux, l’art américain ne sera plus tout à fait le même.

NFT : Quand le marché de l’art fume l’environnement

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Enflammant les enchères, le développement du crypto-art, aussi connu sous l’acronyme NFT,  menace surtout de fumer la planète.

Au mois de mai, pour l’équivalent d’une dizaine de SMIC  (14 820 € ), était adjugé  Io Sono, sculpture monumentale de Salvotore Garau. Le hic, c’est qu’elle est invisible et littéralement inexistante. Son concepteur est depuis menacé de poursuites judiciaires, l’un de ses brillants confrères, le Floridien Max Miller, accusant le plasticien toscan de plagiat. On se surprend à regretter Piero Manzoni qui vendait dans les années 60 de vrais étrons dans ses fameuses boîtes de Merda d’Artiste.

Réjouissons-nous tout de même ! Car ce délire post-Duchamp période urinoir est loin d’être la pire des menaces que font planer sur nos têtes les artistes du premier millénaire après Jack Lang.

2,5 millions le tweet

Car si les créatifs du moment réinvestissent l’invisible, un siècle après Klee, ils tendent aussi à dématérialiser l’art et son commerce. L’Internet devient un medium artistique. Il y a quelques semaines, Jack Orsay, patron de Twitter, a cédé son premier « gazouillis » pour 2,5 millions de dollars.

Plus impressionnant : Mike Winkelmann, alias Beeper, a vendu chez Christie’s un collage numérique de 5 000 images pour 69 M$ ! Dans les deux cas, les acquéreurs n’ont pas ramené les « œuvres » chez eux. Et pour cause : les œuvres de crypto-art n’ont rien de réel. Elles sont numérisées dans la blockchain, sorte de vaste registre de comptabilité numérique.

Everydays : the first 5000 days. Suprême NFT

Jetons non fongibles 

Les heureux acheteurs se voient attribuer des jetons électroniques aux caractéristiques uniques. Cette numérisation d’une œuvre (ou d’un actif) et de son contrat d’achat est ce que l’on appelle, en jargon, la « tokénisation ». Reversés à l’acheteur, les « jetons non fongibles » (Non Fungible Token ou NTF) les mène directement au premier tweet de l’histoire et à Everydays : the first 5000 days, leur garantit l’unicité, la traçabilité, l’inviolabilité des œuvres. Les NTF font aussi office de certificat de propriété. Détail : n’importe quel internaute peut voir ou copier ces œuvres numériques. Leurs « propriétaires » disposent juste du droit de vendre, si le cœur lui en dit, les NTF.

Dans l’absolu, cette nouvelle déclinaison de l’art numérique devrait réjouir les partisans de la sobriété, de la réduction de la consommation de ressources naturelles, de la baisse de la demande en voyage. Une fois créées, les œuvres ne bougent pas et leur transfert de propriété virtuelle se fait exclusivement en ligne. Bref, les écolos devraient se féliciter de voir enfler l’art de l’Internet. Qu’ils n’en fassent rien.

Stockés sur la blockchain, NTF et œuvres de crypto-art ont les mêmes biais écologiques que les Bitcoin, Ethereum et autre Dogecoin : ils sont terriblement énergivores. La « tokenisation » d’une œuvre numérique simple, comme Fish Store, de Stijn Orlans, a consommé 323 kWh d’électricité, a calculé Memo Akten, animateur du site spécialisé cryptoart.wtf (aujourd’hui hors ligne). Autant qu’une famille moyenne européenne en un mois !

L’original de cette œuvre de l’artiste belge Stijn Orlans s’est vendu 2.900 euros.

L’art au KWh

C’est Joanie Lemercier qui, le premier, a tiré le signal d’alarme. Dans un long message sur son site, l’artiste français indique que la création de 6 NTF pour 6 de ses œuvres a englouti 8 754 kWh d’électricité. En 10 minutes, le crypto-art avait consommé autant d’électricité que tout son atelier en deux ans. Pour le climat, cela équivaut à l’émission de 5 tonnes de gaz carbonique, soit l’équivalent de la consommation d’un ménage américain moyen pendant deux mois.
Conséquence : Joanie Lemercier cesse désormais de « tokéniser » ses œuvres en attendant que les plateformes d’échanges de crypto-monnaies réduisent leur empreinte carbone. De leur côté, les galeristes de branchés et les commissaires-priseurs continuent de jouer à fond la carte des NTF . La planète attendra. Pas le marché.

Art contemporain: le bon karma Indien

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Presque inexistants il y a encore vingt ans, les artistes indiens contemporains ont depuis fait une entrée fracassante sur la scène artistique internationale. Entre traditions séculaires et modernité, ils élaborent un langage original, foisonnant, à la fois ancré dans leur quotidien et résolument universel. Gros plan sur deux stars de l’art indien d’aujourd’hui.

Subodh Gupta : du spirituel dans la lunch box

S’il n’était pas devenu un artiste indien de renommée mondiale, Subodh Gupta aurait sans doute été cuisinier. Il aime manger, se mettre aux fourneaux, et raconte qu’enfant, il considérait la cuisine familiale comme une sorte de temple propice à la prière. Qui s’étonnera donc que ce bon vivant, né dans le nord de l’Inde il y a cinquante sept ans, ait mis autant de cœur à élever des ustensiles de cuisine au rang d’œuvre d’art ? Car même si ses modes d’expression sont multiples – peinture, photographie, vidéo ou performance – ce sont ses sculptures faites de seaux, pots à lait, poêles, casseroles et autres récipients en inox rutilant qui l’ont hissé au firmament de l’art contemporain.

« Very Hungry God » de Gupta

Son œuvre la plus connue, Very Hungry God, consiste en un crâne monumental composé de centaines d’ustensiles en acier inoxydable. Il semble figurer un dieu vorace et insatiable, en même temps qu’il évoque la famine qui règne encore dans certaines régions de son pays. Face à cette sculpture située entre modernité et archaïsme, on songe à la tradition occidentale des vanités autant qu’à certains rituels hindouistes : la déesse Kali porte un collier de crâne autour du cou cependant que le saint mendiant de la doctrine tantrique tient dans la main un crâne en guise de sébile. Par le choix de ses matériaux, Subodh Gupta emprunte donc au quotidien le plus terre à terre de son pays pour nous confronter à des sujets universels tels que la mort, le religieux, la précarité…

« Faith Matt » de Gupta

Autre objet dont il fait largement usage : la fameuse lunch box, boîte à repas incontournable en Inde où quatre-vingt dix pour cent de la population l’utilisent. Dans son installation mobile Faith Matters, il les accumule en hauteur en les faisant se déplacer sur des rails invisibles, tels la « skyline » en mouvement d’une mégalopole moderne. Les aliments voyagent, sont transporté d’une capitale à l’autre en un marché global dont certains, et peut-être en Inde plus qu’ailleurs, sont privés. En ce sens, l’art de Subodh Gupta, aussi spirituel soit-il, est aussi un art politique.

Bharti Kher : quand l’art nous regarde

À l’âge de vingt-quatre ans, Bharti Kher quitte l’Angleterre où elle est née de parents Indiens pour s’installer à New-Dehli. Confrontée à une culture aussi singulière que foisonnante, à l’effervescence d’une nation en pleine mutation, la jeune artiste peintre formée à Londres diversifie sa pratique. Elle aborde la sculpture, l’installation, et incorpore dans son travail nombre de matériaux nouveaux, dont celui qu’elle ne cessera pus de décliner : le bindi. Ce point de couleur que les Indiens arborent sur le front, entre les sourcils, est au centre de leur identité sociale et culturelle. Il peut être le signe de la femme mariée, mais figure aussi traditionnellement un troisième œil mystique, le point originel d’un principe universel de création. Ces derniers temps, il a peu à peu à peu pris des allures d’accessoires de mode, disponibles en différentes formes et couleurs.

Bindy by Bharti Kher

Pour Bharti Kher, la technique du bindi est devenu une sorte de langage codé. Il confère à ses compositions picturales sur panneaux ou sur verre des airs d’abstraction expressionniste, de même qu’il évoque des courants de l’histoire de l’art plus anciens, tels que l’impressionnisme et le pointillisme. Un « troisième œil » donc, qui multiplie les significations, s’impose comme un dispositif d’une grande variété visuelle et stylistique, et compose des « œuvres que l’on observe autant qu’elles nous regardent », confie Bharti Kher.

Bhart Kher: « Untiltled »

Par l’utilisation de ce motif central, l’artiste signale par ailleurs un besoin de changement social et questionne le rôle traditionnel des femmes dans la société indienne, tout en commentant avec ironie la marchandisation du bindi comme accessoire de mode.

Un autre Bindi de Bharti Kher

Dans une de ses œuvres les plus célèbres, I’ve seen an elephant fly, Bharti Kher reprend son motif emblématique sous la forme de spermatozoïdes appliqués en masse sur le corps d’un bébé éléphant en fibre de verre. « En Inde, explique-t-elle, on associe l’éléphant au rituel d’un temple hindouiste tout autant qu’au travail de force le plus trivial. Il est à la fois le symbole romantique d’une tradition spirituelle séculaire et celui des réalités économiques et mondialistes de l’Inde d’aujourd’hui. »

Bharti Kher, « Untitled »

Hugo se fait un film: mother!

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Chaque semaine, je vous propose de (re)découvrir une pépite du cinéma. Alors que la fête des mères approche, c’est le mother! de Daren Aronofsky que j’ai choisi de mettre à l’honneur.

Dès le titre, mother!, septième long-métrage de Darren Aronofsky (Requiem for a dream, Black Swan) laisse présager l’importance des signes. Pas de majuscule au début et un signe de ponctuation : les débuts et fins ne sont pas toujours ce qu’on attend. C’est bien de commencement et d’achèvement qu’il s’agit dans ce huis-clos confinant dans une belle maison perdue en campagne le couple a priori irrésistible que forment Jennifer Lawrence et Javier Bardem. De ses mains aimantes et juvéniles, elle a rebâti pièce par pièce, recoin par recoin le foyer familial qu’un incendie lui a arraché. Aucun d’eux n’a de nom, à l’instar des autres personnages qui viennent envahir peu à peu ce nid d’amour encerclé par une forêt tout aussi anonyme. D’entrée de jeu, nous sommes sans repères, et un peu inquiets, comme les premiers mots de la protagoniste. Apeurée de se trouver seul dans son lit au réveil, elle appelle sans conviction son homme : Baby? A l’image d’une bonne partie des plans du film collent à son buste et tournoient avec lui dans la maison, nous allons accompagner cette femme, qui dit à un moment essayer de construire le paradis, dans l’incompréhension.

Sortant comme par magie des bois épais, un homme, disant être médecin, fait irruption. Méprenant la demeure pour un gîte, il y entre, y fume, y boit, y vomit, et accapare l’attention de l’écrivain en manque de reconnaissance que campe Javier Bardem. Ce dernier révèle au docteur le secret de son inspiration : un mystique cristal, trouvé dans les cendres de sa maison d’enfance. Bon Hollywoodien qu’il est, le réalisateur nous tient la main : son film, c’est une histoire de symboles. Pour mieux perturber le calme que la maîtresse de maison peinera tout le film durant à établir, la femme du docteur fait son entrée. Sulfureuse, elle serpente dans la maison, s’aventure et brise par accident le cristal défendu. Suivent ses deux fils qui, à peine arrivés, se battent jusqu’à la mort, à la mode de Cain et Abel. Voilà pour la genèse du film.

Du sang, mother! en prodiguera autant que le Premier Testament.
Spoiler alerte: plein de gens aux allures de zombies meurent, et ça gicle dans tous les sens, Aronofksy ne se refusant pas le potentiel agitateur d’un bon vieux film d’horreur. Quel rôle attribuer à la protagoniste dans cette allégorie diabolique ? Sa condition de mère au foyer paraît inéluctable au point qu’elle entend battre son coeur dans les murs de la maison : elle est la mère-foyer. Elle peint, elle récure, elle fait le manger, tout ça pour que son mari puisse faire son art.
En panne d’inspiration, il lui fait un gosse à la place, et surprise et ça fait bander sa plume. Alors que le ventre de l’une grossit et que le texte de l’autre attire nombre d’admirateurs s’avérant des fanatiques vandales, les dialogues affublent les deux personnages de qualificatifs équivoques. Ceux qu’on peut désormais appeler « l’artiste » face à sa déesse vont se disputer le bébé. L’artiste veut montrer le fruit de sa semence divine, de sa pénétration de l’Inspiration à la foule en délire d’adoration-défonçage de maison, la déesse veut l’en protéger. Je ne voudrais pas gâcher la suite, mais disons qu’avec ce père aussi abstrait et adulé que l’idée de Dieu et cette mère aussi réelle et persécutée que Santa Maria, leur enfant est promis à un avenir… Aussi brûlant, violent et angoissant que celui de l’humanité et de la planète qui, envers et contre tout, l’abrite.

Aux quatre coins de l’écran comme aux quatre coins du globe, la tension et la chaleur monte à mesure que passe le temps. User de symboles permet d’aller plus vite, de se débarrasser des démonstrations et descriptions laborieuses (comme celles des climatologues qui peinent à se faire entendre). Dans l’accéléré d’histoire de l’humanité qu’est mother!, tout finit en flammes, tout est sacrifié. Tout, sauf le Poète, figure totalisante de la création. Qu’elle soit divine ou artistique, cette création ne peut exister sans la mère Nature, qui nourrit autant qu’elle inspire, inlassablement, du début à la fin, et dans un éternel recommencement. Le créateur est sauvé de l’apocalypse qu’ont amenée les pulsions de ses disciples.

 

On pourrait croire que la métaphore biblique est filée jusqu’au bout, car dans ici aussi, c’est l’amour qui sauve. L’amour infini, l’amour pénitence, l’amour sans retour de nos mamans et du Christ. Mais, Dieu merci, ce film n’est pas évangéliste. Là où la Bible sélectionne ceux qui échappent à l’apocalypse en les menant vers d’autres cieux, à la manière des transhumanistes de la Silicon Valley en passe de devenir des agences de voyage vers Mars, Aronofsky et sa chère mother! ancrent cet amour résilient, moteur de l’espoir de vie, en la mère-foyer.

Avec le dernier cri déchirant de cette dernière, le film se clôt pour nous rappeler la souffrance que nous, humains, lui avons causé et lui causerons encore.
Précieux joyau pour les amateurs de symbolisme, mother! dépasse de loin la douteuse catégorie « thriller psychologique d’horreur » où on le loge trop souvent. Hommage funèbre et furieux à une Terre Mère qui se meure pour nous permettre d’être, sinon des animaux, des poètes, le film d’Aronofsky est, comme les plus belles déclarations d’amour, une longue et délicieuse douleur.

FLOWER ART POWER

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Si le mouvement Flower Power a influencé toute une génération d’artistes à la fin des années 60, son esprit a depuis continué d’inspirer de nombreux créateurs et plasticiens. Parmi eux, le grand Takashi Murakami, Rebecca Louise Law et Kapwani Kiwanga. Portraits fleuris.

Rebecca Louise Law :  l’émotion d’une touche de peinture sur chaque pétale. 

Née en 1980, Rebecca Louise Law aurait sans aucun doute enthousiasmé la génération des flower children. Après avoir étudié la peinture à l’université de Newcastle, elle a délaissé ses pinceaux en 2003, « sans pour autant, dit-elle, avoir cessé de peindre. » Car ses pigments ont désormais été remplacés par des fleurs, et la toile par l’espace vide, parfois immense, dans lequel elle inscrit ses impressionnantes installations.

L’une de ses œuvres les plus marquantes, Community, a vu le jour au Toledo Museum of art, dans l’état américain de l’Ohio. Elle consistait en la suspension de plus d’une centaine de milliers de fleurs, certaines fraiches, d’autres séchées, cousues une à une à de longs fils de cuivre ruisselant des plafonds. Liberté est donnée au visiteur d’évoluer parmi cette luxuriance végétale, débauche sensuelle et délicate de couleurs, de textures et de parfums. La force de ses installations opère également en ce qu’elles s’inscrivent dans le temps qui passe. Ses tableaux vivants fanent, se décolorent, se dessèchent, et de cette fragilité naît l’émotion.

Cette relation très forte avec l’élément naturel, Rebecca dit l’entretenir depuis toujours. « Je me sens en paix et en sécurité dans la nature. Ses cycles en constante évolution me fascinent. Elle est une permanente célébration de la vie, et c’est ce que j’essaye de faire moi aussi : célébrer la vie. » Mais le bonheur que son travail lui procure n’en est pas moins soucieux. « Il est urgent que les gouvernements travaillent ensemble pour mettre fin à la cupidité industrielle et à la consommation forcenée, ou nous allons perdre notre magnifique monde naturel, confie-t-elle.

Nous devons ouvrir les yeux sur les problèmes sociaux, car si quelqu’un a du mal à vivre, il se peut qu’il ne se soucie pas de la terre. Il est vital de connaître son voisin et de l’aider si besoin est. Nous n’irons jamais de l’avant si nous n’avons aucune communication entre nous. »

Kapwani Kiwanga : l’Histoire humaine fane comme les fleurs

L’histoire mouvante, vulnérable, qui se fane vite et renaît, voilà ce qui intéresse Kapwani Kiwanga, une des jeunes artistes les plus célébrées du moment. Anthropologue de formation, cette franco-canadienne de 42 ans, née d’un père tanzanien, a raflé ces deux dernières années les plus prestigieux prix internationaux en art contemporain. Dans son œuvre la plus emblématique, Flowers of Africa, récompensée par le prix Marcel Duchamp 2020, son art hybride et novateur déploie un regard critique inattendu sur l’histoire des hommes.

La genèse de cette puissante installation trouve son inspiration dans le processus d’indépendance politique des pays africains. En universitaire rigoureuse, Kapwani mène avant tout un long travail de recherche documentaire. Elle s’intéresse en particulier aux très nombreuses reproductions photographiques des évènements liés au processus de décolonisation : sommets, congrès, discours et repas officiels… Mais au lieu de porter son attention sur l’histoire telle que nous sommes censés l’appréhender, elle préfère jeter son dévolu sur ce que l’on ne regarde pas : les décorations florales qui ornent discrètement ces évènements.

Sa démarche, particulièrement originale, fait coïncider l’histoire et la botanique : la recherche historique est doublée par celle, ethnobotanique, nécessaire à l’analyse de la composition florale de l’époque, et aux moyens dont disposera un fleuriste d’aujourd’hui pour la reconstituer le plus fidèlement possible. Flowers of Africa est une très poétique et fascinante réflexion sur l’Histoire. Non seulement elle élargit notre manière de voir celle-ci en y incluant d’autres éléments, végétaux en l’occurrence, mais elle nous suggère insensiblement que le passé n’a jamais la permanence qu’on veut bien lui donner, qu’il est vain de tenter d’écrire l’histoire dans le marbre. Les souvenirs et les monuments fanent tout autant que les fleurs.

Takashi Murakami ou l’insoutenable légèreté des fleurs

Crédits Getty Images

On ne présente plus l’artiste japonais Takashi Murakami, omniprésente figure de l’art contemporain. Sa prolixité est telle – quand bien même il dispose d’un atelier où des centaines d’assistants travaillent à la réalisation de ses œuvres – qu’il est difficile de ne pas passer à côté de son univers cartoonesque saturé de couleurs survitaminées.

Très vite, il adopte le motif foral qui, par sa planéité et la profusion de ses tons, mêle l’absence de perspective de la tradition picturale japonaise au divertissement frivole des mangas contemporains.

Mais derrière cette apparente superficialité se cache une aspiration plus profonde, à l’instar d’un autre artiste dont il revendique volontiers l’influence : Andy Warhol. En 1964, celui-ci exécute ses célèbres Flowers, sérigraphies kitsch travaillées par une dialectique de la nature et de l’artifice à l’ère de la reproduction mécanique. Les deux pièces de Murakami, Wahrol/Silver et Wahrol/Gold, leur font écho, rejoignant en cela les plus sombres préoccupations du célèbre Pop artiste.
On y perçoit la même critique ironique de la société de consommation. Mais aussi, à travers l’évocation de la fragilité de l’élément naturel, une conscience de l’impermanence des choses et de l’éphémère de nos existences. Comme si la gaieté assumée de ce thème végétal et de ces couleurs à foison devait nous renvoyer à l’inéluctabilité de notre fin prochaine.

ZE ARTIST OF THE MONTH : Jay-T.

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Every month, the redaction of Zeweed meets with an upcoming artist that we feel acts as an ambassador of weed culture. This month it’s Jay-t, a young Italian graphic artist working on visual puns around weed.

Can you give us a quick introduction to your work ?
I’m a graphic designer, or rather I studied graphic design. Jay-t is my « most artistic » alter ego, I really enjoy manipulating images, I almost always tend to create a visual association that can directly refer to the image you are looking at or visually create a totally new one.

How would you say weed has impacted your creative work ?
Certainly marijuana was not a predominant theme in the beginning, I am a fan of design, graphics, streetwear, art, music and whatever derives from it. I have been smoking marijuana for over 15 years, it is a « constant » element in my life, so it came very naturally to use weed as the main element in my work.

Where are you from and what’s the law regarding cannabis there ?
I am Italian, born and raised in Sicily, I now live in Milan. Well, the laws in Italy are tough for those who consume marijuana. Obviously in Italy smoking, selling and growing marijuana is illegal. It is really difficult even today to make people understand the potential of this plant.

What is your opinion on the matter ? What’s your personnal favorite ? 
I believe that here in Italy there is a strong desire by politics and the mafia to keep this business illegal for obvious economic interests. Legalization brought so many positive aspects, as seen in other nations, I think the best thing would be to legalize it and regulate the sale and cultivation.

Tell us about your best (weed) trip ?
I don’t know, I don’t have one in particular, but once when I was 17, I really smoked a lot, I don’t know how but I searched for more than half an hour the TV remote control until I found it inside the fridge!

When did you find and how would you define your personal touch ?
I don’t know if I’ve already found a personal touch, I still don’t want to identify myself with a style. I honestly cannot give an exact definition, it might seem very simple since the typographic part is missing, flat colors on the background, no background, but it is a direct style, many works do not even need typography, they express themselves.

Where do you draw your inspiration from ? 
To be honest I take inspiration from everything that I see, that I feel and that happens around me. Sometimes just a word is enough to illuminate me to create something, or often by listening to music or watching movies, to me everything can be an inspiration.

Who are the artists that influenced you the most ? 
The ones that influenced me the most were surely Tony Futura, SuckerTom, Paul Fuentes, Les Creatonautes and even Salvador Dalì with his surrealism. Obviously, as far as graphic works are concerned, I am influenced by totally different characters.

Do other forms of arts collide with yours ?
Yes, I really like working with wood, I have always helped my father work in the countryside. He transmitted his passion for bricolage and manual work to me. I tried to to paint with my girlfriend but unlike me she actuaklly knows how to paint, it seems that only strange abstractionisms come out when I try to paint.

Are you planning on having an exhibition soon ?
No, I’m not planning on it, but I’d love to be able to exhibit my work to the public, I hope one day to get the chance, for now Instagram is my gallery.

 

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