Pénurie Guérilla S01 E07 : Inflation, production locale et homegrowing.

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Frontières fermées, contrôles systématiques, échanges réduits au minimum, les mesures anti-COVID-19, si elles ralentissent la progression de l’épidémie, ont rapidement imposé une pénurie cannabique des plus malvenue en ces temps de coach-locking imposé. Six semaines après le début de la quarantaine collective, consommateurs et observateurs témoignent.

Lorsque le confinement a été annoncé le 16 mars, Claire* , institutrice et cannabis-enthousiaste, ne s’est pas précipitée dans son point de deal habituel comme beaucoup d’autres franciliens. La jolie professeur, qui fume tous les jours, comptait sur son stock habituel de weed pour passer un confinement tranquillou, un confinement qui ne devait pas durer plus d’un mois.
Mais lors du ravitaillement mi- avril, mauvais plan : « C’était devenu difficile de pécho et les prix avaient doublé ou triplé« . Par une commande groupée, elle et ses amis ont pu se faire livrer « 50 grammes d’herbe pour 720€, au lieu de 380€ habituellement« .
Écœurée par cette soudaine augmentation du coût de la weed, l’enseignante envisage, bon gré malgré, de « faire une pause« . Mais après 25 ans de biberon cannabique » ça va être assez contraignant« , concède Claire.  D’autant qu’avec le télétravail, elle a légèrement augmenté sa consommation, « comme en vacances » poursuit-elle. « Si les prix restent aussi élevés, il faudra que je trouve une solution.  On se regroupait pour acheter, on va peut-être mutualiser pour faire pousser. Si on fait ça à trois, ça amortit bien la mise de départ « .

« Quand t’as ce qu’il te faut, si tu fumes pas tu t’en fous. Mais le stress, c’est de rien avoir« , témoigne de son côté Louis*,  trentenaire et vendéen.
Louis,  qui  « achète à 90% de la weed  qui pousse localement« , est en revanche serein. « La fermeture des frontières, ça me touche pas« , explique le jeune homme dont certaines de ses connaissances commandent aussi sur le web. « Tout le monde dit que c’est la pénurie, mais il suffit de connaître les paysans du coin. » S’amuse-t-il.

Le bonheur serait-il dans le pré et la production nationale la réponse immédiate à la pénurie ?
Pas encore,  selon  Michel Gandilhon de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) qui précisait  dans un article de la revue spécialisée Swaps que la production (illégale)  de weed dans l’hexagone  n’est «pas suffisamment importante pour répondre à la demande nationale».

Face à cette pénurie qui s’installe dans une France championne européenne de la consommation de cannabis, c’est l’inquiétude du côté des  professionnels de la santé « certains fumeurs risquent de glisser vers ce qui est disponible, l’alcool et les anxiolytiques, qui ont un pouvoir addictogène beaucoup plus fort« , expliquait l’addictologue  William Lowenstein dans un article que nous avions publié le 4 avril. 
Une alternative éthylique et médicamenteuse qui n’a rien d’attirant et à laquelle un nombre croissant de Français répondent désormais par le homegrowing.
Témoin de cet engouement pour le jardinage, les banques et vendeurs de graines (Royal Queen Seeds , Zamnesia…) qui n’acceptent plus que des commandes supérieures à 50 euros et les longues files d’attente devant les grow-shop qui ont pu rouvrir.

Une situation qui ravit Pierrick , gérant de la boutique Hydrozone (Paris 17ème) qui n’a pas hésité à ouvrir un 1er mai : « les gens ont assez vite compris que ça allait être tendu. Et beaucoup de consommateurs, qui n’avaient jamais planté une graine,se mettent à la culture. Les packs tente/éclairage/extracteur, qui sont un peu le premier achat quand on débute, sont déjà tous en rupture de stock« .
« Bref, les affaires marchent plutôt bien » conclut Pierrick avant d’accueillir le client suivant, un quadra BCBG venu pour se renseigner…
Alors, le homegrowing, solution idéale avant la légalisation? C’est en tous cas l’avis de Claire, Louis et Pierrick.

*les prénoms ont été changés.

 

Alexis

Journaliste, peintre et musicien, Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles et à Londres pendant une dizaine d'année. Revenu en France, l'oiseau à  plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018.  Il est aujourd'hui en charge du bureau français.

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