Hugo se fait un film: Soleil Vert

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Chaque semaine, Zeweed vous propose de (re)découvrir une pépite du cinéma. Aujourd’hui, gros plan sur Soleil Vert (1974), le chef-d’oeuvre écolo-trash et dystopique de Richard Fleischer.

New York. 2022. Quarante millions d’habitants. On doit enjamber des corps, morts ou en passe de l’être, pour se déplacer dans la ville. Il fait chaud. Très chaud, et tout le temps. Le monde est plongé dans une canicule permanente, où stagnent dans l’air des particules fines vertes qui donnent au jour des lueurs vaseuses. La couleur verte, disparue de la face du globe avec toute forme de végétation, d’arbres comme de légumes, est devenue celle d’une petite galette carrée qui est la seule forme d’alimentation accessible au commun des mortels. Ce biscuit à base de plancton condensé s’appelle le Soleil Vert. Tel est le monde qu’envisageait pour nous le réalisateur Richard Fleischer en 1974.

Particules fines et canicule

Bien que tout ait changé, il y a toujours des bons et des méchants, des brigands et des policiers. L’assassinat de M. Simonson, d’un homme puissant ouvre l’enquête menée par Charlton Heston qui, une fois n’est pas coutume dans les années 70, incarne un policier désabusé, courageux, nommé Thorn, aussi subtil et viril qu’un taureau. Il partage son taudis d’appartement, où il faut pédaler sur un vélo pour avoir de l’électricité, avec Sol, un vieillard qui se remémore non sans larmes le monde d’avant, où on mangeait de la vraie nourriture et où on publiait livres et journaux par milliers.
De cette nostalgie, Thorn ne comprend rien et il s’en fout : il n’a rien connu d’autre et n’a donc rien à regretter.

Heston s’étonne

Chez Simonson, l’homme puissant assassiné, ce qui attire son attention et met à rude épreuve son flegme olympique, ce n’est pas le crâne ouvert du défunt, mais le confort matériel. L’eau courante, l’air conditionné, la vraie nourriture dans le frigo, le whisky, le savon et surtout, le mobilier. Mobilier, c’est bien le titre que portent les femmes dans Soleil Vert, réduites à des objets domestiques destinés à procurer du plaisir aux hommes. Celle-ci s’appelle Shirl et regarde le cadavre de son ex-propriétaire se faire emmener par la morgue, qui se déplace non pas en voiture funéraire, mais en camion poubelle. Ces éboueurs de la mort ramassent des milliers de corps chaque jour, mais où les amènent-ils ? Que deviennent-ils ? Pourquoi la morgue distribue, en échange d’un cadavre, un jeton d’une valeur de 200$ ? C’est le grand mystère qui plane dans cette société dystopique, et autour de l’enquête de notre brave Thorn.

 

Cannibalisme en galette

Quand il aura compris pourquoi Simonson a été tué, après plusieurs duels western contre des suppôts du gouvernement, envoyés pour étouffer l’affaire, Thorn aura compris l’immonde et prévisible vérité. Il aura compris pourquoi la mort est encouragée au point qu’existe le Foyer, un mouroir ultramoderne où le pauvre et vieux Sol décide de mettre fin à ses jours et où on propose à chaque futur cadavre vingt minutes de bonheur. Alors que Sol sirote son dernier whisky face à des images de la nature jadis foisonnante, sur une musique classique à fond la caisse, Charlton Heston, arrivé trop tard pour empêcher cette euthanasie, découvre ces images, exactement comme il découvre la Statut de la Liberté à la fin de La Planète des singes : mais qu’avons-nous fait ?

Crépuscule vert

Nous sommes en 2021, et la même question se pose : qu’avons-nous fait ? Apparemment, on s’en est un peu mieux sorti que ce qu’envisageait Richard Fleischer. Pourtant, nous ne sommes pas plus respectueux de la nature que les humains de Soleil Vert. Peut-être rattraperons-nous leur destin asphyxié, mais alors qu’est-ce qui fait que nous nous y dirigeons plus lentement ? La porte de sortie du 2022 annoncé par ce film, c’est une erreur fondamentale dans sa vision de l’avenir.
Je l’ai dit plus haut, les femmes dans Soleil Vert sont réduites au rôle de mobilier.

L’objectification de leur corps aurait donc fini de les asservir au désir des hommes, au point où elles acceptent leur statut de meuble sexué sans sourciller. Le fait que le scénario ait tout faux dans ce pessimisme misogyne est une raison suffisante pour avoir de l’espoir à l’égard de notre espèce. Certes, nous épuisons toutes les ressources de la Terre, quitte à survivre dans d’effroyables conditions.
La sentence accablante de Soleil Vert ne s’applique en fait qu’à une certaine idée de la condition masculine, celle dont Charlton Heston est l’ambassadeur. Ce n’est pas grâce à des types comme lui que les femmes ont échappé à une vie domestiquée. C’est probablement grâce à leurs propres combats, à leur propre conscience, à leurs propres efforts, bref, à tout ce que ce film omet d’intégrer à son récit, que les femmes ont fait du monde un endroit pas aussi sale que celui de Soleil vert.

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