Flying high à bord du Starship

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Le Starship, c’est le Boeing 720 qui transporta les plus grands groupes de rock entre 1973 et 1977. Entièrement refait pour répondre aux besoins de ses turbulents passagers, théâtre de tous les excès, le « Party Plane » contribuera à forger l’image de groupes comme Led Zeppelin, les Allman Brothers ou Deep Purple.

Les années 1970 verront l’avènement des Rock-Stars. Suivies par des hordes de groupies, ces nouvelles idoles des jeunes jettent des téléviseurs du 10e étage des hôtels, en saccageant consciencieusement les chambres et roulent à tombeau ouvert dans de sublimes bolides qui finissent rapidement à la casse ou dans une piscine.
C’est aussi l’époque où les tournées aux Etats-Unis deviennent de plus en plus longues avec des dates dans beaucoup de villes moyennes, et où les musiciens passent de plus en plus de temps dans des bus ou des vols moyen-courrier, avec tous les tracas que cela suppose (perte ou retard de bagages, déboires avec la police ou les populations locales, fouilles complètes à l’aéroport etc).

Led Zeppelin en 1973, les premiers locataires du Starship.

A Starship is born

En 1973 le chanteur Bobby Sherman et son manager rachetèrent à United Airlines un Boeing 720 dans le but de le convertir en jet pour les tournées et de le louer.
C’est ainsi que naquit le légendaire « Starship ».
Acheté pour 600.000 $, cet avion de ligne de 138 places fut complètement remodelé à la demande de ses nouveaux propriétaires pour accueillir le rock’n roll lifestyle (40 places après la transformation). Après 200.000 $ de travaux de rénovation le Starship offrait une cabine centrale avec un canapé de 10 m de long, un téléviseur et un magnétoscope, avec une collection de video K7 qui allait des Marx Brothers à Deep Throat, un bar avec un orgue électronique, une suite avec un waterbed king size et des couvertures en fausse fourrure, et même une fausse cheminée.

Le premier groupe à louer le Starship fut Led Zeppelin, nous sommes en 1973.
Le manager du groupe, Peter Grant, avait décidé dès la formation du groupe que pour arriver au sommet il fallait d’abord conquérir les Etats-Unis. Grant se démena pour assurer un maximum de dates dès la 1ère tournée, en 1969, tout en maintenant la presse à l’écart. Il refuse sciemment toutes les demandes d’interviews pour laisser les musiciens cultiver le mystère. Mais ces tournées, très longues et aux multiples dates n’étaient pas de tout repos pour ces musiciens brit’ aux cheveux longs, pour ces fumeurs de weed paumés dans le Midwest où les habitants sont peu versés dans la mouvance hippie (on pense au film Easy Rider sorti la même année et à sa fin tragique).

Le party plane des Stones, Led Zeppelin, Bob Dylan et Elton John

A ces premiers inconvénients, il faut ajouter les fréquentes turbulences aériennes que subissent les petits monomoteurs à hélice qui étaient généralement utilisés. Ceux-là mêmes qui coutèrent la vie à Buddy Holly, Otis Redding, Glenn Miller ou Stevie Ray Vaughan.
Lorsque Led Zeppelin inaugure le Starship, c’est un des plus grands groupes de rock du monde.
C’est la fin des innombrables arrêts dans les motels:  le Starship ramène  tous les soirs le groupe et son entourage à L.A, où la fête commencée à bord se poursuit dans les bars du Sunset strip ou au Hyatt Hotel , surnommé le «Riot House».

Le Starship était devenu le nouveau standard pour les rock-stars et fut utilisé (entre autres) par : les Rolling Stones, Deep Purple, John Lennon, Alice Cooper, Bob Dylan & the Band, Peter Frampton, les Allman Brothers, les Bee Gees ou encore Elton John.
Ce dernier, qui avait loué le Starship pour sa tournée US de 1974, s’était retiré dans la suite de l’avion pour faire une sieste. En se réveillant, il eu la surprise de trouver Stevie Wonder chantant « Crocodile Rock »  au piano situé derrière le bar.

Les Stones, toujours plus haut.

Lorsque le groupe Allman Brothers Band entra dans le Starship pour leur tout premier trajet ils furent accueillis par un « Welcome Allman Brothers » écrit en lignes de cocaine par les précédents occupants: Led Zeppelin.
Quand les Rolling Stones louèrent le Starship pour leur tournée « STP », alors qu’il découvre l’intérieur de ce Las Vegas volant,  Mick Jagger s’exclamera « it’s very tacky » (c’est très tape-à-l’oeil). Ce sera le seul à se plaindre, les autres groupes adulant le « party plane ».
Peter Frampton, lui, racontera que ses musiciens avaient pris l’habitude de dissimuler leur stock de weed dans leurs sacs de linge sale pour échapper aux contrôles des chiens renifleurs des douanes.

« C’est de mauvais goût » (Mick Jagger à propos de la décoration de la cabine)

Le Starship symbolisera aussi l’isolation croissante des rock-stars durant les 70’s.
Un ancien dirigeant d’Atlantic Records se souvient qu’à l’issue d’un concert de Led Zeppelin à Minneapolis, le guitariste Jimmy Page était déjà en train de se faire servir un homard Thermidor à bord du Starship sur la piste de décollage alors que la foule en délire réclamait un rappel dans le concert qu’il venait de quitter.
Il était fréquent pour les musiciens de s’engouffrer depuis leur hôtel en peignoir dans une limousine, direction le Starship, dans lequel ils prolongeaient leurs courtes nuits.
Pour les Rolling Stones en 1975, le Starship avait un avantage: celui de réveiller Keith Richards avant chaque concert, dans une période où il s’enfonçait de plus en plus dans la dope.

Elton John, perché sur le tarmac.

1977 fut la dernière année de bons et loyaux services du  Starship, avec la tournée de Led Zeppelin puis de Peter Frampton (celle de l’album « Frampton Comes Alive »).
On raconte que pour beaucoup de managers de groupes de rock le Starship était un indicateur de leur position dans le music business. Il était fréquent d’inviter des journalistes et des personnalités à bord, et tous les caprices étaient permis, comme par exemple partir manger un homard à Boston lorsqu’on est à Miami (Deep Purple).
Le Starship fut ensuite vendu à divers propriétaires, pour finir en pièces détachées en 1982. Entre-temps il y avait eu le 2e choc pétrolier: l’époque n’était plus aux tournées en super jets.
Il reste les photos et la musique de cette époque totalement déjantée.

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Serial restaurateur de N.Y à Tokyo en passant par Rio de Janeiro et Paris.
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