Cannabis: la danse du ventre d’Emmanuel Macron

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En janvier 2020, Emmanuel Macron envisageait du bout des lèvres la légalisation de l’herbe. Six mois plus tard, Gérald Darmanin faisait du cannabis l’ennemi publique numéro 1. Depuis, alors que le ministère de l’Intérieur multiplie les interventions à l’encontre des points de deal et des usagers, deux députés LREM assurent que le candidat Emmanuel Macron portera finalement la légalisation du cannabis aux présidentielles de 2022.
Le coup du good cop/bad cop?

Carotte

Nous sommes le 4 septembre 2016. Emmanuel Macron vient de quitter son poste de ministre du Budget, de l’Industrie et du Numérique pour se lancer dans la course à la magistrature suprême. Lorsqu’arrive la question du cannabis dans une interview sur France Inter largement relayée, il estimera que  “la légalisation a une forme d’efficacité“, faisant les yeux doux aux 3,9 millions de consommateurs que compte l’hexagone. Entre 2017 et 2019, le 8ème président de la Vème jouera la montre. En juin 2019, alors que de nombreuses personnalités réclament la légalisation de l’herbe, une Mission d’Information parlementaire sur les usages du Cannabis (MIC) est crée.
De quoi temporiser: pour le volet portant sur le cannabis récréatif, les travaux dureront deux ans .
En janvier 2020, face à la gronde des gilets jaunes dont 61 % des sympathisants sont favorables à la légalisation, Emmanuel Macron charge Gabriel Attal de larguer du leste. Interrogé le 15 janvier 2020 par Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, le secrétaire d’État à la Jeunesse et à l’Éducation de l’époque avait affirmé être “favorable à un débat” précisant que “la France est un des pays les plus répressifs et en même temps un des pays où les jeunes fument le plus, notamment en Europe. C’est un sujet qui mérite un vrai débat”. 

Bâtonnage

En juin 2020, tandis que les français retrouvent un semblant de liberté, un nouveau gouvernement est formé. Gérald Darmanin est nommé ministre de l’intérieur. C’est le début du tout répressif et du tout bénéf’: en septembre est mise en place l’amende délictuelle à 200€ pour les consommateurs de cannabis. Le locataire de la place Beauvau fait alors du traffic d’herbe sa priorité, à grands frais pour le contribuable comme pour les enthousiastes de la weed avec un slogan assumé  hors de question de légaliser cette merde”. Une directive du ministère de l’Intérieur, envoyée en novembre 2020 à tous les commissariats de France, impose une obligation de résultat quant au  nombre d’amende délictuelle dressées. C’est le début du “bâtonnage” (terme qui dans le jargon policier désigne un quota de verbalisation minimum).
Le 18 avril, alors qu’une majorité de français est pour la légalisation, Emmanuel Macron joue l’ambiguïté en appelant à “lancer un grand débat national sur la consommation de drogue et ses effets délétères“.
En mai, la mission d’information parlementaire sur les usages du cannabis rend sa copie et recommande la légalisation du cannabis.

En marche arrière

C’est par la voix de deux députés LREM que l’exécutif entamera son second virage à 180°. A une semaine d’interval, dans deux interviews accordées à Zeweed, Caroline Janvier et Jean-Baptiste Moreau annoncent que le candidat Macron portera la légalisation du cannabis dans le cadre de son programme pour les présidentielle de 2022. “Ce serait sous forme d’un référendum, dès les premiers mois suivant son élection” a détaillé le député de la Creuse et rapporteur de la MIC Jean Baptiste Moreau.
De son coté, Caroline Janvier, député LREM de la 2nde circonscription du Loiret, a sorti début juin un livre pro-légalisation publié chez Point d’Orgue, maison d’édition rattaché au mouvement LREM. Fin juillet, “Les Jeunes avec Macron” exprimaient leur volonté d’en finir avec la prohibition cannabique.
En même temps, le ministère de l’Intérieur continu de multiplier les interventions et verbalisations pour consommation de cannabis, affichant quotidiennement des résultats qui ne trompent personne . “Quand un point de deal est fermé, trois autres ouvrent le lendemainnous confiait récemment le député François-Michel Lambert. Pour l’élu des Bouches du Rhône, les motivations de Gérald Darmanin sur le dossier cannabis  “tiennent plus de la posture politique et morale que de l’intérêt publique.
Démagogie électorale? Rien de surprenant en cela. Reste à savoir combien de temps Emmanuel Macron tiendra la délicate position du grand écart.

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Journaliste, peintre et musicien, Kira Moon est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a emmené à travailler à Los Angeles et Londres. Revenu en France, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il en est aujourd'hui le rédacteur en chef.

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