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FLOWER ART POWER

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Si le mouvement Flower Power a influencé toute une génération d’artistes à la fin des années 60, son esprit a depuis continué d’inspirer de nombreux créateurs et plasticiens. Parmi eux, le grand Takashi Murakami, Rebecca Louise Law et Kapwani Kiwanga. Portraits fleuris.

Rebecca Louise Law :  l’émotion d’une touche de peinture sur chaque pétale. 

Née en 1980, Rebecca Louise Law aurait sans aucun doute enthousiasmé la génération des flower children. Après avoir étudié la peinture à l’université de Newcastle, elle a délaissé ses pinceaux en 2003, « sans pour autant, dit-elle, avoir cessé de peindre. » Car ses pigments ont désormais été remplacés par des fleurs, et la toile par l’espace vide, parfois immense, dans lequel elle inscrit ses impressionnantes installations.

L’une de ses œuvres les plus marquantes, Community, a vu le jour au Toledo Museum of art, dans l’état américain de l’Ohio. Elle consistait en la suspension de plus d’une centaine de milliers de fleurs, certaines fraiches, d’autres séchées, cousues une à une à de longs fils de cuivre ruisselant des plafonds. Liberté est donnée au visiteur d’évoluer parmi cette luxuriance végétale, débauche sensuelle et délicate de couleurs, de textures et de parfums. La force de ses installations opère également en ce qu’elles s’inscrivent dans le temps qui passe. Ses tableaux vivants fanent, se décolorent, se dessèchent, et de cette fragilité naît l’émotion.

Cette relation très forte avec l’élément naturel, Rebecca dit l’entretenir depuis toujours. « Je me sens en paix et en sécurité dans la nature. Ses cycles en constante évolution me fascinent. Elle est une permanente célébration de la vie, et c’est ce que j’essaye de faire moi aussi : célébrer la vie. » Mais le bonheur que son travail lui procure n’en est pas moins soucieux. « Il est urgent que les gouvernements travaillent ensemble pour mettre fin à la cupidité industrielle et à la consommation forcenée, ou nous allons perdre notre magnifique monde naturel, confie-t-elle.

Nous devons ouvrir les yeux sur les problèmes sociaux, car si quelqu’un a du mal à vivre, il se peut qu’il ne se soucie pas de la terre. Il est vital de connaître son voisin et de l’aider si besoin est. Nous n’irons jamais de l’avant si nous n’avons aucune communication entre nous. »

Kapwani Kiwanga : l’Histoire humaine fane comme les fleurs

L’histoire mouvante, vulnérable, qui se fane vite et renaît, voilà ce qui intéresse Kapwani Kiwanga, une des jeunes artistes les plus célébrées du moment. Anthropologue de formation, cette franco-canadienne de 42 ans, née d’un père tanzanien, a raflé ces deux dernières années les plus prestigieux prix internationaux en art contemporain. Dans son œuvre la plus emblématique, Flowers of Africa, récompensée par le prix Marcel Duchamp 2020, son art hybride et novateur déploie un regard critique inattendu sur l’histoire des hommes.

La genèse de cette puissante installation trouve son inspiration dans le processus d’indépendance politique des pays africains. En universitaire rigoureuse, Kapwani mène avant tout un long travail de recherche documentaire. Elle s’intéresse en particulier aux très nombreuses reproductions photographiques des évènements liés au processus de décolonisation : sommets, congrès, discours et repas officiels… Mais au lieu de porter son attention sur l’histoire telle que nous sommes censés l’appréhender, elle préfère jeter son dévolu sur ce que l’on ne regarde pas : les décorations florales qui ornent discrètement ces évènements.

Sa démarche, particulièrement originale, fait coïncider l’histoire et la botanique : la recherche historique est doublée par celle, ethnobotanique, nécessaire à l’analyse de la composition florale de l’époque, et aux moyens dont disposera un fleuriste d’aujourd’hui pour la reconstituer le plus fidèlement possible. Flowers of Africa est une très poétique et fascinante réflexion sur l’Histoire. Non seulement elle élargit notre manière de voir celle-ci en y incluant d’autres éléments, végétaux en l’occurrence, mais elle nous suggère insensiblement que le passé n’a jamais la permanence qu’on veut bien lui donner, qu’il est vain de tenter d’écrire l’histoire dans le marbre. Les souvenirs et les monuments fanent tout autant que les fleurs.

Takashi Murakami ou l’insoutenable légèreté des fleurs

Crédits Getty Images

On ne présente plus l’artiste japonais Takashi Murakami, omniprésente figure de l’art contemporain. Sa prolixité est telle – quand bien même il dispose d’un atelier où des centaines d’assistants travaillent à la réalisation de ses œuvres – qu’il est difficile de ne pas passer à côté de son univers cartoonesque saturé de couleurs survitaminées.

Très vite, il adopte le motif foral qui, par sa planéité et la profusion de ses tons, mêle l’absence de perspective de la tradition picturale japonaise au divertissement frivole des mangas contemporains.

Mais derrière cette apparente superficialité se cache une aspiration plus profonde, à l’instar d’un autre artiste dont il revendique volontiers l’influence : Andy Warhol. En 1964, celui-ci exécute ses célèbres Flowers, sérigraphies kitsch travaillées par une dialectique de la nature et de l’artifice à l’ère de la reproduction mécanique. Les deux pièces de Murakami, Wahrol/Silver et Wahrol/Gold, leur font écho, rejoignant en cela les plus sombres préoccupations du célèbre Pop artiste.
On y perçoit la même critique ironique de la société de consommation. Mais aussi, à travers l’évocation de la fragilité de l’élément naturel, une conscience de l’impermanence des choses et de l’éphémère de nos existences. Comme si la gaieté assumée de ce thème végétal et de ces couleurs à foison devait nous renvoyer à l’inéluctabilité de notre fin prochaine.

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Journaliste adepte des Beaux-arts et des Belles-lettres, cinéphile invétéré et lecteur obstiné, Hugues est né au Vietnam, a grandi en France et espère peut-être un jour mourir en Italie. D’ici là, rien ne l’empêchera d’attirer l’attention du lecteur bienveillant sur ce que le monde et les hommes peuvent receler de beauté, tout en poursuivant sa quête inlassable du daïquiri Hemingway idéal.

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