Chanvre : une décision française contre la loi et l’ordre

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A huit mois des élections présidentielles et sur fond de surenchère sécuritaire, le gouvernement semble plus déterminé que jamais à mener une guerre sans quartier contre le cannabis. Quitte à inclure dans un combat que d’aucun qualifierait de vain le chanvre bien-être. Sur la question du CBD, l’exécutif persiste à vouloir interdir le commerce de sommités florales en France, dont le marché est estimé à un milliard d’euros avec à la clef des centaine de milliers d’emplois crées. Dans une tribune publiée dans Les Echos et que nous relayons ici, le président du Syndicat Professionnel du Chanvre Aurélien Delcroix analyse les tenants et aboutissants d’une telle décision.

La France vient de rendre sa copie revue aux autorités européennes sur l’arrêté encadrant la culture, l’importation et l’exportation de chanvre. Et elle n’est pas bonne. Le Gouvernement français s’apprête à mettre en œuvre un cadre réglementaire non seulement contraire au droit, mais également contreproductif en matière de santé publique et d’ordre public. Cet arrêté pénaliserait également le développement économique national, et en premier lieu celui des territoires oubliés de la République.

Un cadeau fait aux réseaux criminels

Alors que l’innocuité du produit fait l’objet d’un large consensus et que de nombreux utilisateurs témoignent d’une amélioration de leur qualité de vie (stress, sommeil, récupération musculaire , etc.) grâce à l’utilisation de chanvre bien-être, c’est-à-dire non psychotrope, le Gouvernement choisit d’en bannir la vente sous forme de fleurs et de feuilles séchées, tournant ainsi le dos à tout raisonnement scientifique. Pire, le nouvel arrêté aurait des effets négatifs en matière de santé publique. En effet, pour de nombreux consommateurs de cannabis, la fleur de chanvre est un produit de substitution assimilable à ce que la cigarette électronique est au tabac : un dispositif à risque réduit. Elle permet donc d’en réduire la consommation. Et sur ce point les preuves scientifiques démontrant l’utilité du CBD dans le sevrage cannabique existent. La commercialisation de fleurs de chanvre CBD permet de réduire les trafics de cannabis et le lot de violence et de criminalité qu’ils engendrent. En l’autorisant, c’est 1 milliard d’euros que l’on détourne des réseaux criminels. Le Gouvernement s’attaque à l’humble commerçant de chanvre, une victime idéale, plus facile à punir que le dealer de cannabis. Le seul argument invoqué est une hypothétique protection de l’ordre public en arguant qu’il serait impossible de distinguer une fleur de chanvre sans propriétés stupéfiantes d’une fleur de cannabis récréatif. Une position française une nouvelle fois mise à mal par l’exemple des autres pays européens. Nos voisins ont mis en place des outils adaptés permettant aux forces de l’ordre de faire facilement la distinction. Le constat est clair : on ne veut pas donner à nos forces de l’ordre les moyens modernes de leurs homologues européens.

Une perte de chance économique

Nos dirigeants ne souhaitent pas faire de notre pays une puissance souveraine du chanvre dans le concert des nations européennes. Le marché du chanvre sera laissé à nos voisins européens. Plutôt que de voir une filière économique nationale se développer, le Gouvernement refuse les points de croissance escomptés par ce marché en plein boum. Après tout, la soumission économique est aussi une politique, même si elle n’est jamais la plus bénéfique pour les emplois nationaux et le partage de valeurs avec nos concitoyens. Nous pensions benoîtement qu’1 milliard d’euros de volumes d’affaires et une centaine de milliers d’emplois créés pour la seule fleur de chanvre, pouvaient avoir du sens, en France, après des mois de contraction de l’économie. Pour nos dirigeants, la reprise économique est préférable de l’autre côté du Rhin, des Alpes ou des Pyrénées. Car c’est bien là-bas que ce marché nouveau et prometteur des fleurs de CBD va se développer.
Les produits seront importés sur le sol français, créant confusion et difficultés pour nos forces de l’ordre, en l’absence d’un cadre adapté. En plus de s’affranchir des règles européennes, cet arrêté risque donc de devenir une source de désorganisation pour le travail des forces de l’ordre.

Notre pays fait le choix d’abandonner les bénéfices potentiels que nos agriculteurs et nos commerçants auraient pu générer pour ne leur laisser que les tracasseries administratives et les miettes économiques. En nous coupant de ce marché, nous sommes, une nouvelle fois, condamnés au déclassement dans le palmarès européen et mondial en raison de décisions dogmatiques et ubuesques.
Et pourtant, la France dispose d’une longue histoire avec cette culture qui fait partie de notre terroir et de notre patrimoine national. Si les variétés cultivées sur notre territoire n’ont jamais été perçues comme “stupéfiantes” le chanvre était reconnu comme plante médicinale. Le marché “nouveau” du chanvre CBD pourrait d’abord profiter aux territoires périphériques français, éloignés des dynamiques économiques. Elle permettrait à cette France rurale et périurbaine de renouer avec le chemin de la croissance.

A ce titre, la manne économique du chanvre permettrait d’apporter des revenus solides à nos agriculteurs en difficulté. Elle pourrait aussi attirer des cadres de l’industrie agroalimentaire dans ces territoires. L’arrivée d’une population à fort pouvoir d’achat profiterait également à l’écosystème de commerçants locaux, tout en redynamisant l’offre immobilière tertiaire et de logement, aujourd’hui en décrépitude. En suivant les recommandations des parlementaires de la majorité autour du chanvre, la France s’autoriserait une nouvelle dynamique d’aménagement du territoire plus inspirée par la cohésion. L’arrêté sur le chanvre de nos autorités prend aujourd’hui le chemin exactement inverse.

Pour toutes ces raisons, le Syndicat Professionnel du Chanvre continue son combat et se prépare à saisir les autorités administratives et judiciaires compétentes afin de redonner du pragmatisme à nos orientations nationales, économiques et agricoles sur le sujet.

Aurélien DELECROIX, Président du Syndicat Professionnel du Chanvre

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Journaliste, peintre et musicien, Alexis est un homme curieux de toutes choses. Un penchant pour la découverte qui l'a amené à travailler à Los Angeles, New York ou Londres pendant une dizaine d'années. Revenu en France, l'oiseau à plumes bien trempées s'est posé sur la branche Zeweed en 2018. Il en est directeur des rédactions.

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