Le Club des haschischins renaît de ses cendres.

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Après Gotan Project, Philippe Cohen Solal sort son nouvel album Paradis Artificiel(s). Un hommage musical au club des plus grands artistes du XIXème siècle.

Philippe Cohen Solal est le fondateur du label ¡Ya Basta! et membre du trio Gotan Project ( pari insencé entre le tango et la musique électronique).
Country, bluegrass, house, tango, funk, folk, autant de gouts pour la musique que pour ses projets.
L’éclectisme est chez lui une habitude, la musique un devoir. Alors si vous alliez les deux il se peut que des projets ébahissants naissent, c’est le cas de son nouvel album: Paradis Artifiel(s)

Rencontre dans son studio parisien. L’artiste qui arbore habituellement un costume trois-pièces et un chapeau haut de forme se trouve être en jean, basket et chemise. Il a la main tendue et le sourire facile, tout semble pour le mieux.
Première question, assez simple mais il faut bien commencer quelque part: Comment on décide d’avoir une approche musicale face au club des haschischins?
Il me dit que c’est facile, je suis comme les paroles d’une chanson de Bashung, je laisse le vent du soir décider.
Le vent décide donc pour lui et l’amène dans les contrées Beaudelairienne du XIXème siècle.
Hasard total donc, enfin pas tant que ça. C’est un ami qui lui parle de l’île Saint-Louis et de son histoire.
Il y découvre les périples du docteur Moreau de Tours qui tout droit de l’Orien, décide de ramener à Paris une cargaison de haschich pour y étudier ses vertus psychotiques.
Il décidera ensuite d’ouvrir en 1843 avec l’aide du peintre Fernand Boissard un club dédiée aux amateurs de cannabis.
Mondains, bohèmes, artistes, sentimentales, tous s’y retrouveront pour explorer l’inconscient.
On y comptera dans les rangs la simplicité de la crème de la crème: Baudelaire, Théophile Gautier, Alexandre Dumas, Flaubert, Delacroix, Victor Hugo….
Dans ces réunions hebdomadaires, les expériences se succèdent.
On y va bien sur à jeun pour se tartiner une confiture de haschich le  » dawamesk » avec du café turc. Un improbable gouter qui aura pour nom fantasia, là où les membres prennent le temps de se perdre dans la légèreté des soirées enfumées.

À l’écoute de cette histoire, Philippe Cohen Solal est conquis, il y décèle tout de suite l’excentricité qui émane de ces fêtes: il imagine un endroit où musique, littérature et peinture se fondent. Il décide donc à son tour de rallumer la flamme du club des haschichins.
En mars 2017, lors du Paris Music Festival et par l’entremise de son directeur Patrick Godevais, Philippe.C.S se voit attribuer pendant 4 jours les clefs de l’inaccessible hôtel de l’ile Saint-Louis.
Il y convoque sous sa tutelle Marie Modiano et Chassol, Maia Barouh et Olaf Hund, Elodie Bouchez et Patrick Bouchitey, le plasticien argentin Tasisto et l’écrivain Sélim Nassib pour y concevoir une série de spectacles.
Chaque performance est différente, leur créativité répond à l’expérimentation . Un seul fil conducteur: les textes de Baudelaire et Gaultier.
Le temps des 4 jours, c’est une ambiance hors du temps qui tapisse les murs du vieil appartement, la richesse des arts s’immisce: le Club des haschischins du XXI siècle venait de naitre et l’idée d’un nouvel album aussi.

Direction les studios pour l’enregistrement. De manière intuitive, Philippe.C.S choisit méthodiquement dans l’oeuvre de Baudelaire et de Gaultier des textes pour leurs côtés solaires et lumineux à l’instar de la couverture de son album qui est ornée de fleurs tropicales aux couleurs claires.
L’artiste met un point d’honneur sur un album chill out, rien d’agressif, quelque chose que l’on pourrait écouter aux prémisses d’une fête.

J’avais le désir que cet album puisse être écouté sur une plage face au coucher de soleil avec un bon cocktail et un bon joint sur n’importe quel endroit de la planète.

L’objectif de cette nouvelle œuvre est d’établir un lien entre la poésie du XIXème siècle et la musique du XXIème.
Rien n’est ancien, tout est actualité pour le musicien : Ce n’est pas parce que c’est vieux que c’est moins bien.

Il y a une volonté de transmission dans cet album, transmettre ce que j’ai appris et donner goût aux magnifiques textes des poètes de notre littérature. Aujourd’hui les rayons poésies à la Fnac sont ridicules, bien plus petits qu’à mon époque.

En voulant savoir quel est le texte qui a donné à Philippe.C.S cet indicible goût qu’ont les passionnés pour la poésie, je reçois comme réponse qu’il n’y en a pas. C’est la vie de Baudelaire, unique et déconstruite, qui l’a touché. Un dandy assez incroyable avec ses faiblesses, qui n’a jamais arrêté de déménager à travers le décor parisien.
Le dernier morceau de l’album,  »Rue de Baudelaire » est juste une énumération du nom des rues ou il vivait: de la première à la dernière rue du Dôme.
Le morceau retrace l’errance d’un poète qui n’avait jamais assez d’argent pour payer ses loyers. Ses quelques fortunes furent dépenser en œuvres d’art.
Voila donc la définition de la faiblesse d’un homme face à la force de son œuvre.

Il semblait anormal dans une discussion comme celle-ci de ne pas aborder le cannabis.
Pour Philippe.C.S l’herbe est comme le bon vin, ça se déguste. L’ivresse est un droit qu’il faut équilibrer comme avec n’importe quoi et si aujourd’hui le cannabis est fixé dans nos mœurs sociales de manière totalement négative, il est aussi la porte du soulagement, de la créativité et du partage.
La fameuse confiture était bien présente lors des 4 jours de concerts sur l’ile Saint-Louis (le club des haschischins sans haschich manquerait plus que ça..).
Un morceau de l’album fut composé pendant une nuit de manière  »quasi-fumante » (à vous de deviner lequel).
Philippe.C.S fume depuis qu’il a 13 ans, n’a jamais été addict à aucune drogue. Il ne s’en cache pas j’aime bien l’expérimentation, j’aime pas la dépendance
Si je lui rappelle les paroles d’un copain  »être ivre, ce n’est pas être ivrogne » , Philippe.C.S hoche la tête de haut en bas et regrette son interdiction aujourd’hui.
Il trouve incroyable le fait que cette hypocrisie persiste à l’heure actuelle alors que la Californie, le Colorado et depuis peu le Canada acceptent l’usage récréatif du cannabis.
Les bienfaits de cette dépénalisation seraient un soulagement pour de nombreux sujets. Il m’énumère quelques arguments classiques mais incontestables: régulation de la vente chez les plus jeunes, diminution de la criminalité, création d’emplois et un apport monétaire important pour l’État.

Fin de l’entretien, Philippe.C.S se lève de sa chaise en soufflant, il a extrêmement mal à l’épaule et se fait opérer demain. Je lui conseille le CBD, cette molécule du cannabis interdite par la loi mais qui soulage incontestablement les douleurs. Il sourit et me dit que c’est ce qu’il fait, ça lui fait un bien fou, bien mieux que la morphine ou les antidouleurs que l’on peut trouver sur le marché.
Il me tend finalement sa main et ses derniers mots:
Le Club des haschischins est surement ce qu’il y a eu de plus moderne en France. Trouvez-moi aujourd’hui un événement qui fait venir autant de gens intéressants dans un seul et même endroit et où l’on peut tester, essayer des choses dans un unique objectif qu’est la création artistique…En tout cas si ça existe je veux bien m’inscrire.

Lecteurs, Philippe Cohen Solal n’attend plus que vos suggestions.

Jacob

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Chef de rédaction du média, il voit le cannabis comme étant Ze sujet actuel, et reflet d'une société canadienne qui continue à muter. 

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