Gainsbourg, Reggae, Rita Marley,

Gainsbourg, Reggae et Révolution

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Enregistré en 1978, « aux Armes et Caetera » est l’album révolutionnaire de Gainsbourg. Révolutionnaire parce qu’enregistré sur du Reggae, qui avec le Punk est la musique émergente et contestataire de cette fin 70’s. Révolutionnaire aussi pour Gainsbourg qui se frotte ici à un style aux antipodes de son répertoire Jazz-Pop-Rock habituel. Révolutionnaire enfin pour sa reprise de la Marseillaise, qui lui aura valu toutes les foudres bien-pensantes d’une bonne partie de la France .

Alors qu’il vient de finir l’enregistrement de « l’Homme à Tête de Chou » , Serge Gainsbourg cherche un élan nouveau pour son prochaine album, qu’il veut « contestataire voir révolutionnaire »*.
En cette année 1978, le mouvement Punk explose avec des groupes comme les Ramones, Television, The Clash, Patti Smith ou encore les Sex Pistols. Cette fraîcheur séduit Serge Gainsbourg qui se voit bien enregistrer un album dans le style.

Il commence ainsi à élaborer son projet Punk-Rock, concevant tout d’abord la pochette de l’album (une photographie de Lord Snowdon où Gainsbourg pose sur une dune ).

Six mois plus tard, « Aux armes et Caetera » sera dans les bacs, mais dans un genre musical très différent.
C’est en sortant d’un concert à l’Elysée Montmartre que son producteur Philippe Lerichomme a une révélation: le prochain album de Serge doit être Reggae!

Réponse de l’intéressé à l’inattendu proposition: «Banco!»*.
La réponse est tout aussi inattendue de la part de Gainsbourg, qui n’a jusque lors que timidement approché le genre (sur le titre Quand Marilou danse Reggae qui figure sur « l’Homme à Tête de Chou ») et ne se sent pas d’en assurer la composition sur tout un album.

Serge en bonne compagnie et avec son producteur Philippe Lerichomme (en bas à gauche, casquette blanche)

Il faut donc trouver des musiciens. Ces musiciens, Lerichomme en fera le casting à distance en écumant les 33 tours du magasin  « Champs Disques »,  Mecque du vinyle importé, sis avenue des Champs-Elysées.
Une fois les musiciens trouvés Gainsbourg et Lerichomme s’envolent pour la Jamaïque.

Lost in Jamaica

Si le duo a une liste d’artistes qu’ils souhaiteraient intégrer au projet, aucun des musiciens en question n’a confirmé sa présence pour l’enregistrement de cet album dont seul la pochette et le titre « Aux Armes et Caetera » sont définis.
Les deux compères arrivent à Kingston en parfaits inconnus, à tel point qu’à la signature du contrat, le bassiste Robbie Shakespaere était convaincu que Lerichomme était le chanteur et Gainsbourg son producteur*.

Quelques jours plus tard, Gainsbourg et Lerichomme entrent en studio et reçoivent un accueil glacial. Il faut dire que les deux parisiens n’ont pas la tête de l’emploi. Voyant qu’on le prend pour un clown à grandes oreilles, Serge Gainsbourg s’installe au piano et entame quelques accords, dont ceux de « Je t’aime … moi non plus ». Un des musiciens présent reconnait la chanson et lui demande qui l’a écrite. Lorsque Gainsbourg répond fièrement «C’est moi»* , l’ambiance se détend instantanément: Serge est dans la place. S’en suivra une semaine d’enregistrement continue et deux journées de prise de back-up vocals avec les I-Threes (Marcia Griffiths, Judy Mowatt et Rita Marley), les trois choristes de Bob Marley.

Serge est dans la place, avec les I-Threes, (Rita Marley sur la gauche, bandeau bleu)

En moins de deux semaines, la musique de l’album est enregistrée. De son coté, Gainsbourg peine à écrire les textes qu’il souhaite poser dessus. Est-ce la fatigue ou l’effet de l’herbe locale? Toujours est-il que Gainsbourg propose des paroles qui de l’aveu du producteur « partaient dans tous les sens »*.
Durant le vol qui les ramène en France avec les musiciens, Lerichomme retouche les paroles. Arrivé à Paris, Gainsbourg passera 48 heures en studio pour poser les textes sur les précieuses bandes enregistrées en Jamaïque.

Premier disque d’or

Aux Armes et Caetera sera le premier disque d’or de Serge Gainsbourg.
Parmi les meilleurs titres, la nonchalante revanche esthétique de « Des Laids, des laids » et les échos en coeurs des I-Threes, le joli bras d’honneur de « La brigade des stups« qui sent le vécu (À la brigade des stups/Je suis tombé sur des cops/Ils ont cherché mon splif/Ils ont trouvé mon paf ) et la belle charge contre le KKK de « Relax Baby Be Cool » (Le clan, le clan la cagoule/autour de nos le sang coule/A la morgue il y a foule/Relax baby be cool).
Présent aussi sur l’album, deux belles reprises reggae de titres composés par Gainsbourg  « Vieille Canaille« et  « La Javanaise remake »

Mais c’est une autre reprise, celle de la Marseillaise, avec « Aux armes et Caetera » qui fera rentrer l’album dans la postérité. Un détournement qui passa très mal en 1978: Gainsbourg sera interdit de concert à Strasbourg, à la suite de pressions d’un groupe de militaires parachutistes (et para-facho) retraités. Pas dégonflé, le grand Serge entonnera l’hyme national, point levé, devant des militaires qui n’en reviennent pas.

 

Trois ans plus tard, Gainsbourg remettra le couvert en enregistrant un second album Reggae, toujours avec Sly Dunbar, Robbie Shakespeare et les coeurs des I-Threes. Ce sera « Mauvaises Nouvelles des Etoiles ». Vraiment qu’un fumeur de Gitanes?

 

*Anecdotes tirées du livre Gainsbarre, les secrets de toutes ses chansons 1971-1991, Ludovic Perrin, Hors Collection.

Journaliste, peintre et musicien, Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, New York ou Londres pendant une dizaine d'années. Revenu en France, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il en est directeur des rédactions.

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