Do Weed Yourself: Le boom de l’auto-culture en France

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Travail à domicile, école à domicile, loisirs à domicile, 20h00 à domicile, 2020 aura été l’année du fait maison. Loin d’échapper à la règle; le cannabis, dont nombre d’aficionados se sont tournés vers le home grown. Un engouement pour l’horticulture à usage personnel très suivi en France, pays aux 5 millions de consommateurs réguliers.

Galères d’approvisionnement, flambée des prix, longues journées passées entre quatre murs… La pandémie de Covid, ses confinements et couvre-feu successifs auront incité nombre de consommateurs à se lancer dans la culture à domicile.
A Ivry, en banlieue parisienne, Louis* s’apprête à voir trois mois de patience récompensés. Dans quelques jours, il pourra faire sa toute première récolte. Des deux pieds de cannabis secrètement plantés chez lui dans une tente de culture, Gorilla Glue et Critical Haze auto. Le trentenaire espère en tirer « environ 100 g une fois séchée » .
Pouvoir fumer une herbe de qualité et ne « plus avoir à se rendre au four » (lieux de deal dans les quartiers), Louis y pensait depuis deux-trois ans.
Alors quand en mars dernier l’État l’a astreint à résidence, comme 68 millions de ses concitoyens, il est passé à l’acte.
En avril, il commande sur le net des lampes LED, une tente, un filtre à charbon et un extracteur, le primo-kit nécessaires à la croissance de la belle plante. Sur un autre site, il trouvera le terreau, les engrais et les graines. Le terreau, l’engrais et les graines viennent d’Espagne, le matériel horticole de France et d’Allemagne.
Pour son installation, Louis a dépensé « environ 400 euros« . Un investissement très vite amorti en ces temps de déplacements ultra-restreints et de verbalisation tout azimuts.

Ça devient chaud au four.

Depuis le 1er septembre, une amende forfaitaire de 200 euros pour les consommateurs à été mise en place par le gouvernement Castex, avec obligation de résultat de la part des forces de l’ordre.
« Déjà, j’essayais d’éviter d’aller pécho au four parce que franchement, avec le confinement, c’était tendu. Mais là avec l’amende, acheter à l’extérieur, j’ai laissé tomber. Si en plus tu te fais allumer à la sortie du four, c’est même pas la peine. Et les mecs qui livrent à domicile sont bien trop cher : de 12 à 15 euros le gramme« , explique ce jovial graphiste au cheveux longs et au look raffiné. « 2020, ça a été pour moi l’année du déclic pour la weed-autarcie. On ne sait pas comment va évoluer la situation, si on va être reconfinés en janvier, en février… On sait pas où on va, du coup, j’ai choisi de prendre les devants ».

 
Audrey*, qui cultive son cannabis depuis plusieurs années pour soulager les inconvénients liées à sa trithérapie, a vu son intérêt pour la botanique planante prendre une dimension nouvelle durant la crise de la Covid-19.
« Dès le premier confinement, en mars-avril, une vingtaine de personnes que je n’avais pas vu depuis des lustres m’ont recontacté » raconte cette quadragénaire atteinte du VIH. « Certains voulaient savoir où poser leur chambre de culture, à quelle hauteur positionner les lampes, d’autres comment ne pas avoir d’odeur de weed dans leur appartement. Pendant deux mois, j’ai fait hot-line pour growers en herbe ». 

Les growshop sous haute surveillance

L’auto-culture n’a pas non plus attendu une pandémie pour s’imposer dans l’Hexagone.
Parce qu’elle contribue à répondre aux besoins des Français (5 millions d’usagers dans l’année et 900.000 fumeurs quotidiens), les commerces et plateformes en ligne destinées à l’auto-culture étaient déjà en place.En 2017, 7 % des consommateurs réguliers de cannabis de 18 à 64 ans confiaient déjà fumer leur propre production, selon le baromètre de Santé Publique France. Soit « entre 150 à 200.000 personnes », précise le sondage. En 2019, il était passé à 11%.


Pour répondre à la demande, le nombre de « growshops », ces magasins spécialisés dans la vente de matériel destiné à cultiver de la weed, a quintuplé depuis 2009 pour atteindre 350 enseignes en 2019
Un fleurissement de growshop qui n’a pas été sans attirer l’attention des autorités. Fin juin, c’est quelque 960 pieds de cannabis qui ont été saisis chez une centaine de cultivateurs dans la Marne et l’Aube. Les forces de l’ordre avaient repérés les cultivateurs en herbe en surveillant trois « growshops » où ils se fournissaient. Puis les gendarmes les ont tout simplement pisté jusqu’à leur lieu de production.
Si  Louis assure ne faire pousser que sa « conso perso’« , il sait que le risque existe. Prudent, l’apprenti grower de weed a pris ses précautions en adoptant la technique du SCROG, qui lui permet de maximiser le rendement avec seulement deux plants en terre. « Si un jour la police vient frapper à ma porte, j’imagine que ça limitera les dégâts« .

 

 

Alexis

Journaliste, peintre et musicien, Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles et à Londres pendant une dizaine d'année. Revenu en France, s’est posé en 2018 sur la branche ZeWeed, où il est désormais directeur des rédactions 

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