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« Le Club des Haschichins » de Théophile Gauthier.

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Pendant des siècles la France et le chanvre ont filé le parfait amour. En attendant que l’Etat et la plante se réconcilient, Zeweed vous invite à parcourir les plus belles déclarations d’amour faites au cannabis au pays des lumières. Cette semaine, Zeweed rend hommage à Théophile Gauthier et son Club des Haschichins.

Crée en 1843, le Club des Haschichins était un salon fréquenté par les plus grandes figures de la littérature française du XIXème. C’est dans le luxueux cadre de l’Hôtel de Lauzun que Flaubert, Hugo, Dumas (fils), Nerval, Rimbaud et Baudelaire se donnaient rendez-vous pour s’adonner à la consommation de Dawamesc : une confiture orientale faite de sucre, d’épices et de haschisch.

L’hotel (très) particulier de Lauzun

Théophile Gauthier, fondateur du salon nous en livre un extraordinaire récit dans sa nouvelle Le Club des Haschichins, publiée dans la Revue des Deux-Mondes du 1er février 1846 :
« Au bout de quelques minutes, un engourdissement général m’envahit ! Il me sembla que mon corps se dissolvait et devenait transparent. Je voyais très nettement dans ma poitrine le haschich que j’avais mangé sous la forme d’une émeraude, d’où s’échappaient des millions de petites étincelles. Les cils de mes yeux s’allongeaient indéfiniment, s’enroulant comme des fils d’or sur de petits rouets d’ivoire qui tournaient tout seuls avec une éblouissante rapidité. Autour de moi, c’étaient des ruissellements et des écroulements de pierreries de toutes couleurs, des ramages sans cesse renouvelés, que je ne saurais mieux comparer qu’aux jeux du Kaléidoscope; je voyais encore mes camarades à certains instants, mais défigurés, moitié hommes, moitié plantes, avec des airs pensifs d’ibis, debout sur une patte; d’autruche, battant des ailes, si étranges que je me tordais de rire dans mon coin, et que pour m’associer à la bouffonnerie du spectacle je me mis à lancer mes coussins en l’air, les rattrapant et les faisant tourner avec la rapidité d’un jongleur indien. L’un de ces messieurs m’adressa en italien un discours que le haschich, par sa toute-puissance, me transposa en espagnol. »

Théophile, le parfait amour avec le haschich.

Cette exploration parfois humoristique du fonctionnement de la psyché ou de notre inconscient offre, via une réceptivité démultipliée, une perception nouvelle du monde:
« Dans un air confusément lumineux, voltigeaient, avec un fourmillement perpétuel, des milliards de papillons dont les ailes bruissaient comme des éventails. De gigantesques fleurs au calice de cristal, d’énormes passeroses, des lis d’or et d’argent montaient et s’épanouissaient autour de moi avec une crépitation pareille à celle des bouquets de feux d’artifice. Mon ouïe s’était prodigieusement développée ; j’entendais le bruit des couleurs. Des sons verts, rouges, bleus, jaunes, m’arrivaient par ondés parfaitement distinctes. Un verre renversé, un craquement de fauteuil, un mot prononcé bas, vibraient, retentissaient en moi comme des roulements de tonnerre; ma propre voix me paraissait si forte, que je n’osais parler, de peur de renverser les murailles ou de me faire éclater comme une bombe. Plus de cinq cents pendules me chantaient l’heure de leurs voix flûtées, cuivrées, argentines. Chaque objet effleuré rendait une note d’harmonica ou de harpe éolienne. »

Cette littérature hallucinogène de Théophile Gautier décrivait avec précision l’action physique et psychique produite par le cannabis ingéré à haute dose, opérant un lien entre conscient et inconscient (auto-psychanalyse), amplifiant nos sens et notre perception de l’espace-temps.

« Jamais béatitude pareille ne m’inonda de ses effluves; j’étais si fondu dans le vague, si absent de moi-même, si débarrassé du moi, cet odieux témoin qui vous accompagne partout, que j’ai compris pour la première fois quelle pouvait être l’existence des esprits élémentaires, des anges et des âmes séparées du corps. J’étais comme une éponge au milieu de la mer : à chaque minute, des flots de bonheur me traversaient, entrant et sortant par mes pores ; car j’étais devenu perméable, et jusqu’au moindre vaisseau capillaire, tout mon être s’injectait de la couleur du milieu fantastique où j’étais plongé. Les sons, les parfums, la lumière m’arrivaient par des milliers de tuyaux minces comme des cheveux, dans lesquels j’entendais siffler des courants magnétiques. A mon calcul, cet état dura environ trois cents ans, car les sensations s’y succédaient tellement nombreuses et pressées que l’appréciation réelle du temps était impossible. — L’accès passé, je vis qu’il avait duré un quart d’heure. »
Son ami de voyage Charles Baudelaire avait noté dans ses carnets que le cannabis étirait le temps. L’observation, confirmée par le fondateur du Club des Haschishins, trouvera ensuite une autre résonance: celle de la postérité littéraire.

A la semaine prochaine pour un nouvel épisode de l’Histoire du chanvre!

Alexis Chanebau

 

Ecrivain, historien et encyclopédie vivante de l’histoire du cannabis , Alexis Chanebau a écrit plusieurs livres sur la belle plante dont le remarquable ouvrage « Le chanvre, du rêve aux mille utilités!« , disponible sur ici sur Amazon

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Passionné d’histoire et d’écologie, Alexis Chanebau est un puit de science cannabique, une encyclopédie vivante de la belle plante. Auteur de plusieurs ouvrages remarquables dont l'indispensable « Le chanvre (cannabis), du rêve aux mille utilités », il collabore régulièrement pour Zeweed.

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